Bienvenue pour cette 4ème interview réalisée au Hellfest ! Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Clément de HYRGAL, groupe de Black Metal français, toujours chez le label Les Acteurs de l’Ombre. Avec la participation de Blandine, chargé de com. Interview réalisée quelques après le concert du groupe, dimanche 23 juin.

Culturaddict : Bonjour à toi, merci de me recevoir ! 1ère question : ton avis à chaud, après le concert de ce matin ?

Clément : Super ! Je dirais quand même que ce sont des moments importants et forts en émotions, de jouer sur une scène aussi prestigieuse et avec autant de monde. On ne fait pas beaucoup de dates dans l’année, du coup ça nous fait sortir un peu de notre cave, et c’était très agréable, toujours un peu court, mais très agréable.

Culturaddict : En tout cas bravo à vous. Je n’ai pas l’impression que le public était hyper réceptif quand tu disais « Montrez-moi ce que vous avez dans le ventre Hellfest ! ».

Clément : Bah ouais mais il faut les motiver ! Un dimanche matin, après 2 jours de festival, où on ne boit pas que de l’eau, où on a chaud…Je pense que les gens sont un petit peu endormis à cette heure-là. Débouler direct avec du Black Metal ça peut surprendre, donc il faut savoir les haranguer ! On est là pour eux, ils essaient de nous le rendre au mieux, et ils l’ont fait.

Culturaddict : Parle-moi un peu de toi maintenant. C’est toi qui compose tout ?

Clément : Oui, c’est moi qui compose tout, qui écrit tout, qui fait les artwork, c’est moi qui gère ce projet de A à Z. Je suis la tête pensant, malheureusement il en faut un et c’est moi [rires].

Culturaddict : Est-ce qu’il y a un but précis que tu recherches en musique ?

Clément : Un but précis ? Me sentir un peu plus vivant. On a tous des chemins de vie compliqués, et cette musique-là me permets de ne pas faire trop de bêtises. C’est vital pour moi de faire ce style de musique-là, j’en écoute depuis très longtemps. Quand j’étais dans SVART CROWN à l’époque c’était différent, un style un peu plus hybride. Là je renoue avec mes racines, je renoue avec des envies musicales, stylistiques, esthétiques. J’avais besoin de parler en français, exprimer des choses, transmettre un héritage culturel de chez moi, la Savoie, je suis savoyard d’origine. Ce que tu peux voir sur la pochette c’est un chalet d’alpage qui appartient à ma famille, c’est une photo de mon père. Il est décédé depuis donc c’est un moyen de lui rendre hommage, c’était un excellent photographe. Donc voilà, tout est réunit dans un seul et même projet, et le but c’est d’être le plus honnête et le plus vrai possible, dans ma démarche artistique et dans mes goûts musicaux, dans le Black Metal mais aussi dans la Musique Classique.

« Serpentine » de HYRGAL

Culturaddict : Du coup Blandine, je voulais te demander, qu’est-ce qui vous a plus chez Hyrgal ?

Blandine : Alors en fait, on a failli passer à côté ! Clément nous avait contacté, mais on n’avait pas donné suite. Du coup il a sorti son album chez NATURMACHT. Et quand Gérald a écouté, il a dit c’est génial, il faut qu’on lui donne plus de visibilité. Du coup vu que le CD est sorti on a sorti d’abord l’édition vinyle, et ensuite la réédition chez LADLO. Après échange, on avait une vision assez compatible de là où on voulait aller.

Clément : Voilà, dans ce label il y a une démarche qui me plaît, ce sont des passionnés. Il y a un panel de groupes très importants, très variés. Ce qui m’a plu c’était la manière de travailler, et aussi le fait que c’était un label français, que ça soit empreint de notre pays. Je dirais que cette culture-là me plait. Je veux que ce soit 100% homemade français, c’est mon objectif. J’aime beaucoup la démarche, les gens qui s’investissent, et c’est pour ça que le choix des Acteurs de l’Ombre me semblait cohérent, j’aimerais que ça continue.

