Critique : Il y a des films dont on ne parvient pas à comprendre la façon dont ils ont pu passer entre les mailles du filet public et c’est le cas de ce « Roofman », porté par la caméra de Derek Cianfrance et le bagout incomparable de Channing Tatum. C’est un long-métrage qui avait tout pour plaire, que ce soit son casting, son pitch ou son approche thématique et on espère que cette sortie en édition physique chez Metropolitan parviendra à mettre un peu plus de lumière sur ce titre qui mérite une grande affection. Ainsi, loin d’un côté blaguesque comme auraient pu le craindre certains, « Roofman » se révèle un drame joliment triste sur le besoin d’appartenance dans une société américaine prompte à renvoyer tout ce qui ressort de son cadre faussement propret.
Le fait même que le personnage principal finisse par alterner une existence entre tentative d’intégration dans une cellule familiale classique et cachette dans un magasin de jouets aux contours vifs permet de mieux apprécier ce propos thématique. Il en ressort une existence nouée par la consommation constante, la volonté de se remettre dans des cadres définis tout en ne permettant pas aux classes populaires de trouver d’autres voies que celles à l’écart de cet enfermement social. L’ironie de cette histoire vraie est de rappeler ces aspects, que ce soit par le traitement de ses marques (ToysRUs, McDonald’s) ou ses personnages multiples qui renvoient constamment notre héros à son intégration propre mais quasi impossible. Le côté amer et affectif du cinéma de Derek Cianfrance correspond alors à cette direction sentimentale meurtrie, prompte aux situations rocambolesques mais surtout à l’analyse émotionnelle du récit.
« Roofman » aurait mérité d’être un succès plus populaire par sa diversité de tons, son casting de qualité et son affection permanente qui enrichit son propos de fond. Croisons les doigts pour qu’il soit redécouvert dans un avenir proche car il en ressort quelque chose de doux amer particulièrement réussi dans sa manière de croquer la classe populaire américaine, dans tout ce qu’il y a d’empathique dans un milieu constamment dépourvu d’humanité au sein de ses décors plastiques et de ses apparences à peine dissimulatrices…
Résumé : Il a cambriolé 45 McDonald’s. Il s’est échappé de prison. Il a vécu dans un magasin de jouets pendant 6 mois. Et ce n’est même pas ça le plus dingue…
