Bienvenue dans cette 2nde interview réalisée au Hellfest ! Aujourd’hui, parlons un peu de VCID, groupe de Black’n’Roll français, venant du label Les acteurs de l’ombre. Avec la participation de Blandine, chargé de communication, grâce à qui cette rencontre a pu se faire, et de Camille, chanteur du groupe. Un grand merci à eux !

Culturaddict : Merci à vous de me recevoir ! Vous pouvez nous parler des origines du groupe ?

Camille : On a monté le groupe en 2012, à la base il y avait Paul à la basse, et notre ancien batteur (M-Gor, ndlr). A la base c’était surtout pour faire de la musique entre potes, j’ai rejoins le projet juste après. Olivier faisait déjà de la musique avec JM, dans un groupe de Thrash sur Rennes, qui s’appelait Lapidation. Assez rapidement des compos sont sorties, on a enregistré notre 1ère démo à la maison. Dans la foulée on a enregistré un split, à la maison aussi. Après c’est tombé un peu dans le silence, on a continué à faire de la musique, mais on a bien pris notre temps. Il n’y avait pas la volonté de faire du live à fond, enfin c’est l’impression que j’en avais. Du coup ça c’est construit au fur et à mesure, c’était surtout une bande de potes qui boivent des bières et qui écoutent la même chose.

Culturaddict : Comment vous avez eu l’idée de mélanger les genres Black Metal et Rock ?

Camille : C’est Olivier qui compose la plupart des morceaux, donc je pense que c’est lié à ce qu’on écoute, ce qu’il écoute, ce qu’on a envie de jouer. Personnellement je ne joue pas d’instruments, je chante uniquement, mais je pense que c’est important de jouer des trucs qui te font plaisir à jouer en live. On n’est pas un groupe qui fonctionne comme « la technique pour la technique » ou « l’ambiance pour l’ambiance ». Le truc ce n’est pas de composer un riff qui dure 3 minutes parce qu’il y a besoin de mettre un truc bien froid, ça ne fonctionne pas comme ça. Je pense qu’à l’heure actuelle, les morceaux qu’on joue sur scène, qu’on bosse en répèt’, ce sont des morceaux « amusants » à faire. Pour tout le monde.

JM : A la base je ne suis pas du tout issu du Black, j’aime quand ça groove. J’ai fait du Thrash, du Hardcore, pleins d’autres styles, sauf du Black. Et quand je les ai rejoins, suite au départ de Ludo, j’étais content de retrouver mes potes. Et surtout, j’ai aimé le côté groovy qu’il y avait dans la noirceur du Black, et ce mélange m’a beaucoup plu. Pour moi ce n’est pas un truc qui s’est décidé à l’avance, ça s’est fait au fur et à mesure, le groupe a donné une dimension supplémentaire à ce qui existait déjà.

Olivier : Le truc important, c’est qu’à la base on n’est pas des gros aficionados du Black, on vient tous de milieux différents. Après on apprécie tous ce genre-là, mais on vient avec nos influences. Aux débuts du groupes on nous a dit qu’on sonnait plus Death Metal parfois. Et quand on est tous arrivés au moment, on s’est dit pourquoi pas faire un truc qui nous plait à tous. Ce n’est pas forcément dans les codes du genre, mais on a nos influences qui ressortent.

Camille : Voilà on ne fait pas des trucs typés années 90, ni post-black d’ailleurs. On a des influences Darkthrone, Satyricon, Watain, Vreid. Watain peut-être plus pour le côté Black’n’Roll. Mais voilà, à un moment donné ça fonctionne bien, un truc hyper agressif, qui montre bien les dents, qui grogne, tant que ça marche bien, on va continuer de faire ce qui nous plait.

Camille, chanteur du groupe

Crédits Photos : Alan Bernicot

Culturaddict : Est-ce que vous pouvez parler de la relation avec le label ?

