L’ascension de Skywalker clôture une trilogie qui a fait couler beaucoup d’encre. Le flot de critiques ne trouve en face d’elle que des avis au mieux mitigés, soulignant les intentions louables du réalisateur pour raviver l’esprit originel tout en convenant que le travail studieux de J.J. Abrams a beau faire honneur à la trilogie initiale, il la copie plus qu’il n’apporte de réelles nouveautés. A force de ne pas prendre de risques, le réalisateur livre un travail fade sans réussir à accrocher véritablement les spectateurs. Ce constat est-il rédhibitoire ou laisse-t-il une place pour l’espoir concernant la suite de la saga? Revue sans spoilers.


Un épisode final dense, très dense, trop dense…

Pour clôturer la trilogie, le réalisateur ne laisse pas le spectateur souffler une seconde, multipliant les disparitions, les réapparitions, les voyages interstellaires et les péripéties pendant 2h22 presque suffocantes. Les révélations succèdent aux fausses pistes non stop, donnant l’impression que The Rise of Skywalker finit par se noyer dans la masse de ses pérégrinations. Même la lecture du texte déroulant du début laisse dubitatif. Encore un nouveau personnage démoniaque (pas si nouveau, ceci-dit…), Kylo Ren qui en fait des tonnes pour le trouver en deux temps trois mouvements, vite pesé, vite emballé alors qu’a contrario, les personnages de la Résistance vont passer quasiment tout le film à réaliser le même chemin. Le film a le mérite de donner des réponses, tout le monde découvre son ascendance plus ou moins heureuse, le couple star formé par Rey et Ben continue à flirter à coups de sabre laser dans une attirance répulsion devenue quelque peu répétitive. Les révélations n’influent que tardivement sur leur ménage et n’intéresse finalement que peu un spectateur lassé par le peu de nouveautés. Pourtant les personnages ont du charisme, ils forment un beau couple, alors où est-ce que ça cloche? Est-ce le scénario qu’il faut incriminer dans le peu de temps laissé aux personnages pour prendre de l’épaisseur? Peut-être bien, les personnages sont toujours en action, peu d’introspection, peu d’explication, ils sont les jouets des évènements. Même le Général Hux interprété par Domhnall Gleeson ne bénéficie plus d’aucune épaisseur, disparaissant en deux temps trois mouvements après une révélation finalement anecdotique. Voilà, tout devient de l’ordre de l’anecdote dans ce troisième volet tellement dense que chaque dizaine de minutes se contente de faire bailler avant la suivante.

Des personnages historiques de trop?

Le réalisateur use et abuse des retours des figures légendaires de la saga. La princesse Leia, Luke Skywalker et d’autres reviennent sans cesse, montrant bien l’impossibilité de passer à autre chose. Comme si le producteur Disney souhaitait maintenir un lien pour contenter à tout prix les fans. Sauf qu’au contraire, les très multiples apparitions ne permettent aucune émotion ni nostalgie, le procédé vire rapidement à la formule marketing. Rey papote avec Luke, Poe échange avec C-3PO, Finn taille la bavette avec Lando, c’est le rendez-vous des anciens combattants non stop. La récurrence génère l’agacement puis l’ennui car les rôles joués par les personnages illustres sont réduits à la portion congrue. En gros, il faut lutter pour que la force ne succombe pas au côté obscur, pas très innovant. Et comme les personnages frayent avec les ainés, le concept philosophique de la saga patine dans la semoule sans parvenir à se renouveler. A se demander si le côté obscur, ce n’est pas Disney qui a réussi à faire tomber dans son escarcelle le Jedi Lucasfilm malgré les imprécations de la grande famille des fans à résister. Les design des sabres laser ont beau se renouveler quelque peu, rien n’y fait. Les chorégraphies des combats sont connues, répétées à l’excès, un Jedi ne craint rien sauf de la part d’un méchant de la trempe d’un Sith. Et même eux sont encore sous-utilisés, cachés sous leurs capes noires quasi sataniques.

Des personnages en manque de charisme

Les héros de la nouvelle trilogie, à commencer par Finn et Poe semblent ancrés dans des moules bien réducteurs pour des personnages qui pourraient et devraient prendre plus d’ampleur. Ils regardent avec intensité, ils voyagent dans tous les coins de la galaxie, mais ils ne parviennent jamais à prendre la place qu’ils seraient en droit de convoiter. L’ombre envahissante d’Han Solo ne joue pas en leur faveur et aucun spectateur même adolescent ne peut rêver à prendre leurs places. On touche surtout à l’époque. Car Han Solo était un macho assumé qui a tiré en premier contre Greedo, tout le monde le sait, malgré les tentatives de la production de maquiller la scène. Un héros sans zones d’ombre devient une marionnette de cire, les producteurs l’ont oublié. Et tous les personnages sont transformés en gentils individus biens sous tout rapport. Même le méchant Kylo Ren devient une caricature, sans jamais égaler le charisme de Dark Vador. Bref, la trilogie n’installe aucun personnage destiné à devenir mythologique. La première trilogie historique lorgnait du côté de la mythologie grecque avec des apports japonisants, cette absence de recherche documentaire fouillée nuit gravement à cette trilogie avant tout hollywoodienne et sans profondeur. Aucune scène ne passera à la postérité telle ce si fameux Luke, i’m your…. Oedipe est un concept fondateur de l’humanité masculine, mais il y en a d’autres. Jason, Thésée, Persée, Orphée, Pandore, Prométhée, il y en a pléthore d’autres. Evidemment, tous ces personnages mythiques se sont salis les mains mais on parle encore d’eux au XXIe siècle. Cette insuffisance des liens avec les mythes antiques nuit gravement à une trilogie qui se contente souvent de scènes d’action convenues au lieu de faire preuve d’ambition. C’est bien dommage.

L’épisode IX, par son manque de courage, ne parvient pas à faire mieux que les Avengers et tous ces autres blockbusters sans âme où un bon mot vaut trop souvent mieux qu’un bon procédé scénaristique. De quoi attirer les dollars, mais la place dans la postérité est bien loin d’être assurée…