Il est des groupes dont on ne peut résister leur musique, et ce dès les 1ères notes. D’autres groupes méritent plusieurs écoutes pour pouvoir pleinement adhérer à leur musique riche et complexe. Et il y a ceux qui se situent entre les 2. Season of Tears fait partie de cette catégorie. « Homines Novi » est le premier album du groupe, sorti le 4 février 2017, 2 ans jour pour jour après la sortie de leur 1er EP, « Ouroboros ». Après un premier EP plus que réussi, tourné Death Metal Symphonique, le groupe a annoncé quelques mois après la sortie de leur EP, en juillet 2015, vouloir légèrement changer d’orientation musicale. Est-ce que ce changement leur a réussi ? La réponse est oui !

Un subtil mélange des genres

A partir du Metal Symphonique efficace et entraînant, la musique s’enrichit avec des sonorités électroniques, death metal (propre au groupe), mais aussi black metal (d’après la volonté de changement d’orientation). La 1ère chanson de l’album, Desynchronisation, sied à merveille à l’ouverture de l’album : une ouverture grandiose, entraînante, digne d’un Dark Chest of Wonders de Nightwish.

La 2ème chanson, Desecrated, va encore plus loin dans le surprenant, avec une ouverture empreinte de mystère, une mise en place un peu plus longue, avec une mélodie oscillant aisément entre les notes réelles et étrangères. Quelques coups d’archets marquent la transition vers un 1er couplet aux sonorités arabisantes. Le refrain, composé de 2 tonalités, voit s’effectuer les 2 mêmes degrés, mais dans un changement déroutant, 1ère tonalité en Fa dièse mineur, puis en ré mineur. Vient un pont pesant, mais sublime, où l’on retrouve ce qui fait le charme et la puissance du metal symphonique : un rythme lourd, avec un orchestre épique. Nul besoin de faire dans l’excès pour faire du beau et du puissant à la fois. La suite de la chanson reprend le même schéma que le début, jusqu’à un magnifique intermède dominé par un solo de violoncelle envoûtant, les voix magnifiques des 2 chanteuses du groupe, Juliette et Lena, puis le charme et le charisme du principal chanteur, Matt.

Place à la 3ème chanson, The Second Cemetery, 1er single de promotion du groupe sorti courant janvier. Dès les 1ères notes, le décor est planté : c’est sombre, mais beau, épique également. L’enchaînement harmonique est on ne peut plus recherché, il y a quelque chose de sublime et d’étrange qui se dégage de ce court passage instrumental. Place ensuite au chant guttural, dominé par Matt et Volac, plus présent sur les 2 premiers couplets. Place à un refrain de facture classique, mais efficace, peu de chose à dire dessus. Reprise du même schéma, jusqu’à un intermède musical maîtrisé de bout en bout par l’ensemble du groupe : les voix parfaites de Matt au début, Juliette et Lena sur l’arrangement du thème introductif à l’orchestre et au moment de transition, la virtuosité de Matt à la guitare électrique, la maîtrise de Gaëtan à la batterie, tout y est.

Place ensuite au morceau phare de l’album (d’après les dires du groupe lors de la Release Party de l’album), The Protocol of Evolution, le plus long morceau de l’album, divisé en 5 parties, pour une durée de 18 minutes. La 1ère partie, Firewind, a été dévoilé par le groupe quelques jours avant la sortie de l’album. A écouter en tant que chanson isolée du reste, le 1er constat était que ce morceau était légèrement moins transcendant par rapport à The Second Cemetery, car plus légère. En l’incluant dans le morceau complet, elle prend toute sa place, et l’on comprend mieux la volonté du groupe de vouloir choisir une partie plus légère par rapport à la suite. Car la transition vers la 2ème partie, Far From Home est brutale, les riffs black metal frappent de plein fouet. Le 1er couplet de cette partie est sombre, inquiétant, le refrain empreint de mélancolie. Reprise du même schéma par la suite, jusqu’à un intermède mystérieux, qui n’est pas sans rappeler certaines musiques de film de Tim Burton. Evocation qui est plus que présente dans la 3ème partie de la chanson, Homines Novi, morceau éponyme instrumental de l’album. Une transition envoûtante, étrange, vers la 4ème partie, initulée Wanderland. Le début de cette partie est calme, belle, Matt se surpasse au chant ! Le frisson que procure les 1ères notes au chant n’est pas sans rappeler la voix profonde et envoûtante de Christopher Lee sur son album Charlemagne : By the Sword and the Cross. Le temps d’un accord de transition en Fa Majeur, et nous voilà embarqué à Wanderland, dans une musique sombre mélodiquement, mais légère au niveau de la texture, on se retrouve plongé dans une musique de cirque, rappelant évidemment un passage de Scaretale de Nightwish, mais en mieux (pour info, cette chanson a été composée avant que Nightwish ne sorte cet album). Après un couplet et un refrain léger, vient ensuite un sublime intermède au Banjo, réalisé par les soins de Matt. On ne peut qu’admirer la polyvalence de la musique et de chaque membre du groupe. L’on revient ensuite au son black metal du groupe, mais toujours avec la même mélodie harmonique du refrain, ce qui rend cette fin de partie magnifique. Place ensuite à la dernière partie de la chanson, A New Dawn. L’introduction se fait sur une pédale de ré, à partir de laquelle l’enrichissement harmonique se fait aisément, linéairement. L’on assiste ensuite à un très beau duo entre Juliette et Volac, le lien entre une musique calme et violente est maîtrisé. Vient ensuite un refrain mélancolique, mais puissant et énergique, porté par la voix de Matt, et le jeu de batterie exceptionnel de Gaëtan. Très léger changement sur le 2ème couplet, Juliette se fait un peu moins présente. Sinon, même schéma. Après le 2ème refrain, place à ce qui est sans doute l’un des meilleurs solos de Matt : précis et virtuose à la fois, sans jamais tomber dans le brouillon. Reprise du solo au piano, où l’on admirera la virtuosité de Lena. Place à la fin de la chanson, avec la même pédale de ré que le début de cette partie, puis avec la reprise du thème de Firewind avec une légère variation au piano. La fin de morceau idéale, au fond.