Blandine : Vous voulez que je sorte ? [rires]

Camille : Par rapport au label ça se passe bien ! On a été « surpris » par la réponse positive de LADLO (Les Acteurs de l’Ombre, ndlr), on ne s’attendait pas à ça, tout simplement parce que ce n’est pas trop ce que je pensais des Acteurs de l’Ombre. Ils ont passif de signatures plutôt axé Post-Black, Black Atmo. Mais on voulait quand même le tenter, parce qu’on a une relation plutôt privilégiée avec Gérald (manager du label), vu qu’on a bossé ensemble sur plusieurs projets. Du coup quand tu cherches un label, c’est bien d’aller vers des personnes que tu connais et qui font du bon boulot. Le truc c’est que même si on ne bossait pas avec eux, je sais très bien qu’il y a Pensées Nocturnes, Arkhon Infaustus, Heir, et qu’il y a un taf qui est fait derrière. Ce n’est pas juste « On va presser les CDs pour toi, et après… », il y a pleins de labels qui fonctionnent comme ça. Ce n’est pas ce qu’on cherchait, et du coup on est très content d’être avec ce label. Je trouve ça très bien d’avoir un retour critique aussi, de se faire botter le cul de temps en temps, ce n’est pas parce que tu fais de la musique amateur (on le restera toujours, on a une vie de famille, un taf, des enfants). On ne peut pas se permettre de partir en tournée, de faire des trucs hyper calculés. C’est bien d’avoir un retour d’une structure qui est indépendante du groupe, mais qui est quand même fortement lié à ce qu’on fait, je pense que le label sait bien capter ce qu’on veut faire.

Blandine : C’est vrai que maintenant, avec le label, on a une volonté de s’élargir, on ne veut pas se cantonner au Post-Black, Black à capuche, parce qu’on n’écoute pas que ça non plus, on est une dizaine à bosser pour le label. Chacun a ses goûts, et on fonctionne vraiment aux coups de cœur. Mais en même temps on s’écoute les uns les autres, c’est pour ça aussi qu’on s’ouvre un peu plus. Tu verras dans nos prochaines sorties, il y a Mur, parce que chez LADLO, il y a des gens qui aiment le Hardcore, le Post-Hardcore. Quand on choisit un groupe, pour nous, le plus important, c’est le sérieux du groupe. Parce qu’on est bénévole, mais on s’investit vraiment à fond, on veut être sur qu’il y ait un répondant derrière. Avec VCID, on savait, avec d’autres projets, que ça allait être du sérieux. Il y a aussi le côté nantais, on a envie de soutenir la scène locale, c’est important. Et puis un groupe qui a envie de jouer du live, c’est quelque chose d’hyper important pour nous et qu’on veut soutenir. Du coup ça tombait bien, pile au moment où on voulait s’ouvrir un peu, et on avait je pense les mêmes ambitions.

Camille : Je trouve ça vachement bien, pour un label identifiable comme un label Post-Black, que ça devienne un label crossover. Même Blurr Thrower, qui a été signé il n’y a pas longtemps, ça n’a pas la même recette qu’un REGARDE LES HOMMES TOMBER ou Déluge. Je ne dis pas que c’est de la merde, attention, je vais me faire des ennemis, mais ce n’est pas la même force, pas la même envie. D’ailleurs j’ai hâte de voir ce que Blurr Thrower va donner en live.

Culturaddict : D’ailleurs, est-ce que de signer avec le label, ça a changé quelque chose dans votre manière de composer, ou travailler ?

Camille : Ce qui a surtout changé, c’est le fait qu’il y avait plein de choses qu’on avait envie de faire, et qu’on ne faisait pas, peut-être un peu par paresse. Le fait d’avoir le soutien derrière, qui te pousse, ça te mets la motivation qu’il te manquait parfois pour faire certaines choses : proposer quelque chose de plus intéressant sur scène, travailler un peu plus aussi ton jeu de scène, le visuel. Tout ce qui est fait en matière de communication, de visibilité, cet aspect-là de nous donner un petit coup de motivation est important.