Culturaddict : Je crois que c’est toi Blandine qui m’a dit il y a quelques jours que les membres du groupe ont participé au split avec leur side projects (Bâ’a / Verfallen / Hyrgal). Tu fais partie de tous Clément ?

Clément : Pas du tout ! A la base j’avais envie de faire un split avec eux parce que c’était des potes, et je me suis dis que ça pouvait être une belle opération pour nous, vu qu’on vient du Var. C’est un de mes guitaristes qui fait Bâ’a, c’est un one man band aussi. Et je trouve ce type extrêmement talentueux, il a une perspicacité dans ses compositions qu’on partage tous les 2. Manu qui fait Verfallen était le batteur d’Hyrgal. Il est parti en fin d’année pour des raisons personnelles et que je ne développerai pas, qui font que nos chemins se sont séparés pour diverses raisons. Je ne sais pas s’il y a quelque chose d’autre de prévu avec Verfallen, mais en tout cas je ne suis plus du tout en contact avec lui.

Culturaddict : Est-ce que t’as des souhaits en tant que musicien ?

Clément : Déjà, que l’album sorte c’est un énorme souhait en soit ! On sait bien que c’est très compliqué d’auto-produire un CD. C’est pour ça que j’ai beaucoup de gratitude envers ce label qui m’a permis de pouvoir exprimer ma musique au grand jour. C’est le souhait principal et ça s’est réalisé. Après, le reste, mon seul objectif c’est d’être le plus vrai possible dans ma musique, ne pas tricher, ne pas me perdre dans un chemin musical extrêmement compliqué, essayer de suivre ma ligne de conduite le mieux possible. Et le reste, si ça doit venir ça vient, si ça ne vient pas, ça ne vient pas. L’objectif est que les gens écoutent ma musique, si ça leur plait tant mieux, si ça ne leur plait pas tant pis. Être dans un échange très simple, ne pas faire la course, savoir rester où l’on est, savoir d’où l’on vient aussi.

Culturaddict : Je t’entendais parler tout à l’heure de la France, de l’hommage à ton père. Qu’est-ce qui t’inspire musicalement ?

Clément : Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup de musique, je suis un gros fan d’Ambient, de Dark Ambient, notamment le label Cryo Chamber, je suis très friand de leur productions, c’est un autre style de musique. Je suis fan de musique Baroque, c’est une des périodes musicales dans le Classique qui me parle le plus, dans le fait d’avoir des sentiments très exacerbés. C’est d’ailleurs le principe même de la musique Baroque : avoir des sentiments forts, aller toujours plus loin dans le ressenti des choses. Beaucoup de Black Metal et de Folk, pas dans le sens biniou et trompette, mais plutôt mec seul avec une guitare. La musique française m’inspire aussi. Après qu’est-ce qu’il y a d’autre, pas forcément musical ? Le relief de ma région d’origine, Hyrgal s’est créé là-haut, pour des raisons qui me sont propres. La nature, ma planète, ma culture française m’apporte beaucoup, quand je fais un mix de tout ça, ça donne ce que vous pouvez écouter sur le CD.

Culturaddict : Je t’entendais parler de musique Baroque, je fais le lien avec TRISTE TERRE. Du coup Blandine, vous avez des critère de sélection chez LADLO ?

Blandine : En fait, on fonctionne vraiment aux coups de cœur. Ils peuvent nous démarcher, ça peut venir de nous aussi, des découvertes qu’on fait sur Bandcamp. En général on signe des groupes français, c’est plus facile avec le partage de la langue. On a aussi envie de soutenir la scène locale. Mais on fait des groupes étrangers aussi, comme un à venir à la fin de l’année, DECEM MALEFICIVM. On leur demande un minium d’investissement, vu qu’on fait beaucoup de com il faut qu’ils soient disponibles en interview, par exemple. On fait attention au côté artistique de nos groupes, qu’il y ait des artworks soignés, qu’ils aient envie de faire du live, même si ça parait rédhibitoire c’est important pour nous. Et on en discute entre nous, on est une dizaine à bosser chez LADLO, donc faut que tout le monde soit motivé pour signer un artiste.

