Il y a des interviews où l’on sent directement l’énergie positive du tournage parmi les membres de son équipe, et ce même quand on parle d’un film âpre comme « Sans pitié ». Dès l’arrivée du réalisateur Julien Housmalin et de l’actrice Bérangère McNeese, une dynamique chaleureuse de travail et d’amitié se ressent, ce qui va apporter beaucoup de convivialité et de sincérité dans l’entretien à venir.

Comment est né ce premier long-métrage ?

Julien Housmalin : (rires) Tu vas répondre vu que tu connais la réponse par cœur !

Bérangère McNeese : (rires) Non, je te laisse faire !

J.H. : L’envie vient de rendre hommage à mon grand frère qui m’a quasiment élevé quand j’étais plus jeune. Il vivait dans une caravane car il a décidé de se marginaliser à l’âge de…

B.M. : 15 ans.

J.H. : Voilà. Et on vivait face à une fête foraine qui s’appelait le…

B.M. : Magic World ! Je le savais !

J.H. : Blague à part, j’ai été élevé par un grand frère qui m’a un peu sauvé la vie. Pas de la manière dont il le fait dans le film évidemment, et surtout je n’ai jamais vécu ce que vivait Dario. Il m’a sauvé la vie en étant le père que je n’ai pas eu, tu vois ? Quand j’ai pu réaliser mon rêve, qui était de faire du cinéma, j’ai juste voulu dire à mon frangin : « Merci, grâce à toi, j’ai pu faire un film et je t’aime quoi ! ».

B.M. : Qu’est-ce qu’il a pensé du film ?

J.H. : Il n’a rien compris.

B.M. : (rires)

J.H. : Non mais tu vois, il n’y a que dans les films que ça se passe comme tu aurais voulu que ça se passe !

B.M. : Les larmes, il pose sa main sur son épaule en ne disant rien…

J.H. : Je te jure, tout ce que j’ai imaginé n’est pas arrivé. Il n’a rien compris au film. Il n’a rien compris au film.

B.M. : Il a posé des questions ?

J.H. : Je lui ai dit « Mec, ça fait 8 ans que je me prends la tête à essayer de faire un film sur ouat, te dire que je t’aime, et tu es là à manger ton pop-corn et me dire que tu ne comprends rien ? L’intro, c’est notre chien, tu es con ou quoi ? ».

B.M. : C’est horrible (rires).

J.H. : « Ah bon, il avait l’oreille comme ça ? ». Horrible. Et en même temps, je me suis dit « C’est trop beau quoi ».

B.M. : Après, il y a peut-être des façons plus simples de dire à son frère qu’on l’aime (rires).

J.H. : Il m’a envoyé un vocal hier soir quand je suis rentré et je ne l’ai pas encore écouté ! Vu que je ne suis pas chez moi, je suis un peu sensible donc je me dis à tout moment qu’il a percuté. Je l’écouterai quand je serai avec ma chérie ! Je pourrais m’effondrer selon ce qu’il dit. « Ah au fait, tu peux me récupérer ceci ? » (rires)

B.M. : « Dis, je pars en vacances, tu veux bien arroser les plantes » ?

(On attend encore la réponse du frère de Julien au moment de retranscrire cet entretien)

Je vais donc rebondir sur cette scène d’ouverture avec le chien. Y a-t-il moyen de l’aborder plus longuement ? Ça donne déjà cette relation entre les deux frères et ce rapport à la violence tout en profitant de ce décor très industriel…

J.H. : Je suis d’accord avec toi. C’était un choix d’amener cette violence mais ce que ça ramène surtout sur les deux personnages, c’est que tu as un gamin qui a son chien qui va mourir et un grand frère qui va prendre l’arme et cette responsabilité, que sa seule réponse va être la violence. C’est ce qui m’intéresse : la seule réponse qu’aura le grand frère toute sa vie, c’est la violence, pour protéger son petit frère, ni plus ni moins. Et ensuite, la mort d’un chien, c’est quoi ? C’est la fin d’une innocence, c’est le coming of age, le passage à l’âge adulte. On peut se dire que là, Dario passe une étape dans sa vie d’enfant en étant confronté à la mort de son chien de manière brutale. C’est un peu tout ça cette séquence d’intro mais c’est aussi cette façon de dire que la seule réponse de Rayan dans cette histoire, c’est la violence jusqu’au bout.

