Critique : C’est fou comme, dans une période où les films peuvent parfois sembler trop longs pour ce qu’ils racontent, certains parviennent à narrer beaucoup de choses en un temps concentré. Nous parlions il y a peu des « films mondes » de Quentin Dupieux mais, s’il n’est pas dans une même optique esthétique, Jean-Benoît Ugeux parvient à rappeler ce genre de vide avec « L’âge mûr », récit d’un homme dont les certitudes vont s’effondrer comme des façades d’une grande fragilité. Le réalisateur, qui est également l’acteur principal, parvient alors à habiter une forme de gag du quadragénaire faussement libéré, avec une drôlerie qui laisse peu à peu place à une tristesse assez cruelle.
Ainsi, la façon dont le cadre renforce la solitude du personnage se fait de manière croissante mais subtile, cherchant constamment une approbation pour mieux s’affirmer avec un masque qui s’effrite graduellement. Tonalement, le tout se fait équilibré, là où la durée d’une heure dix aurait pu faire craindre quelque chose de trop précipité. C’est justement ici sa maîtrise émotionnelle qui nous surprend, Jean-Benoît Ugeux parvenant à faire vivre son protagoniste dans un numéro doux amer bien dirigé et dont les vicissitudes créent une proximité proche et efficace.

Faux film modeste, vrai long-métrage bien cadré (visuellement comme narrativement), « L’âge mûr » profite d’un bagout apparent pour mieux y glisser des questions de crises avec assez de proximité émotionnelle pour se retrouver surprenamment touché. Jean-Benoît Ugeux sait gérer l’image de son personnage, devant comme derrière la caméra, pour en faire un vecteur de doute avec une maladresse de tristesse qui rend son sort doucement déchirant. Là où le boomer à l’ego d’acier se transforme en figure de plâtre, il y a un joli titre à la personnalité sincère, tantôt dur, tantôt touché, mais toujours d’une grande justesse dans son approche de la perturbation des certitudes et de la tension du déséquilibre progressif de l’existence.
Résumé : Ludovic, un architecte quarantenaire à qui tout réussit, commence une idylle avec Nathalie, mère de deux jeunes filles, Laëtitia et Luna. Au fur et à mesure que se tisse leur amour naissant, Ludovic se sent de plus en plus proche d’elles. Mais lorsque Nathalie décide de prendre ses distances avec lui, ce dernier perd pied. Commence alors une longue chute. Sur un ton de comédie le film fait mouche avec de savoureux quiproquos , des situations cocasses, une extrême justesse dans le jeu d’acteur et un humour tendre.

