Critique : Il est amusant de voir comment un genre aussi codifié que le giallo peut amener en périphérie des titres assez particuliers mais plus orientés vers d’autres directions comme cet « Homme sans mémoire », proposé par Artus en édition duo Blu-Ray/DVD. L’histoire s’ancre ainsi plus dans le thriller d’époque avec son personnage principal se redécouvrant dans des fils tortueux tout en touchant au genre par le côté mémoriel inscrit dans la narration. Le giallo renvoyant au sensitif, il est logique de voir le long-métrage de Duccio Tessari inscrit dans le mouvement tout en comprenant que ses réorientations narratives le mettent plutôt en parallèle, loin des meurtres stylisés auxquels on peut s’attendre habituellement.

Le récit profite intelligemment de sa base narrative et de l’incertitude permanente qui en ressort. Le rapport à la confiance et à la redécouverte de soi va de pair avec ce protagoniste qui tente de réintégrer un schéma familial brisé tout en devant faire fi d’un passé destructeur. L’idée est fine, émotionnellement plus marquée que ce qu’en fait la narration et renvoie à un traitement intéressant dans son rapport criminel. Il y a de nouveau un rapport au sensoriel giallesque qui densifie la narration et parvient à surprendre dans certains de ses contours. La mise en scène solide de Duccio Tessari aurait pu être plus éclatante mais elle parvient à mettre en valeur ses différents rouages avec un accent paranoïaque bien à propos.

Comme à l’habitude, le travail fourni par Artus dans cette édition est des plus agréables, que ce soit au niveau du mixage sonore ou de la forme visuelle. Techniquement, on est face à du contenu robuste et les suppléments sont du même niveau. Le portrait de Duccio Tessari fourni par Fabio Melleli donne envie d’en savoir plus sur ce réalisateur moins abordé que ses compères tandis qu’on retrouve également une présentation du titre par Olivier Père ou encore un entretien avec Luc Merenda.

Le jeu de fragment dans le récit de « L’homme sans mémoire » en fait un titre plus qu’intéressant, à la périphérie du giallo par sa façon d’aborder le sensoriel perdu tout en se réorientant plus vers le polar d’époque bien construit. C’est prenant, bien tenu et ça trouve un certain cœur affectif, ce qui en fait un titre plus que recommandable dans le domaine.

Résumé : À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…