Après cette épopée, place à Damaged Process, chanson beaucoup plus courte, mais non moins épique. Volac le dit lui-même en concert, il s’agit là de sa chanson préférée, et l’on comprend pourquoi. Dès les 1ères notes, sa présence vocale est impressionnante. La reprise du chant par Juliette est la bienvenue, apportant un peu plus de douceur, sans rien perdre de la musique et riche et oppressante. Le refrain est une démonstration de force : un enchaînement harmonique riche, la voix exceptionnelle de Juliette, la virtuosité de Matt et Gaëtan, tout y est. Suite au 2ème couplet et au 2ème refrain, vient un passage à l’orgue sans batterie, un passage de transition vers une partie parlée lourde et légère à la fois, porté par Volac. Vient ensuite le passage Black Metal le plus abouti de l’album : encore une fois, tout y est. Reprise du même schéma pour le dernier couplet et refrain, pour terminer la chanson en beauté.

La chanson suivante, Exalt, commence légèrement, avec une alternance entre accord de la mineur et la mineur diminué. Volac domine ce début de chanson, la fin de sa partie est un peu plus dense musicalement. Juliette prenant le relais, l’enchaînement musical est un peu plus étrange, mais parfaitement réussi. Le rythme est plus énergique, transition vers un court pont entraîné par Matt. Court, mais efficace, et puissant. On retrouve sa voix si puissante ayant fait le charme de Wanderland, le jeu d’orchestre saccadé, le rythme irrégulier et virtuose de la batterie. Place ensuite à un refrain triste, mélancolique, mais particulièrement beau, porté par Juliette et Lena. Place ensuite à un pont idéal, le mélange entre Death et Black fonctionne à merveille, avec relativement peu d’accords. Reprise du même schéma ensuite, à un changement prêt : un petit intermède à l’accordéon et une voix malicieuse de Matt. Place ensuite à une magnifique valse orchestrale, envoûtante, apaisante. Sur le même rythme, reprise du ton sombre de la chanson, avec un orchestre et un chœur imposant, puis l’ajout d’un rythme et d’une mélodie black metal. Fin de la valse, la mélodie black reste. Fin de l’intermède avec un passage Death Symphonique, digne du meilleur de Septic Flesh. Reprise du refrain, toujours aussi beau, même après la 3ème reprise. Pris dans l’élan, la fin de la chanson est brutale. Mais parfaite.

Vient ensuite la dernière chanson, Restrained. Une mélodie triste et sombre entame la chanson, tandis que le jeu de synthé et de batterie se veut plus énergique. Les accords s’enchaînent linéairement sur une pédale de la. Place ensuite à un début de couplet calme, avec quelques notes de synthé et la voix douce de Matt. Avec les mêmes accords, le rythme s’intensifie, la voix de Juliette devient légèrement plus agressive. Place ensuite à un refrain simple mélodiquement, mais toujours aussi efficace. Reprise quasi identique du schéma ensuite, avec en bonus un petit passage Death Metal qui est le bienvenu. Place ensuite au pont, avec l’effet de surprise d’une alternance entre rythme ternaire et binaire, mélodie gaie et sombre. Fin du pont avec un passage Death Metal simple lui aussi, mais très bien construit, énergique, puis une transition vers la reprise du thème d’introduction porté par Juliette. Transition parfaitement réalisée. Enfin, reprise du refrain, puis fin de chanson instrumentale sur une pédale de Ré. Cette chanson n’est pas une fin parfaite, mais une fin idéale.

Conclusion

Voilà un album ô combien singulier, mais tellement sublime. Le thème de l’album, à savoir la façon dont les humains construisent leur avenir, est omniprésent. L’album est un modèle de construction, de richesse musicale, chaque instrument est parfaitement maîtrisé. Un léger petit bémol, la chanson Exalt aurait fait une chanson de fin parfaite. Mais mis à part ça, on tient là un modèle du genre, le dernier album de sympho m’ayant fait cet effet-là étant Once de Nightwish. Voilà un groupe avec un avenir radieux devant lui. Gloire à vous Season of Tears.

Note : 4,5 / 5

Alan

https://seasonoftears.bandcamp.com/album/homines-novi