Critique : il y a des échanges dont l’attrait ne peut que nous donner envie par les noms des personnes impliquées. Doit-on ainsi encore présenter Jean Douchet et Jacques Lassalle tant leur renom a ce pouvoir évocateur pour toute personne aimant le cinéma ? Notre curiosité est évidemment accentuée par la perte de ces deux personnalités aimant la création, manquant aussi bien au milieu culturel qu’à Pierre-Alexandre Schwab, organisateur de cet échange et également ami de ces deux grands hommes de cinéma et théâtre. On ne pourra donc qu’apprécier la publication de cet ouvrage chez Carlotta, permettant de se plonger à notre tour dans cet entretien datant d’il y a déjà 12 ans.
L’approche sur une semaine permet de brasser les thématiques tout en restant dans l’exercice de la conversation et de se concentrer chaque jour sur une nouvelle journée. On sent la nature érudite des personnes impliquées, la diversité des œuvres abordées tout en se dévoilant dans leurs expériences personnelles. Les évocations sont intimes, les réflexions drôles et les visions respectives d’une certaine acuité, trouvant même de drôles de résonances actuelles. On peut penser à cette manière de parler de Bruno Dumont, de voir par « Petit Quinquin » une autre vision de comédie sociale. Le tout se fait par un ton vif et amical, perpétuant tout du long ce sentiment de promiscuité qui brise le faux mur distant que l’on peut placer dans la vision critique. Dans une époque où l’on aime communiquer sur des films et moins parler de cinéma, il y a de quoi rappeler l’importance de pareil exercice réflexif.
« Une semaine avec Jean Douchet et Jacques Lassalle : conversations sur le cinéma et le théâtre » se révèle sans surprise comme un ouvrage des plus précieux, ne serait-ce par ce qu’il permet de réinvoquer comme visions culturelles dans une période où l’on a plus que besoin de parler de fond comme de forme. L’approche amicale dans les échanges accentue son intérêt, le tout avec une vivacité qui fait plaisir. C’est bien la beauté de pareil livre : rappeler que même quand les êtres les plus brillants et passionnés disparaissent, leurs pensées peuvent survivre, nous permettant de mieux contempler des œuvres et leurs conceptions avec intelligence et émotion, des facteurs qui manquent bien trop chez certaines personnalités cinéma en ce moment…
Résumé : Pendant une semaine de juin 2014, Pierre-Alexandre Schwab a réuni deux amis de longue date, Jean Douchet et Jacques Lassalle, pour une discussion à bâtons rompus sur le cinéma et le théâtre, entre réflexions personnelles, enseignements précieux et digressions essentielles.