JM : Il y a un côté management derrière, tu vois qu’ils se décarcassent, et ça nous motive. Depuis qu’on a signé chez eux on a des plans de concerts beaucoup plus intéressants, on sort de notre région, on a des dates, même si ce n’est qu’une fois par mois on a des dates qui sont chouettes. Moi en tout cas derrière la batterie j’y mets du cœur, ça me fait plaisir de transporter la musique et de la servir de la meilleure manière qui soit !

Culturaddict : Une question que je me posais, comment vous avez travaillé les sérigraphies disponibles sur le stand ?

Camille : En fait, je m’occupe de l’identité graphique du groupe, depuis que je l’ai rejoins. Le truc, c’est que c’est bien de gérer de A à Z, d’aller exactement là où je veux aller, parce que ça colle avec les paroles, l’image que je me fais du groupe, etc. A un moment c’est bien de laisser la main à d’autres personnes. Et du coup c’était important que ça soit des proches, qui ont du talent, qui puissent s’approprier un morceau de l’album, et bosser un visuel en rapport avec ça. Tu as peut-être déjà vu les sérigraphies sur le stand ou le site internet, mais il y a un visuel avec une femme qui tient en faon mort dans ses mains. C’est ma femme qui a fait ça, et pour moi le morceau qu’elle a illustré ce n’est pas du tout ça. Mais c’était exactement le propos, à un moment tu lâches, tu laisses les rennes, et tu ne t’y attends pas. C’est bien de laisser les autres interagir avec ce que tu fais. Après on a bossé avec un atelier artisanal de sérigraphies qui est basé sur Clisson, qui s’appelle Kraken. Margot a super bien bossé, parce qu’en dépit de ce qu’elle dit, elle a bien galéré sur les sérigraphies, ça lui a vraiment donné du fil à retordre, la manière dont c’était conçu, on est très content du boulot. C’était important d’avoir ce petit objet, en série très limité, pour l’évènement du Hellfest, et aussi pour nous, pour marquer le coup. Je pense qu’à l’avenir on va continuer de bosser sur des choses en tout petit tirage, que ce soit pour des t-shirts, du merch, histoire d’avoir des choses plus uniques.

Cédric Ramaugé, guitariste du groupe

Crédits Photos : Alan Bernicot

Culturaddict : Est-ce que vous avez des groupes ou artistes qui vous inspirent ? Que ce soit musicalement, ou bien dans les sérigraphies aussi ?

Camille : Sans trop me mouiller, pour la composition, pour les riffs d’Olivier, c’est essentiellement lié à ce côté plaisant à jouer, ça reste du Black Metal, ça reste du Rock. Il y a un moment ça envoie des pains dans la gueule quand il faut, ça fait bien froid quand il faut, et c’est comme ça.

