Critique : La déshumanisation des personnes migrantes ne diminue pas, amenant son lot de drames au-delà de la question même de l’accueil qui leur est accordé. Il était donc intéressant de voir comment Marta Bergman, habituée aux documentaires et passée à la fiction avec le joli « Seule à mon mariage », avait pu repartir d’une tragédie réelle pour pouvoir aborder ce regard, le tout avec une gestion multiple qui cherche à décortiquer le mécanisme de l’événement tout en conservant son humanité en son sein. C’est ainsi que, dans le dossier de presse mais également dans l’entretien qu’elle nous a accordé, la réalisatrice parle de son envie d’incarner ceux qui sont limités à une généralité, réduits à un statut alors qu’ils sont des individus, des couples, des familles, … Et elle y arrive avec une vraie empathie ainsi qu’une vision essentielle pour animer émotionnellement cet « Enfant Bélier ».

Le début du film installe le couple formé par Adam et Sara (les formidables Abdal Razal Alsweha et Zbeida Belhajamor) dans un lieu fermé, vaporeux. La luminosité orange de celui-ci relèverait presque de l’onirisme quand il se révèle finalement être une tente dans laquelle ils résident avec leur fille. Très vite, on s’accroche à cette nouvelle journée, cet espoir de pouvoir fuir et vivre la vie dont ils rêvent jusqu’au drame. La façon de capter celui-ci fonctionne, ne serait-ce que par sa manière de prendre le temps de faire monter de façon croissante l’incompréhension et la panique sans jouer d’un besoin de créer une tension de fiction tout en conservant le moment de bascule hors-champ, nous demandant en même temps qu’un témoin des faits la façon dont on a atteint ce point de non-retour.

La mécanique de douleur s’accompagne de cette incompréhension permanente et d’un malfonctionnement dans ses rouages, ce qui est souligné par le regard policier. Si Marta Bergman exprime sa volonté de ne pas tomber dans le manichéisme et une approche anti-police, elle révèle des erreurs inscrites aussi bien dans l’individu que le fonctionnement global, avec ce que ça implique une nouvelle fois de déshumanisation instituée. C’est une quête d’empathie qui s’ensuit, dans une mise en scène évitant le sensationnalisme et le tire-larmes pour justement se rapprocher de l’humain et, par le drame, en dessiner comment le traitement de mise à l’écart perpétue pareilles violences de façon cyclique.

« L’enfant bélier » s’avère douloureux par son approche d’une tragédie qui a déjà eu lieu bien trop souvent et parvient à ausculter tout en rappelant l’importance de l’individu. Là où on invisibilise en permanence, Marta Bergman appuie l’émotionnel, le cœur derrière les chiffres et parvient à capter ses douleurs avec une bonne distance pour que cela serve au mieux son propos. Reste à voir si pareil film parviendra à remettre en lumière le débat de la déshumanisation du traitement migratoire, prompt aux erreurs, aux pertes et aux chagrins à force d’oublier constamment les humains derrière la catégorisation mécanique…

Résumé : Sara et Adam sont arrivés illégalement en Belgique avec leur petite fille de 2 ans, espérant rejoindre l’Angleterre. Entassés à l’arrière d’un véhicule, la peur semble prendre le pas sur l’espoir. Redouane est policier depuis 20 ans. Avec son équipe, toutes les nuits, il fait la chasse aux passeurs. Ce soir-là, alors que la voiture de police essaie d’arrêter la camionnette soupçonnée de transporter des migrants, tout bascule…