Bérangère, comment vois-tu Julien en tant que metteur en scène ?

B.M. : On en parlait tout à l’heure mais la rencontre était déjà assez unique dans le sens où j’étais dans le train, je rentrais de Bruxelles à Paris quand Kadijia Leclère, la directrice de casting, m’appelle et me dit qu’elle a un réalisateur en face d’elle qui fait son premier film… Elle me le dit à sa manière : « Tu arrives à Bruxelles ? Tu arrives quand ? ». Je lui dis que je suis là dans 1h22, l’habitude des Eurostar, et elle me demande si ça me dit de lire le scénario avant de les rejoindre. Je lis le scénario et ça a été l’Eurostar qui est passé le plus vite de toute ma vie, je les rejoins et je les rencontre dans ce rapport où je viens de lire cette histoire qui se déroule de manière intense. Je rencontre Julien et il y avait quelque chose de très naturel et de très normal : comme c’était spontané, tu n’as pas le temps de te prendre la tête. Tout de suite, j’ai l’impression de rencontrer quelqu’un avec une très grande sensibilité, qui apporte ça dans la vie mais aussi dans son film et sa façon d’aborder le jeu. Je trouve que c’est une grande chance dans ce métier, celle de pouvoir rencontrer les artistes. Je vois quelqu’un de très exigeant avec des envies très précises, très ambitieuses, tout en étant humainement assez simple.

J’aimerais savoir les conversations avec le chef opérateur, Florian Solin. Je repense à certains plans comme Dario seul dans sa chambre ou cette image de battue en hauteur…

J.H. : C’est intéressant car je déteste les plans drones mais vraiment… J’avais dit à Flo : « Franchement, si on fait des plans drones, on a raté notre film quoi »… Et il y en a au moins une dizaine.

B.M. : (Rires) C’est un film très raté donc !

J.H. : C’est marrant car, en tant que jeune réalisateur, tu te mets toujours des trucs dans la tête. Tu te dis « Putain, si je ne fais un film qu’à la caméra à l’épaule sans penser mes plans, ce sera nul ! ». Je m’étais fixé les ambitions de penser à un cadre, à un plan, … Tu parles : la première séquence qu’on tourne, c’est celle de l’enlèvement. Je peux t’assurer que c’était un vendredi et qu’on a passé tout le week-end avec Flo en dépression à se dire qu’on était nuls. On a perdu tellement de temps à essayer de poser nos cadres, à essayer de ressembler à ceux qu’on admire. À un moment donné, c’est cool mais dans la réalité, tu n’es pas eux, tu n’as pas leur talent ni leurs outils et au final, tu fais ton film. Du coup, on a passé le week-end sur le décor avec Flo, à se remettre totalement en question. C’était un moment assez cool car c’était le moment où on a fait en sorte de continuer et finir le film. On est dans les caravanes et je lui dis qu’on va faire de la caméra épaule, qu’on va arrêter de se bloquer à ne pas en faire et qu’on va faire en sorte de l’utiliser de manière juste, sans chercher à refaire le film d’un autre. Tout ça pour dire que, quand on fait un premier film, du moins pour ma part, j’ai eu la chance de me rendre compte à la fin du premier jour de tournage qu’il ne faut surtout pas essayer de faire le film d’un autre, que j’étais en train de faire le mien, avec un sujet très personnel et que j’allais regretter toute ma vie si j’essayais de faire un film à la James Gray, à la Mystic River, … Ce n’était pas possible. J’avais d’autres comédiens, avec leur personnalité, leur énergie, leur sensibilité, notre décor, … On avait notre histoire à raconter et j’étais content d’avoir eu cette lucidité là pendant le week-end.

Il y a une grande maîtrise et une patte dans la gestion du hors-champ, que ce soit visuel ou dans les non-dits entre Dario et Rayan.

