Critique : Quelle idée passionnante que d’interroger notre rapport au théâtre classique et ce que certaines pièces peuvent raconter du passé. Il s’y trouve ainsi une matière créative qui ne pouvait qu’intriguer, à l’image de ce « Précieuse(s) », confrontant le texte de Molière à l’envie de remettre en avant des figures au féminisme sous-estimé. L’approche de ce documentaire de Fanny Guiard-Norel a donc de quoi attirer et le résultat final confirme les contours sympathiques de l’œuvre, loin d’une confrontation générationnelle simpliste mais d’une réponse de jeunes au passé et d’invisibilisations à contempler.
Ainsi, l’immersion dans cette classe se fait par le côté pluriel des élèves, ce que ceux-ci parviennent à réinterroger dans « Les précieuses ridicules » et souhaitent remanier, dans cet art vivant et toujours en mouvement qu’est le théâtre. La caméra capte cette énergie de jeunesse et fait résonner leurs doutes, ainsi que la vie de cette professeure qui les met face à la pièce. Il y a un rôle de révélation qui se développe lentement mais sûrement du rapport à la fiction chez ces étudiants mais également d’une vision du monde dans ses rouages les plus écrasants, avec une sincérité d’approche qui aurait pu profiter d’un peu plus d’audace formellement. Néanmoins, la manière de filmer trouve son style dans cette proximité permanente et dans ce montage qui fait résonner ses interrogations avec une lucidité qui a le mérite d’être soulignée.
Il ressort alors de ce « Précieuse(s) » une envie créative, l’énergie d’une jeunesse qui se réapproprie bien le passé sans le dénaturer, en révélant justement ses fils les plus ténus pour mieux apporter une vision contemporaine nécessaire. La forme qui va se créer en résonnance avec leur professeure parvient à donner un autre contour plus inattendu et touchant, ce qui en fait un joli documentaire qui mérite largement votre attention.
Résumé : En adaptant « Les Précieuses ridicules » de Molière avec ses élèves, Cécile pensait réhabiliter les Précieuses, ces premières féministes du XVIIe siècle, injustement oubliées. Elle n’imaginait pas que ce projet la conduirait à sortir de sa propre et insidieuse invisibilité.
