Critique : Les films de vols, cambriolages et autres braquages ne semblent plus avoir le vent en poupe aux yeux du grand public, et ce bien des années après la réussite des films « Oceans » de Steven Soderbergh. Il faut dire que le genre s’avère très codifié et mérite un vent de fraîcheur qui permettrait de rappeler la sensation grisante de se faire surprendre par l’intrigue. Kelly Reichardt décide avec ce « Mastermind » de partir dans une optique différente mais qui a le mérite de détricoter des codes narratifs par moments désuets afin de mieux capter la solitude de son protagoniste principal, incarné par le toujours excellent Josh O’Connor.

En démarrant par une simple visite de musée où Mooney dérobe discrètement quelques pièces, le long-métrage semble nous installer un protagoniste en contrôle, prêt à tout gérer par son regard. Pourtant, c’est bien cette perte de prise qui va se révéler assez vite, que ce soit économiquement ou sur la situation en général. La notion de vision s’avère alors passionnante tant celle de notre personnage évacue constamment l’humain, comme dans ses relations familiales fragiles. La façon dont le vol de tableaux va se désarticuler peu à peu s’avérerait presque amusante tant il va à contre-courant de la réussite apparente dans ce genre de films et oblige notre héros à se réorienter différemment.

En ce sens, c’est un vrai spleen qui va s’abattre sur le récit, dans cette fuite en avant où Mooney va encore et encore s’enfoncer dans la solitude. On pourrait même parler de mélancolie par la distance permanente qui se crée entre le personnage et son monde, sa façon d’être isolé perpétuellement, dans une linéarité qui permet de débroussailler sa caractérisation et renvoyer à la quête permanente de l’individu voulant s’accomplir totalement. Kelly Reichardt semble sourire derrière sa caméra en captant tout cela mais jamais avec moquerie, plutôt avec la malice de filmer un énième wannabe de la société américaine, ce véhicule à un espoir totalement marqué dans les ambitions du pays sans jamais comprendre tout ce qui l’entoure.

« The Mastermind » surprend donc mais réussit surtout à offrir un passionnant travail de caractérisation, soutenu par la mise en scène de Kelly Reichardt et la prestation toute en sobriété de Josh O’Connor. C’est un joli portrait d’antihéros complètement et totalement perdu, loin de la figure de contrôle suite à sa distance humaine. Et malgré tout, le long-métrage parvient à conserver sa sympathie tout du long pour lui, preuve du travail fin d’équilibriste de sa réalisatrice.

Résumé : Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art. Avec deux complices, il s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.