J.H. : Oui, c’est ce qui me fascine dans le cinéma : ce qui n’est pas dans le cadre. J’adore remplir le cadre pour faire en sorte que les spectateurs se demandent ce qu’il se passe. Même chose chez les personnages : j’adore l’ambiguïté. C’est pour ça que je suis arrivé au pied de la montagne avec ce film car j’aimerais essayer de construire un peu plus mes dialogues dans mes prochains films, quand on parle de tout sauf de ce qui est réellement en train de se passer en fait. Ça peut être très mal fait si on n’est pas bons mais ça peut être génial quand c’est bien fait. J’adore cette séquence où Bérangère est avec Adam (Bessa) car elle symbolise justement ce sentiment dans lequel j’aimerais me déployer plus tard. C’est une séquence à double-lecture, où on se dit qu’ils auraient été beaux tous les deux, qu’ils pourraient peut-être être réunis à la fin du film, … J’ai joué sur ces codes-là alors qu’en réalité, la seule chose dont ils parlent, c’est qu’elle était au courant et qu’elle se rappelle de tout alors que lui se demande si elle se rappelle vraiment. Ce n’est que ça en fait. C’est pour cela qu’à un moment donné, je déploie la musique quand elle dit « Avec ta mère, on pensait la même chose » et lui, il a ce regard qui n’est clairement pas amoureux… C’est chouette ces doubles lectures là. Il n’y a peut-être que moi qui ai vu ce truc-là mais en attendant, c’est quand même un sous-texte qui est infusé dans la tête des spectateurs qui se disent que ce n’est clairement pas « Coup de foudre à Notting Hill ». Et j’adore « Coup de foudre à Notting Hill », c’est un de mes films préférés !

Bérangère, vu que tu es passée à la mise en scène avec « Les filles du ciel » qui va sortir prochainement, est-ce que ce passage à la réalisation te fait voir différemment ton travail d’actrice ?

B.M. : Je pense que ça me fait considérer mon travail par rapport au réalisateur ou à la réalisatrice différemment dans le sens où, d’avoir conscience de l’investissement immense d’un film dans l’existence d’un réalisateur, d’autant plus quand il est auteur, fait qu’on n’arrive pas le même sur un plateau. Je ne dis pas qu’il faut ça pour avoir l’empathie qui se déploie pour un réalisateur mais je crois que je prends la mesure de tout ce qui est arrivé avant le premier jour de tournage, mais aussi de ce qu’est la réalité d’un plateau et voir qu’en tant que réalisateur ou réalisatrice, on est bombardé de questions en permanence. Il y a un autre rapport au doute, au fait de se poser des questions ensemble. Si ça m’a appris vraiment quelque chose dans le rapport au jeu, je dirais l’importance de ne pas juste être une marionnette. En tant que réalisatrice, j’aime les comédiens qui se prennent en charge et qui prennent leurs rôles avec une forme de responsabilité. Du coup, je trouve ça intéressant là où, avant, j’aurais eu plus de mal de discuter avec le réalisateur de choses, de défendre des répliques qui ne me paraissent pas justes, etc. Je pense qu’il faut entendre ce que le réalisateur essaie de dire, d’autant plus s’il a écrit le film, et de ne pas certainement aller contre mais j’apprends aussi à poser des questions là où je n’aurais pas senti nécessairement la légitimité de le faire. Ici, je défends le personnage qu’on me demande d’interpréter dans le fait de porter le projet jusqu’au bout. Donc ça veut dire aussi de poser toutes les questions et d’essayer de lui rendre justice d’une certaine manière, de raconter toute sa complexité avec le réalisateur. Je ne suis jamais allé contre un réalisateur mais parfois, tu peux voir que ça arrive sur un plateau et que c’est compliqué. Je n’aurais pas envie que ce soit plus compliqué pour un réalisateur parce que je vois comment ça peut être.

