Critique : Le pouvoir de la fiction est de pouvoir réarranger la réalité comme on le souhaite pour finalement raconter celle-ci avec une autre forme de vérité. On sent évidemment ce qui intéressait Nicolas Roeg avec cette « Nuit de réflexion » : renvoyer des figures connues les unes contre les autres pour mieux en explorer leurs doutes et la vision qu’on leur raccroche invariablement. Pourtant, malgré notre curiosité et la présence du réalisateur de « Ne te retourne pas », le film ne nous accroche pas autant que l’on aurait espéré, et ce malgré des bases narratives qui ne pouvaient que nous intriguer.

Il y a évidemment quelque chose de cinématographique à ranimer Marilyn Monroe et Albert Einstein mais également politique par leurs représentations médiatiques, quelque chose qui alimente le fond thématique du long-métrage. En plus du rapport à la célébrité et à la représentation qui nous est imposée, c’est tout un pan de l’Amérique qui se dévoile, contrée censée être synonyme de liberté mais amenant à d’autres formes d’oppression. Cette approche reste pertinente et contemporaine politiquement et se fait avec des réarrangements tonaux assez surprenants, à l’instar de sa conclusion. Pourtant, le tout nous paraît un peu plat, notamment par la théâtralité mal agencée du décor ou l’écriture qui fait retomber la narration, n’arrivant que rarement à donner corps aux névroses de ses protagonistes et à l’humanité censée ressortir de leurs statures.

Il y a donc à boire et à manger dans cette « Nuit de réflexion », proposée ici en édition physique chez Metropolitan et ayant l’intérêt de faire découvrir un autre pan du cinéma de Nicolas Roeg. Si l’approche globale nous laisse sur notre faim, on ne s’inquiète pas que beaucoup apprécieront plus la vision d’une Amérique d’époque dont les angoisses nourrissent encore les enjeux nationaux actuels.

Résumé : New York, 1953. Dans une chambre d’hôtel, la plus célèbre des actrices rencontre le plus célèbre des scientifiques. On croise aussi un sénateur suintant et paranoïaque ainsi qu’un mari joueur de baseball jaloux.