Critique : Il est dur d’écrire sur un film que l’on attendait impatiemment et qui nous laisse divisé. Ainsi, quand c’est un bonheur de pouvoir être élogieux sur une œuvre adorée ou pouvoir mettre des mots sur la colère ressentie à la suite d’une déception, sortir partagé d’une séance doit se prêter à la réflexion, d’autant plus quand on voit les réseaux s’acharner encore et encore sur le titre en question. C’est notre cas avec ce « Retour à Silent Hill », qu’on est loin d’avoir détesté mais qui nous paraît bien trop fragile pour pouvoir être réellement positif à son sujet. Pourtant, le retour de Christophe Gans derrière la caméra 12 ans après sa relecture de « La Belle et la Bête » sonnait comme un point rassurant, son adaptation précédente du jeu éponyme étant d’une élégance horrifique qui faisait plaisir à voir. Mais alors, que se passe-t-il avec ce « Retour à Silent Hill » ?
En s’ouvrant sur la rencontre entre James et Mary, le film se permet un premier décalage d’adaptation qui, s’il paraît évident thématiquement et dans son approche de retranscription, ne peut que faire froncer les sourcils, sentiment renforcé par d’autres choix qui se permettent d’éventer un peu trop le questionnement psychologique amené par l’atmosphère. La façon d’intégrer Silent Hill se fait assez laborieuse, pas aidée par les divers flash-back se voulant épaissir la relation amoureuse ou des raccourcis qui verbalisent trop le fond (comme cette fameuse pierre tombale moquée par les détracteurs sur les réseaux). Cela amène un côté trop mécanique et attendu à l’intrigue, là où le flou original permettait de mieux retranscrire la scission familiale du premier film. Le rendu numérique de certains instants n’aide pas à faire pencher la balance dans le bon sens, tout comme ce besoin de verbaliser un peu trop certains points pour être sûr de leur compréhension par le public.

Pourtant, on aurait envie d’aimer totalement le film tant on retrouve ce qu’on aime chez Gans. La dramaturgie parvient à reprendre ce côté Orphée qui suintait déjà dans la distance entre Rose et Christopher il y a 20 ans. Certains choix visuels permettent au réalisateur de rappeler le médium vidéo ludique sans trop sur-appuyer ses intentions et il y a des plans qui se revoient comme des sursauts de haute valeur, parvenant à capter tout l’enfer émotionnel du deuil amoureux. On serait ainsi curieux de voir ce qu’une version plus longue donnerait tant on adorerait rester plus longtemps dans le dédale de Silent Hill, sa manière de visualiser le mal-être émotionnel dans ce qu’il a de plus charnel, triste et douloureux. La culpabilité de James transparaît facilement et les pièces sont présentes pour un résultat plus impactant.
Malheureusement, les rouages grincent trop pour qu’on se sente totalement emporté par ce « Retour à Silent Hill », affaibli dans ses ambitions par une écriture trop mécanique pour emporter à nouveau entièrement comme il y a 20 ans. On aurait quand même envie de laisser le film mûrir encore plus longtemps dans notre tête par ses quelques saillies qui restent plus incarnées que ce que l’on peut lire çà et là, tout en ne pouvant pas rester aveugle face à ses problèmes. Espérons que Christophe Gans puisse totalement revenir sur un prochain projet où on pourra totalement le soutenir tant il y a des moments ici qui nous rappellent qu’il est un réalisateur estimable, sincère et passionné…
Résumé : Lorsqu’il reçoit une mystérieuse lettre de Mary, son amour perdu, James est attiré vers Silent Hill, une ville autrefois familière, aujourd’hui engloutie par les ténèbres. En partant à sa recherche, James affronte des créatures monstrueuses et découvre une vérité terrifiante qui le poussera aux limites de la folie.
