Critique : On a bien trop souvent l’image d’un artiste vivant une existence aisée, dans son habitation luxueuse à flâner en attendant d’être inspiré par la muse de la création. C’est trop souvent ignorer la précarité de ce statut, le temps consacré à l’art auquel on s’adonne, gérer les impératifs financiers ainsi que la visibilité de l’œuvre, notamment par le biais des réseaux sociaux. Adapter sur grand écran l’autobiographie de Franck Courtès, « À pied d’œuvre », avait donc de l’intérêt par le reflet que ce dernier amène sur la réalité du milieu, confessant du travail d’équilibriste financièrement friable que l’on peut ressentir quand on cherche à vivre de son art. Le résultat a au final de l’intérêt mais semble toujours à la lisière d’aboutir totalement à son sujet sans réellement y arriver.
Pourtant, l’histoire ne démérite guère, tout comme Bastien Bouillon, comme toujours très bon. La façon dont Valérie Donzelli filme les impératifs de clients parfois à côté de la plaque (comme cette personne sans tondeuse) parvient à transmettre le combat pour subsister dans un milieu économiquement faible, où les ouvriers enchérissent au salaire le plus bas. La violence sociale est toujours présente, s’abattant continuellement sur le personnage comme un reflet auquel on ne peut se confronter réellement. Le glissement progressif dans la perte de moyens se trouve bien retranscrit mais, même sans tomber dans un misérabilisme, le film manque de cet impact émotionnel fort qui avait su nous saisir dans le film précédent de la metteuse en scène, « L’amour et les forêts ». La mise en scène, sobre, ne parvient pas à totalement capter la brisure sociale en fond, et ce en dépit de l’écriture qui cherche à conserver l’implication créative.

Néanmoins, malgré nos quelques points mitigés, « À pied d’œuvre » s’avère intéressant pour rappeler la précarité du statut d’artiste et renvoyer le miroir d’une société où l’on se bagarre continuellement pour servir d’outil ouvrier. Dans une période où l’on diminue l’importance des artistes et où on s’attaque continuellement aux finances des classes les plus pauvres, cela en fait un thermomètre pertinent dans son portrait mais manquant d’un peu plus d’impact dans la mise en scène.
Résumé : Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune.
À Pied d’œuvre raconte l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture, et découvre la pauvreté.
