Critique : Il peut être difficile de s’attaquer à l’exercice de la biographie tant ce genre de livre semble trop codifié aux yeux des lecteurs, amateurs ou non du domaine. On peut s’attendre à une linéarité assez logique vu le rapport à la narration d’une existence mais pouvant sembler rébarbative également au vu de la progression attendue, que l’on connaisse ou non la personnalité illustrée. Heureusement pour nous, Jean-Christophe Manuceau ne s’oriente pas vers pareille forme avec son « Peter Sellers : l’homme qui n’existait pas », lui préférant un chapitrage séquentiel convenant bien à l’aspect difficilement saisissable de sa figure titre.
L’ouvrage, disponible depuis peu chez Carlotta, frappe ainsi rapidement par sa taille assez fine, avec moins de 100 pages, filmographie de l’acteur comprise. C’est que l’auteur ne s’attaque pas à une analyse exhaustive et pouvant se révéler froide de l’acteur, mais plutôt à une approche qui colle à certains points précis pour mieux comprendre l’individu derrière le comédien. Cette vision se fait assez solide, laissant des blancs pour mieux remplir les vides habituels en réinterrogeant l’humain. En démarrant par son décès, le livre déstructure habilement et se permet un certain éloignement de départ afin de mieux se concentrer sur des points précis. L’écriture est vive, proche de Sellers, et se permet de le dévoiler avec une dynamique d’écriture qui colle au plus près d’une réorchestration de vie, une approche qui ancre ses rôles dans une émotion appuyée et des brisures captées avec empathie.
« Peter Sellers : l’homme qui n’existait pas » n’est ainsi pas une biographie typique mais c’est en cela que le livre fonctionne. C’est un ouvrage aussi fin et vif que l’écriture de Jean-Christophe Manuceau, désorientant au début pour mieux se déjouer de la figure Sellers et approcher Peter le fils, le père et l’humain perdu. Sa fragilité reste au centre d’un chapitrage dont la nature éparse apporte une forme singulière mais néanmoins pertinente pour mieux représenter des instants subtilement déterminants et revigorer ce qui n’aurait pu être qu’une narration linéaire et fouillée mais un peu vaine. On ne pourra clairement pas reprocher à ce livre bref d’être vide tant ses hors-champs nourrissent le besoin de compréhension d’un comédien de renom.
Résumé : Qui était Peter Sellers ? Sans doute l’un des plus grands comédiens du monde, puisque Stanley Kubrick l’a dit. Difficile de ne pas croire le cinéaste sur parole : l’acteur était simplement génial en Clare Quilty dans Lolita (1962) et dans trois rôles clés de Docteur Folamour (1964). Au-delà ? Un génie comique, sans aucun doute, surtout devant la caméra de Blake Edwards et ces rôles inoubliables, dans La Party (1968) et toute la série des Panthère rose où il incarna l’inspecteur Clouseau.
Comique génial, caméléon capable de se fondre dans la peau de multiples personnages, Peter Sellers était aussi un homme en quête d’un bonheur qui lui a constamment échappé.
Peter Sellers, l’homme qui n’existait pas nous plonge, en dix chapitres, dans sa vie mouvementée : autant de moments suspendus dans le temps, des plateaux de cinéma à ses multiples mariages, en passant par ses amitiés et ses coups de folie.
Derrière le rire et la virtuosité, se dessine un être fragile, insaisissable, souvent prisonnier de ses propres excès. Un artiste adulé, mais aussi un homme qui, de peur de ne jamais être aimé pour lui-même, s’est effacé derrière ses personnages.
À travers anecdotes, éclairages inédits et analyses sensibles, Jean-Christophe Manuceau restitue l’homme derrière le comédien, entre éclats de rire et vertiges de solitude.
Un portrait aussi drôle qu’émouvant, à l’image d’un acteur qui a exprimé ses propres fractures à travers ses rôles.