J.H. : Je le dis très rapidement mais je suis d’accord avec toi ! On dit souvent « Ah oui, la direction d’acteur est super » mais 80 % du temps, cela se joue au casting. Comme Bérangère, ce que j’attends de l’acteur, c’est de faire son taf : tu prends ton rôle, tu peux m’appeler quand tu veux pour me poser 1000 questions ou pas, peu importe comment tu travailles, … Par contre, quand tu arrives sur le plateau, tu dois créer ton personnage. Surprends-moi ! Je sais que je laisse une liberté totale sur les dialogues, etc. Sur mon premier film, j’ai eu l’humilité de me rendre compte que mon scénario, ce n’était pas non plus du Audiard et j’avais surtout envie que les personnes qui allaient interpréter les personnages croient plus que moi à la limite car ça faisait 8 ans que j’étais sur ces personnages et je n’y voyais plus que des personnages de fiction n’existant que dans un fantasme de film. Il fallait qu’ils se les approprient et n’hésitent pas à changer des dialogues. Je leur parlais toujours de textes et de sous-texte, de montage, du découpage, juste pour qu’ils se rendent compte qu’ils sont dans le film, qu’ils soient immergés dans le film fini et non pas dans l’instant.

B.M. : C’est aussi intéressant car c’est un film de mise en scène et de montage, ce que tu ne peux pas forcément savoir quand tu tournes. Ça m’intéresse de savoir quand ça coupe, quand ça passe en off sur une autre image car quand tu arrives à projeter, tu peux amener des choses dans le jeu qui ne sont pas nécessairement dans l’hyperréalisme.

J.H. : Exactement !

B.M. : Là où tu as l’impression que dans l’immédiat, tu dois tout rendre super crédible, parfois, ça doit prendre une dimension plus vaste et tu te permets ça parce que tu sais que tu vas être aidé par le montage.

J.H. : En tout cas, ils m’ont fait confiance. Je me souviens que pour la séquence de la caravane, c’était la fin de tournage pour Bérangère et elle est venue me voir en me disant « Putain, on chiale dans ton film ».

B.M. : (rires)

J.H. : En vrai, c’est dommage car il n’y a que dans ces séquences qu’on chiale, on s’est bien marrés à fond dans les autres ! (rires)

Il y a également la création de Ferris Wheel qui mérite d’être abordée.

J.H. : Oui et c’est bien car je vais pouvoir rendre hommage aux forains qui sont venus pour placer les manèges. On n’avait pas du tout d’argent sur ce film et Éric et Betty, le couple contacté pour venir avec leurs manèges, ont refusé des foires. Il faut rappeler que la précarité du monde forain est assez énorme, c’est un métier voué à disparaître et ce sont vraiment des ouvriers. C’était très touchant car ils sont venus avec leurs manèges, ils ont fait avec les moyens qu’on avait pour les amener ainsi qu’une grande roue, ce qui fait toute la différence. Quand tu regardes bien, il n’y a aucun manège : il y a des autos tamponneuses, des stands de frites, un stand de tir et une grande roue, ainsi que ce fameux train avec son pont qui permet de faire un décor où l’on se demande où on est. Tout ça pour dire que le moment où je m’en suis un peu voulu, c’est qu’à un moment donné, alors qu’on montait le camp forain qui se situait à côté, j’avais ce fantasme un peu romanesque à la Alabama Monroe, ces films où on crée des fantasmes de réalité et de vie. J’ai voulu recréer un monde forain qui n’existait que dans des mythologies un peu fantasmées. Les forains qui étaient là, donc Eric et Betty, se sont demandé pourquoi les caravanes étaient aussi sales, pourquoi les canapés étaient troués, … Ils ne comprenaient pas car pour eux, leur fierté est de vivre de leur travail donc ils ont des caravanes qui se déploient. C’est leur endroit de vie, l’endroit dans lequel ils se déplacent, c’est tout pour eux. Donc réduire leurs caravanes à des lieux de squatteurs était compliqué. Je leur ai expliqué ça. Je ne suis pas sûr qu’ils aient totalement compris mais ce que j’ai trouvé magnifique, c’est qu’ils m’ont fait confiance. Je n’avais qu’un seul fils au moment du tournage et ils ont ouvert la fête foraine un dimanche rien que pour lui. On a dîné ensemble, j’ai passé une journée complète à mieux comprendre qui étaient ces gens. Je ne voulais pas faire un film social sur les forains. Je ne fais pas partie de ce monde-là, je ne me sens pas légitime pour en parler, j’avais juste envie de les rendre romanesques, loin de ces « Enquêtes exclusives » sur M6 où on les fait passer pour des beaufs. J’avais envie justement de leur mettre de la lumière.

