Critique : On a beau écrire régulièrement sur diverses sorties cinéma, grand public ou plus auteuristes, le plaisir de découvrir un très bon premier long-métrage reste sans doute inégalable. C’est ainsi le cas de « Sans pitié », où Julien Hosmalin parvient à apposer sa patte dès la première séquence, forte dans ce qu’elle permet de poser immédiatement la relation entre ces deux frères ainsi qu’un rapport à la violence et à la perte d’innocence (ce dont nous avons pu discuter avec lui ainsi que son actrice Berangère McNeese dans une interview qui arrivera très vite).

En quelques minutes, la mise en scène parvient à donner corps à ce territoire industriel quasi westernien, cinématographique à souhait du moins, et à lui conférer une imagerie qui rappelle un certain cinéma américain mais tout en cherchant constamment à trouver sa propre voix/voie. On sent la sincérité dans cette relation fraternelle marquée par les drames, et l’interprétation de Tewfik Jallal et Adam Bessa parvient à renforcer ce sentiment, ces silences plus pesants encore par leur présence. En ce sens, nous sommes dans un pur film de non-dit, où le hors-champ est d’autant plus chargé, puissant et meurtri. Comme Julia (excellente Bérangère McNeese) qui est restée dans cette fête foraine à travers les années, il y a également cette question de mobilité individuelle, de passé marqué qui irrigue pleinement le récit.

Quand la nature vengeresse de l’histoire prend plus la direction, c’est avec une sécheresse brutale, évitant la gratuité tout en restant d’une grande dureté. Là, les silences sont plus douloureux encore, les doutes plus inscrits dans les yeux et les gestes. Les mots ne servent plus qu’à dire autre chose que ce qu’ils sont censés signifier, comme dans ce dernier dialogue entre les deux frères. On se voit alors marqué par cette direction attendue, cohérente mais dont le contrecoup ne peut clairement pas laisser indifférent. Et pourtant, comme cette foire au milieu du vide industriel, l’émotion reste permanente au sein de cette violence.

C’est pour cela que « Sans pitié » nous semble être une sortie à soutenir, le coeur de Julien Hosmalin pompant continuellement la narration malgré le sang, les regrets et les silences. Voilà du beau premier long-métrage brut, total et en même temps toujours au plus près de ses personnages. Se voulant une déclaration d’amour à son frère, ce film parvient à trouver sa propre direction avec un plaisir de cinéma qui s’interroge autant que ses protagonistes face aux chemins tracés devant eux. On lui souhaite en tout cas une carrière aussi belle que sa mise en scène et sa relation fraternelle chargée…

Résumé : Maria élève seule Ryan et Dario au cœur d’une petite fête foraine. Un jour, Dario disparaît et revient blessé, muré dans le silence. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les deux frères se retrouvent. Lorsque Dario reconnaît l’un de ses anciens ravisseurs parmi l’entourage de Ryan, leur passé ressurgit. Commence alors un face-à-face où les deux frères devront choisir : la vengeance… ou le pardon.