Critique : Le premier volet de « Wicked » avait su nous plaire, ne serait-ce que par son fond éminemment politisé, sa manière de construire ses chansons pour jouer constamment du double sens afin de dévoiler d’autres visions ou encore le ton gentiment piquant du format scolaire pour s’orienter vers un acide mordant et plus sombre qu’attendu dans sa déconstruction d’icônes. Néanmoins, il était compliqué de passer outre quelques points qui nous inquiétaient un peu, comme la façon dont « Defying Gravity » était si étiré dans son morceau que son impact émotionnel s’en retrouvait irrémédiablement diminué, peu aidé par une mise en scène dont les contours criards se dévoilaient après une maîtrise quasi totale dans le restant du film. C’est pour cela que ce « Wicked For Good » nous laisse plus partagé, bien que restant fondamentalement passionnant dans ses thématiques.


Le film se retrouve constamment entre deux flots : celui de ses émotions et celui de son fond. Les deux devraient pourtant rester invariablement liés, renvoyant les doutes respectifs de ses protagonistes sur le plan d’un Oz qui se dévoile comme une dictature aux apparences proprettes. Cela se retrouve pendant une bonne partie, notamment par les biais de Nessa et Boq, dont la relation déjà fragile se retrouve réorientée dans une imposition de l’autre. Malheureusement, le récit flotte un peu trop par moments pour son propre bien, diminuant l’attrait pour ses protagonistes à la suite d’émois pas toujours bien maîtrisés. Le triangle amoureux principal se fait bien trop attendu pour en faire ressortir ses contours tragiques malgré quelques instants de grâce, comme ces quelques secondes où Glinda se voit menacée par Fiyero.

L to R: Cynthia Erivo is Elphaba, Ariana Grande is Glinda, and Jeff Goldblum is The Wizard of Oz in WICKED FOR GOOD, directed by Jon M. Chu.


La mise en scène est du même acabit, perpétuant une photographie discutable mais trouvant dans ses jeux d’ombre des résonances passionnantes dans ce qu’elles révèlent de l’imagerie de chacun, les contours prenant la place sur la personne. Les écarts cités sur l’opus précédent reviennent malheureusement, comme dans « No good deed goes unpunished », affectant la portée sentimentale de ce brillant morceau. En ce sens, le fait de s’inscrire en parallèle du « Magicien d’Oz » originel trouve une certaine pertinence thématique en voulant s’inscrire en parallèle de la grande histoire mais sa déférence envers le film original se retourne par instants, comme si Jon M. Chu faisait tout pour esquiver la comparaison. Il s’y développe un certain tiraillement qui ne manque ironiquement pas d’à-propos, tout en nous laissant espérer un long-métrage plus équilibré.


Cela ne nous empêche pas d’apprécier « Wicked For Good » pour ce qu’il a de riche à offrir, principalement dans une période où les tensions politiques ne peuvent que résonner dans la fiction. Il y a clairement de quoi en faire un divertissement intelligent avec un casting globalement convaincu et convaincant tout en permettant de mieux interroger la réappropriation d’imageries par les puissants. Dommage que cela ne soit pas de manière plus solide narrativement et visuellement sinon on aurait réellement pu parler d’un diptyque d’exception, une certaine bizarrerie dans le paysage hollywoodien qui sait se déjouer de ses codes pour mieux les adresser socialement.


Résumé : Voici le dénouement magistral de l’histoire des sorcières d’Oz. Elphaba, surnommée la méchante sorcière de l’Ouest, vit en exil, cherchant à rétablir la vérité. Glinda, symbole de la bonté, règne sur la Cité d’Émeraude. Mais lorsque les citoyens d’Oz s’élèvent contre la méchante sorcière, les deux femmes doivent s’unir et apprendre à se connaître pour leur bien et celui d’Oz.