Camille : Je pense qu’il y a des influences sur le groove, la mélodie, le rythme. Il y a des groupes qui arrivent à faire des genres extrêmes avec du groove. Il y en a un qui passe ce soir, il y a Carcass qui fait ça très bien. Ils font partie des groupes qui m’influencent, c’est un des groupes que j’ai le plus écouté dans ma vie. Mais sinon il n’y a pas vraiment d’inspiration, on nous compare souvent à des trucs comme Taake, Satyricon. Comme on disait tout à l’heure, pour nous ce n’est pas une démarche de faire du True Black pendant 15 ans et se mettre faire du Black’n’Roll, on est directement arrivé avec ça. Sinon après c’est des classiques comme Slayer, mais est-ce que ça se ressent dans la mélodie ? Je ne pense pas, peut-être un petit peu dans le groove, mais sinon je ne pense pas. Après tu parlais d’arrangements, le but avec Arthur, c’était de faire quelque chose de très naturel, pas de triches, pas d’effets à la con : quand on joue, que ce soit en studio, en répèt’ ou en live on n’utilise pas de pédales. Après au niveau de l’univers du groupe et des paroles, et des visuels, vu que ça va tirer sur ça, c’est des choses assez personnelles et qui m’ont marqué. Tu sais, quand tu as 12 ans et que tu lis des nouvelles qui te prennent aux tripes, je pense à Edgar Poe, ou Stephen King, ça ne se termine jamais bien, c’est toujours lugubre, malgré un certain 2nd degré. Ce n’est pas forcément moral, c’est un peu des fables. On va donc construire un univers autour de ça, complètement fictif, on ne croit pas forcément dans un grand vide, je ne pense pas qu’on ait tous un petit autel à la maison pour vénérer Satan. On n’est pas engagé spirituellement dans le groupe, c’est une imagerie, comme tu peux retrouver chez Immortal par exemple. Après, nos convictions personnelles interagissent avec ça, il y a un peu de vrai dans tout ça. Mais bon, on ne va pas s’étaler, ce n’est pas le but. Pour le visuel, comme beaucoup de personnes de mon âge, j’ai 32 ans, j’ai été marqué par tous les visuels des années 80, 90, les films d’horreur, les films d’actions. Tu mélanges ça avec un petit côté ésotérique, des gravures (c’est comme ça que je bosse depuis quelques temps), plus des trucs très actuels, comme Fortifem qui bosse régulièrement avec Les Acteurs de l’Ombre, tout ça donne un cocktail, tu secoues ça bien, et ça donne un joli visuel je trouve. Après je n’ai pas beaucoup de recul parce que c’est mon taf, mais je trouve que ça correspond bien à ce qu’on veut faire, et ça donne un petit côté occulte en plus, ça donne du corps supplémentaire au morceau. Et comme je disais on va continuer dans ce sens-là, pas forcément pour vendre, mais de montrer des choses, dans des expos, des trucs en rapport avec le groupe, que ça aille plus loin que juste un album de 6 morceaux. Peut-être aussi pour commencer à préparer ce qu’il y après, pour l’instant on n’a pas commencé à bosser dessus, mais il va falloir y penser. Donc voilà on chope l’inspiration également dans ce truc ésotérique qu’il y a autour.

Culturaddict : Un petit mot sur vos projets futurs ?

Camille : A très court terme, pas grand chose, parce que hormis les festivals il n’y a pas grand chose l’été. On va continuer de jouer l’album jusqu’à la fin de l’année 2019. On a quelques dates qui se profilent pour la fin de l’année, notamment dans quelques endroits où on n’a jamais joué. Il y a une date déjà annoncée qui sera à domicile, c’est la 3ème soirée Les Acteurs de l’Ombre le 5 octobre, on partagera l’affiche avec Aorlhac, Maïeutiste pour la release party de l’album, et les fameux Blurr Thrower. Après on va prendre le temps de composer et partir vers le 2ème album. Le temps que ça prendra, on ne sait pas, parce que pour être honnête on est plutôt de gros flemmards. Et si tu rajoutes le paramètre « on a des enfants », « on a du boulot », « on a tous entre 30 et 40 ans », c’est un âge où tu as pleins de choses à penser, par rapport à ta carrière pro, t’acheter une baraque, partir en vacances pendant un mois et tu n’as pas envie de te faire chier à composer du Black Metal parce que c’est l’été. Donc voilà, on prendra le temps de faire les choses, le but c’est de continuer comme on fait en ce moment, continuer de faire ce qui nous plait. Peut-être que le groupe sera plus punk, moins rock, peut-être avec plus de Death Metal, on ne sait pas, mais ça restera du Black.

Culturaddict : Le mot de la fin ?

Camille : Merci à toi, merci pour ton temps, et c’est super cool d’être là !

Culturaddict : Merci à vous

Merci à tous celles et ceux qui ont permis cette rencontre ! Prochaine interview, ce sera avec Aorlhac.

Vous pouvez retrouver mon top 10 ici.

Et pour découvrir ou écouter VCID, c’est par ici :

Merci à tous de m’avoir lu, à très vite !

Musicalement

Alan