Nous somme en fin d’année 1999. Le quatrième film de David Fincher sort sur les écrans du monde entier. Il s’agit de FIGHT CLUB, film americano-allemand avec Edward Norton, Brad Pitt et Helen Bonham Carter.

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Le synopsis

Un insomniaque dépressif au bord de la rupture se lie d’amitié avec un vendeur de savon charismatique à la philosophie tordue et anarchiste. Ensemble, ils créent un club de combat clandestin qui attire de nombreux adeptes en quête de défoulement.

 

Chuck Palahniuk, là ou tout commence

Chuck Palahniuk n’est autre que l’auteur du roman Fight Club. Journaliste indépendant dans les années 80, il quitte son métier en 1988 car il n’arrive pas à vivre de son métier. Il devient mécanicien pendant une bonne dizaines d’années, en parallèle de son nouveau métier il écrit un roman Monstres Invisibles, qui est refusé par les éditeurs en raison de son contenu trop provocant (qui cependant sera édité en 1999). Il entreprend alors l’écriture de Fight Club, édité en 1996 chez Gallimard en France et qui rencontra un succès mondial. Depuis cette période Chuck Palahniuk a sorti pas moins de seize romans, un recueil de nouvelles se nommant en toute quiétude Le festival de la couille et autres histoires vraies (2004) et une bande dessinée en 2016, nous en reparlerons en fin d’article. Il est assimilé au mouvement dit d’anticipation sociale.

Niveau adaptation cinématographique de ses romans, deux ont vu le jour. Fight Club de David Fincher (1999) donc, et Choke de Clark Gregg (2008).

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Les droits d’adaptations

La productrice Laura Ziskin entreprend d’acheter les droits du premier ouvrage de Chuck Palahniuk sur recommandation de Raymond Bongiovanni. Le studio Fox 2000 achète donc les droits du bouquin. La productrice peine à dissimuler son intention d’intéresser au projet un cinéaste majeur, cependant elle bute sur l’avis de certains lecteurs du studio qui tirent à boulets rouges sur le roman (« de quoi faire vomir », « dangereux », « profondément dérangeant » figurent sur les fiches de lecture les plus rétives) mais elle s’accroche à ses convictions. Elle demande donc aux producteurs de Altman Entertainment de développer le film en lui associant d’abord un réalisateur de premier choix. Ce premier choix fut Peter Jackson, bien qu’appréciant beaucoup le livre, il doit refuser l’offre, son engagement sur la trilogie Le Seigneur des anneaux allant le rendre indisponible pour longtemps. Bryan Singer sera également approché, il avouera plus tard n’avoir même pas pris la peine d’ouvrir le bouquin. Quant à Danny Boyle, il a préféré le sable fin de La Plage à la noirceur de Fight Club. Joshua Green et Ross Grayson Bell, producteurs de Altman Entertainment contactent ensuite David Fincher, alors en pleine finition de The Game. Comment n’y ont-ils pas pensés plus tôt? Mystère!

« Si j’avais vraiment une tumeur, je la nommerais Marla. Marla… La petite écorchure qu’on a sur le palais et qui ne peut cicatriser que si on cesse de la lécher… mais on ne peut pas. »

Le metteur en scène

David Fincher tombe sous le charme venimeux de Fight Club. Mieux, il adhère au propos. « Il y a tant de trucs dans le bouquin sur lesquels je me suis dit: Putain, c’est exactement ce que je pense et que je n’ai jamais dit à personne! »
David Fincher en 1997, est en pleine ascension. Réalisateur de clip jusqu’alors (54 clips tournés à son actif pour notamment Michael Jackson, Madonna, The Rolling Stones, Nine Inch Nails…), il réalise en 1992 le troisième volet de la saga Alien. Mais c’est en 1995 que David se fait un nom avec le succès planétaire qu’est Se7en avec dans les rôles principaux Brad Pitt et Morgan Freeman. Ce film redéfinira les codes du thriller au cinéma, et installera pour les années à venir le véritable style visuel de Fincher. Film extrêmement copié, jamais égalé. avec son troisième long-métrage en 1997, The Game avec Michael Douglas et Sean Penn, il s’impose définitivement comme le spécialiste du scénario à twist final inattendu.

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Le cast

L’opinion de David Fincher concernant le roman Fight Club est partagée par Brad Pitt qui emporte l’un des rôles principaux du film sur un autre candidat nommé Russell Crowe et dont Gladiator n’a pas encore fait une star. « Je lis des tas des scripts et tous se ressemblent un peu » justifie le comédien. « En les lisant, j’ai toujours l’impression d’entendre la même personne. Avec Fight Club, une autre voix m’a parlé. Celle forte et d’un timbre différent de Chuck Palahniuk!  » Pas question par conséquent de laisser passer l’incroyable personnage de Tyler Durden, un contestataire dont le rejet de la société de consommation et des conventions s’exprime par des moyens radicaux.

