Critique : Si vous traînez régulièrement sur les réseaux sociaux (comme, trop souvent malheureusement, l’auteur de ces lignes), vous êtes peut-être tombé sur des publications de personnes râlant sur la présence de scènes de sexe dans des films et séries. Outre exprimer la pudibonderie de certains individus, ces remarques révèlent surtout une incompréhension de la sexualité dans des fictions où pareils instants permettent de dévoiler les personnages plus psychologiquement que physiquement. C’est le cas de ce « Parfum d’un sortilège », disponible depuis peu en édition physique chez Carlotta avec une nouvelle restauration 2K.

Le sentiment d’enfermement des personnages dans ce logement banal amène une dynamique relationnelle accentuée par le traitement des scènes de sexe. Les échanges permis ici renforcent la nature complexe de ces deux protagonistes, le côté tragique de leur rapprochement dans une narration rappelant le film noir. Il suffit d’un plan fixe d’Akiko se déshabillant avant de voir son compagnon entrer dans le cadre pour permettre de parler de cette expression physique, ce pouvoir d’approche empathique lié à une mise à nu non seulement du corps mais de l’individu même.

La mise en scène de Toshiharu Ikeda renforce le rapport fictionnel du récit avec un côté touchant parfois au surréaliste mais au service d’un cadre de logement où le bonheur ne peut réellement exister. Cette quête de satisfaction personnelle par le biais de l’autre explose donc dans les séquences sexuelles mais parvient surtout à interroger sa structure sociale avec des tons d’une tragédie quotidienne bien mise en valeur par l’alchimie du duo principal. La façon dont le réalisateur parvient à donner vie au doute et au besoin de satisfaire le regard de l’autre réussit alors à placer le film plus loin qu’une simple œuvre pornographique.

La sexualité est matière d’enjeux mais surtout de confrontations dans « Parfum d’un sortilège », essentiellement par sa manière de filmer le couple dans ses brisures et ses attentes avec une tonalité onirique renforçant la nature tragique du récit. Il y a ainsi une grande tristesse dans la caméra de Toshiharu Ikeda qui permet à l’œuvre de sortir de la commande érotique pour toucher au grand drame, où la physicalité devient l’explosion des envies de l’être.

Résumé : Une jeune femme se jette d’un pont sous une pluie torrentielle. Témoin de la scène, Esaka se précipite dans l’eau pour la sauver. Après l’avoir emmenée chez lui, il apprend que la dénommée Akiko s’est enfuie de son foyer pour échapper à un mari violent, et décide de l’héberger le temps qu’elle se relève de cette épreuve. Esaka tombe rapidement sous le charme de sa protégée, mais découvre que l’histoire d’Akiko est plus complexe qu’il n’y paraît…