Les Frères Sisters est un film franco-américain, écrit et réalisé par Jacques Audiard, avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed. Le film nous plonge dans une aventure singulière, pourtant simple sur le papier. 2 tueurs à gages, faits pour ce métier, doivent traquer un homme ayant trahi leur supérieur, le Commodore. Au vu du synopsis, on pourrait s’attendre à une pâle copie de western sans saveur, n’ayant rien d’original. Fort heureusement, il n’en est rien.

Le film commence sobrement, avec une scène de fusillade, dans la nuit sombre. Le ton est donné, la photographie va de pair avec la noirceur des frères Charlie et Eli Sisters, tuant sans état d’âme. Les codes du western sont bel et bien là, les plans larges aussi. Mais ensuite, au bout de quelques minutes, Jacques Audiard défait ces « clichés » pour mieux nous entraîner dans son histoire, comme si les 1ères minutes n’étaient qu’un plantage de décor. Très vite l’on se prend au jeu de l’histoire des 2 frères, marqué de la figure paternelle comme précisé dans la bande-annonce. L’interprétation sans faille de John C. Reilly et Joaquin Phoenix y est pour beaucoup. John C. Reilly est comme à son habitude particulièrement touchant, dans l’incarnation de ce héros torturé entre la violence et la douceur. On jongle beaucoup avec les émotions, les moments de rires et de tendresse côtoient les moments plus intenses, où l’on se demande à chaque instant comment cette relation va évoluer. Joaquin Phoenix est une fois de plus magistral, montrant toute l’étendue de son talent dans le rôle du jeune frère fougueux, intrépide, à la gâchette facile et au caractère bien trempé. Là encore, le personnage est développé à la perfection, l’écriture est soigné, si bien que la fin rend l’ensemble très émouvant.

D’un autre côté, il est intéressant de parler des multiples niveaux de lectures de cette quête, qui est valable aussi bien pour les frères Sisters que pour les 2 autres protagonistes, le détective John Morris et Hermann Kermit Warm, interprétés respectivement par Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed. Tous ces hommes ont grandi dans un monde fait de violence, ayant pour modèle la figure du mâle dominant, qu’ils ont tous appréhendés de manière différente. Même s’ils ont un but commun, qui est de poursuivre leurs objectifs et de se défaire de la figure paternelle, chacun s’en sert pour des raisons différentes. Sans dévoiler toute l’intrigue, là encore, la mise en scène et la direction artistique servent de modèles, pour toujours mieux explorer les personnages. On retiendra certaines scènes à la forte capacité émotionnelle, comme cette scène où Eli découvre la brosse à dents. Là encore, il s’agit d’un exemple comme tant d’autres que la quête qui unit ces hommes se caractérisent par chaque acte, même complètement simple. Chacun cherche la quête d’un monde idéal, celui qui leur est propre. Pour Charlie, par exemple, ce sera via un évènement qui l’affectera particulièrement important, qu’on ne dévoilera pas. L’histoire est parfaitement ficelée, et le montage donne un rythme et une ambiance très singulière. Les mouvements de caméras tremblant nous mettent dans la peau des personnages, comme si nous partagions leur vision, sans qu’il y ait de caméras à l’épaule. Enfin, la musique d’Alexandre Desplat est là aussi sublime, où il y a une très forte inspiration de la musique sérielle des années 50, ce qui n’est pas sans rappeler des compositions de LaMonte Young, Philip Glass ou encore Steve Reich. Comme une forme cyclique, que la scène finale vient ponctuer de la plus belle des manières.

Pour conclure, Les Frères Sisters est un western novateur et audacieux, parfait sur le fond et la forme. Tout est fait pour nous faire voyager, via la photographie exceptionnelle, mais aussi l’histoire on ne peut plus passionnante.

Note : 5/5

Merci à tous de m’avoir lu, à très bientôt pour de nouvelles aventures cinématographiques !

Alan