Edward Norton, tout juste lauréat du Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Peur primale de Gregory Hoblit (1996), puis par la suite d’une nomination aux Oscars pour son rôle de Derek Vyniard dans American History X de Tony Kaye (1998), rejoint le casting, alors que des comédiens aussi différents que Sean Penn et Matt Damon ont été envisagés. Ainsi qu’Helena Bonham Carter dans le rôle de Marla Singer.

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« Voilà comment j’ai fait la connaissance de Marla Singer, sa philosophie de la vie c’était qu’elle pouvait mourir d’un moment à l’autre, ce qu’il y avait de tragique, disait-elle, c’est qu’elle ne mourait pas. »

L’adaptation

Sollicité pour adapter son propre roman, Chuck Palahniuk écarte la proposition. Alors que Laura Ziskin suggère l’acteur, réalisateur et scénariste Buck Henry (Le Lauréat) pour sa vision satirique et ses affinités avec le projet, David Fincher s’y attaque lui-même. Ce dernier est rejoint par Jim Uhls, Andrew Kevin Walker (Se7en), Cameron Crowe, puis Brad Pitt et Edward Norton en ce qui concerne les personnages. Leur priorité: communier, sur le fond et la forme, avec le message du brûlot originel. « Evidemment, il a fallu condenser, couper, adapter », commente David Fincher. « On ne peut préserver les trois cents pages d’un livre et les reprendre toutes pour en faire le scénario d’un long-métrage de deux heures. Reste que j’ai certes tenu à me faire plaisir, mais aussi à faire plaisir à Chuck Palahniuk!. C’est dire que le réalisateur ne cherche surtout pas à édulcorer son oeuvre, quitte à faire grincer quelques dents ou bousculer les sensibilités les plus délicates. Pas question d’atténuer la portée sociale et philosophique de sa charge féroce, le politiquement incorrect et la remise en cause doivent dominer.

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« Ceci est votre vie et elle se termine minute après minute »

Une vision partagée

« Fight Club est une satire, une vision stylisée du monde Ikéa dans lequel nous évoluons », appuie David Fincher. « Il traite de concepts très simples, telle notre ADN d’être humain. La nature nous a fait chasseurs et nous vivons dans une société où le shopping l’emporte sur tout. Il n’y a rien à tuer, rien à combattre, rien à surmonter, rien à explorer. Une émasculation généralisée, sociétale! »
« Nous sommes des êtres physiques, qui ont oubliés les plaisirs de l’animalité », corrobore le romancier. « Nous étouffons à l’intérieur d’un monde virtuel et irréel », et nous ignorons nos propres capacités de survie faute de les mettre à l’épreuve.
Pas étonnant qu’Edward Norton définisse ainsi Fight Club: « ce n’est pas une photographie, mais plutôt un tableau du Greco, violent et dingue! »

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« Nous somme une génération d’hommes élevés par des femmes. Je ne crois pas qu’une autre femme soit la solution à nos problèmes. »

 

Bande Originale

Comment parler de Fight Club sans évoquer le travail exceptionnel des Dust Brothers. La symbiose musical avec l’action à l’écran est saisissante de cohérence. Cette bande originale je l’avoue, a été pendant de nombreuses années mon disque de chevet. The Dust Brothers est un groupe de musique électronique américain, il est formé de deux DJ & compositeurs, John King et Mike Simpson. La chanson du générique de fin ne figure pas sur cet album, elle est néanmoins devenue reconnaissable pour des décennies auprès du grand public grâce au film. Il s’agit de Where is my mind? du groupe The Pixies.

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Le marketing…

Les responsables du marketing de la 20th Century Fox estiment que le film est principalement destiné à un public masculin, en raison de sa violence, et que même la présence de Brad Pitt n’attirera pas le public féminin. David Fincher s’oppose à ce que les affiches et les bandes-annonces soient centrées sur Brad Pitt et conseille au studio d’engager l’agence de communication Wieden+Kennedy pour mettre au point la campagne de promotion. Les responsables de la 20th Century Fox refusent que l’image du savon rose, avec le titre du film inscrit dessus, réalisée par Wieden+Kennedy soit la principale image utilisée pour la promotion. Ils rejettent également l’idée de David Fincher de faire deux faux messages publicitaires d’intérêt public présentés par Brad Pitt et Edward Norton et financent à la place une campagne de promotion à grande échelle, d’un coût de 20 millions de dollars qui met en avant les scènes de combat. Malgré les protestations de David Fincher, les spots publicitaires télévisés sont principalement diffusés pendant les émissions de catch de la WWE. Le producteur Art Linson estime que ce marketing unidimensionnel a largement contribué à l’échec commercial du film aux Etats-Unis.