Culturaddict : Je me posais la question parce que vous signez des groupes assez uniques en leur genre, qui ont une patte et une vraie identité musicale, j’y trouvais presque une certaine exigence par rapport à vos choix

Blandine : On produit ce qu’on aurait envie d’acheter.

Clément : C’est parfait, tant mieux ! C’est rare d’avoir ce genre d’état d’esprit, où les gens fonctionnent au coup de cœur, et non aux groupes qui marchent, comme on peut le voir dans beaucoup de gros labels malheureusement. Peut-être que LADLO reste un peu en-dessous niveau notoriété, mais au moins ils restent fidèles à ce qu’ils font, c’est pour ça que j’ai eu envie de signer chez eux.

Blandine : Voilà, on ne vas pas avoir les même critères de résultats, on ne réfléchit pas par la finance.

Culturaddict : Maintenant, une question que je pose à tous les groupes du label : comment vous décririez votre relation de travail avec LADLO ?

Clément : C’est horrible ! [rires] C’est mortel ! C’est vrai que des fois ils me font sortir de ma zone de confort. Je suis quelqu’un de très autarcique, reclus chez moi, très peu présent sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas quelque chose qui me fascine beaucoup donc c’est vrai que des fois ils me font sortir de ma zone de confort, mais c’est très agréable aussi. La relation se passe très bien, c’est pour ça aussi que j’ai envie de rester chez eux. C’est de la musique de passionné, fait par des passionnés. C’est un de mes critère n°1 dans l’échange, et humainement c’est très agréable. Je rencontre une équipe de gens qui ont envie, qui sont passionnés parce qu’ils font, et à mon avis ça vaut tout l’or du monde.

Culturaddict : Est-ce que t’as des envies de tournées, des envies personnelles liées aux groupe ?

Clément : On verra. Oui il y a toujours des envies de tournées avec un groupe ! Après comme je disais ça reste dans un schéma de rester honnête et intègre avec ce que je fais, la manière dont je le fais. Je n’ai pas envie de me lancer dans une course non plus, j’ai d’autres groupes pour ça. Pour l’instant ça en est là où ça en est, on prends les dates qu’on a envie, on fait ce qu’on peut, parce qu’on a tous des vies à côté, on travaille tous, donc c’est compliqué de pouvoir cumuler tout ça. Mais oui j’espère qu’il y aura plus de dates, à fidéliser un line-up, ce qui est un peu compliqué en ce moment, d’avoir des gens qui ont leur projets, qui filent un sacré coup de main, et c’est pour ça que je les remercie beaucoup d’avoir été avec moi sur scène, parce qu’ils m’ont permis de m’exprimer aujourd’hui, et qui ont d’autres choses à faire. Donc si j’arrive à fidéliser un bon line-up, à proposer quelque chose de fidèle à ma vision, je ferai plus, ou moins, ou peut-être pas du tout, ce sera la surprise ! Là il y a un prochain album qui va arriver, et la suite, on verra après.

Culturaddict : Le mot de la fin ?

Clément : Merci à toi, merci à vous, et bonne fin de festival !

Culturaddict : Merci à toi !

Fin de l’interview ! C’était la dernière interview en collaboration avec Les Acteurs de l’Ombre. Un immense merci aux groupes, au label, pour le temps accordé, l’énergie, et les groupes qu’ils proposent.

Pour écouter Hyrgal, c’est par ici :

Si vous voulez voir mon top 10, c’est ici.

Merci à toute l’équipe Culturaddict, aux amis, à la famille, et à vous lecteurs, de continuer à me lire.

Mes 3 prochaines interviews seront dédiées à quelques groupes de KLONOSPHERE. Prochaine en date : TREPALIUM. A très vite !

Musicalement,

Alan