Enfin, y a-t-il une question que vous auriez voulu qu’on vous pose et qu’on ne vous a toujours pas demandé ?

B.M. : Je suis dégoûtée qu’on ne me demande pas si je vais me lancer dans une carrière musicale.

J.H. : (rires)

B.M. : C’est la moindre des choses de me poser la question je trouve.

J.H. : En vrai, il y a moyen mais la gamine est vraiment ouf donc je pense qu’on va plus lui poser la question aujourd’hui (rires).

B.M. : Donc tu penses que je ne peux pas avoir de carrière musicale ?

J.H. : Si, il y a un potentiel !

B.M. : Au rendez-vous avec Kadija, tu m’as fait écouter cette chanson avec un chanteur, William Elliot Whitmore, qui avait quand même une voix hyper grave de countryman, hyper rocailleuse et il me dit que c’est la chanson qu’il voulait que Julia chante dans le film. On l’écoute et dans ma tête, je me dis : « Oui, pas de problème, je n’ai pas du tout cette voix mais bon… » (rires). J’ai travaillé avec une coach américaine.

J.H. : Ah ouais !

B.M. : Après, je n’avais pas encore commencé quand je t’avais envoyé le vocal car tu m’avais demandé que ce ne soit pas trop « chanteuse ».

J.H. : C’est une meuf qui a raté sa carrière, qui avait un gros talent mais est passée à côté. Et quand j’ai écouté le vocal, j’étais avec ma femme, qui n’est pas du tout dans le cinéma, et mon fils en voiture. Après t’avoir entendue, elle a dit « Mais comment vous faites ? La meuf, tu lui demandes de chanter un morceau et elle te sort ça ! ».

B.M. : J’étais quand même gênée de t’avoir envoyé ça. Vu que mon père est musicien, dans la musique, quand tu n’es pas excellent, c’est un truc que je ne peux pas, j’ai une grande pudeur avec ça. C’était vraiment le truc le plus effrayant que j’ai eu à faire sur un film : chanter, plus que tirer sur des gens ou faire des cascades.

J.H. : C’était une belle surprise.

B.M. : Et toi, c’est quoi ta question ? Tu essaies de gagner du temps ? (rires)

J.H. : (rires) Non mais j’essaie d’avoir une réponse pas égoïste… Je dirais, s’il y a des jeunes qui vous lisent, de futurs metteurs et metteuses en scène, je parlerais de comment on arrive à faire son premier film. Pour moi, quand on vient de nulle part, qu’on n’a pas de réseau, j’ai envie de vous rassurer : vous allez y arriver. Si vous avez une envie sincère de faire du cinéma, vous y arriverez tôt ou tard. Mais sur le tard, il vous faut trouver un boulot qui vous permette de tenir, de ne pas tout lâcher pour ça et surtout de ne pas vous mettre au pied du mur, de ne rien faire à côté et de vous priver d’une vie perso pour tout dédier à ça. Tout ce que je retiens, c’est le parcours pendant ces 8 ans, et qui n’ont peut-être même rien à voir avec mon film, plus que le film. C’est ce que je disais à Bérangère : « Oui, le film sort, mais voilà… ». Alors oui, c’est super de voir les réactions des gens, ça nous fait revivre des choses. Mais ce qui compte, c’est le chemin. Donc prenez soin du chemin parce que derrière, une fois que le film est sorti, vous êtes seuls avec ce que vous avez construit.

B.M. : C’est beau.

J.H. : Mais c’est vrai. Tout ce qu’il me reste ici, c’est ma femme et mes gosses. Si je ne les ai pas eux, là, laisse tomber. Je crois que je ne ferais plus de cinéma sans eux. Ce sont eux qui me rappellent que c’est cool de faire des films car je n’ai pas que ça.

Merci à Zouzou Vanbesien et Denis Huyghes pour cette interview.