« On a frôlé la vie. »

La sortie

Nous sommes le 15 octobre 1999 et le long-métrage sort aux USA ainsi qu’au Canada. Et ce qui avait été prédit se passa, les critiques sont assassines pour la plupart.

Florilège:

Une grosse platée rance et déprimante du début à la fin Rex Reed, The New York Observer

Un méli-mélo idiot de philosophie geignarde et infantile et de violence fracassante Kenneth Turan, L.A. Times
Le symbole de ce qui ne va pas à Hollywood Anita Busch, Hollywood Reporter

Le film le plus allégrement fasciste depuis Death Wish. Son porno machiste représente l’érotisme vers lequel Hollywood se dirige depuis des années Roger Ebert, Chicago Sun-Times

Ce film est anticapitaliste, anti-sociétal et surtout, anti-Dieu (Ma préférée de toutes ^^) Alexander Walker, Evening Standard

Le suite nous la connaissons, le film est souvent, pour pas dire constamment cité parmi les meilleures oeuvres cinématographiques de tous les temps.

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« Comme un singe prêt à être envoyé dans l’espace. Un singe de l’espace. Prêt à se sacrifier pour une cause supérieure. »

Rendez-vous manqué

Le public boude le film en salles, avec un budget de 65 millions de dollars plus 20 millions en marketing, il en remporte seulement 37 millions sur le territoire américain et son total mondial peine à dépasser les 100 millions de dollars de recettes. En France le film est vu  par 1 065 155 spectateurs, dont je fais parti. Le film a donc tout juste remboursé sa production, ce qui en fait un semi-échec au vu de la qualité de l’équipe réunie pour mettre en boite ce chef d’oeuvre.

 

L’avènement du DVD

Mais comme l’histoire aime les héros déchus, le film va avoir une seconde jeunesse époustouflante. Nous sommes en 2000, et l’arrivée d’un tout nouveau format destiné à remplacer la vieillissante VHS fait son apparition, je veux bien entendu parler du format DVD. Le film sera le fer de lance de cette nouvelle technologie avec des films tels que Matrix des Wachowski ou encore Gladiator de Ridley Scott. Et le bouche à oreilles fait le reste, la rumeur dit qu’un film aux allures de paria devient un objet culte, tant et si bien que le film devient légendaire pour toute une génération. Tyler Durden et Marla Singer deviennent des icônes de la pop culture bien malgré eux et la notoriété du film n’est plus à débattre.

Putain je vois ici les hommes les plus forts et les plus intelligents que j’ai jamais vus. Je vois tout ce potentiel, et je le vois gâché. Je vois une génération entière qui travaille à des pompes à essences, qui fait le service dans des restaurants, qui est esclave d’un petit chef dans un bureau. La pub nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis, on n’a pas de but ni de vraie place. On n’a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression, c’est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock stars, mais c’est FAUX. Et nous apprenons lentement cette vérité. On en a vraiment, vraiment, plein le cul.

Subjectivité outrancière

Ce film est tout simplement mon film préféré, en tout cas s’il doit en rester qu’un ce sera Fight club de David Fincher. En novembre 1999, je me suis pris une véritable claque lorsque je suis sorti de la salle de cinéma. Je n’avais que 17 ans et ce film a renforcé ma philosophie de vie. Tout dans ce film est en adéquation avec ma façon de penser. A l’époque devoir attendre un an pour la sortie du DVD avait été un cauchemar sans nom, dorénavant je possède trois versions différentes du packaging, un DVD et deux Bluray.
C’est simple lorsque je parle pour la première fois de cinéma avec une personne, je lui demande systématiquement si elle a vu Fight Club, si la réponse est non, elle a de fortes chances de le voir dans les jours qui suivent.

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Aussi invraisemblable que cela puisse paraître en avril 2016 est sorti Fight Club 2, avec Chuck Palahniuk toujours à l’écriture. Il s’agit d’une bande dessinée.

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« Tu m’as rencontré à un moment étrange de mon existence. »

 

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Extrait choisi

Mesdames, Messieurs, merci de votre lecture et bonne pellicule.

Rédigé par Jonathan Sibieta