Critique : Bien qu’il ne soit sans doute pas le premier nom à venir en tête quand on parle de cinéma d’horreur, Scott Derrickson reste une personnalité intéressante, ne serait-ce que par son approche de la culpabilité dans sa filmographie ainsi que son regard sur la religion. Après un retour aux sources horrifiques avec « Black Phone », le voilà plongeant dans une suite qui ramène le Grabber, tueur d’enfants décédé à la fin du film précédent, dans un titre où le flou entre morts et vivants permet de creuser sur les traumatismes et certains poids émotionnels. Malheureusement, cela se fait dans un titre jamais réellement effrayant mais surtout déséquilibré dans son rythme.
En prenant le temps de réinstaller Finn et Gwen dans les conséquences psychologiques de l’enlèvement du premier, on sent la volonté d’explorer tout ce côté pesant, le rapport à l’après et à la reconstruction. Malheureusement, cela se fait avec une approche pas assez fine, ralentissant trop le récit sans sembler savoir où se situer tonalement, quitte à trop plonger dans la référenciation rétro. On apprécie pourtant l’usage d’images pellicule pour renvoyer aux souvenirs et aux rêves, apportant ce granulé flou qui sied à l’incertitude face à une imagerie numérique plus réaliste. Néanmoins, ce qui apporte une excellente idée visuelle thématiquement ne parvient pas à se transcender dans un côté fantastique qui aurait mérité d’être plus poussé.

En ce sens, l’arrivée plutôt tardive dans un nouveau lieu isolé en pleine montagne aurait pu permettre de développer cette peur d’un vide sentimental, que ce soit celle d’un Finn cherchant par tous les moyens à s’éloigner de son traumatisme ou une Gwen confrontée à ses cauchemars. Si le décor est beau, sa gestion reste trop engoncée pour réellement donner corps à ses enjeux et à son approche de l’enfermement émotionnel. Même l’aspect religieux semble trop lourd pour réellement avoir du poids, ce qui est dommageable au vu du potentiel du récit.
C’est ainsi qu’on aime plus les intentions de ce « Black Phone 2 » que son application. On sent des envies de maturité dans l’écriture et une confrontation visuelle par son changement de format mais cela se fait avec un récit déséquilibré et dont les idées ne semblent pas assez prendre corps, ce qui est ironique au vu du traitement fantomatique dans l’intrigue. À voir si le Grabber reviendra une nouvelle fois mais, pour notre part, on préférera l’approche plus renfermée de l’original à cette suite ambitieuse mais trop fragile pour son propre bien.
Résumé : Le mal véritable transcende la mort et le téléphone noir se remet à sonner. Depuis l’au-delà, le Grabber (Ethan Hawke) tourmente Finn, l’adolescent qui l’a tué, en menaçant sa sœur Gwen. Hantés par des visions d’horreur, les adolescents tentent de mettre un terme à cette torture psychologique, mais découvrent un inquiétant secret en affrontant ce tueur que la mort a seulement renforcé.
