Connu pour ses imitations hilarantes dans « Le Grand Cactus », Kody montre une autre facette de jeu avec « Muganga – Celui qui soigne ». Venu présenter le film au Love International Film Festival de Mons, l’humoriste et comédien dévoile la façon dont le long-métrage de Marie-Hélène Roux l’a touché.
Peux-tu nous raconter comment tu es arrivé sur ce projet ?
Je suis arrivé car, en tant que belge d’origine congolaise, ou congolais d’origine belge selon, je suis évidemment très sensible à ce qui se passe au Congo. Depuis trente ans, un conflit se déroule sous les yeux et dans un silence assez assourdissant et inquiétant. Comme tous les congolais, je me demande que faire pour mettre en lumière. Moi, en tant qu’artiste, à mon niveau, la seule manière, c’est d’être partie prenante dans des projets culturels artistiques. Il se trouve qu’il y en avait un sous mes yeux qui arrivait et je me suis dit qu’il fallait que je fasse tout pour être dedans. J’ai contacté la prod, avec qui j’ai réussi à avoir des essais. C’est la première fois que ça m’arrive, la preuve que quand on veut, on peut (rires) ! Ce projet existait depuis des années, d’abord américain avec Ben Affleck et Djimon Hounsou avant d’être passé à la France. Et là, je me suis dit qu’il fallait que je sois dedans. J’ai obtenu un rendez-vous avec la réalisatrice et là, on a fait des essais et j’ai été accepté dans le projet. C’est une de mes plus grandes fiertés.
Ton personnage, Jeff, amène une douceur à un film assez brutal. Comment as-tu approché ce personnage ?
Je connais le docteur Guy Bernard Cadière personnellement pour des raisons familiales, on est proches. Il se trouve que je lui ai demandé un petit peu qui était ce personnage de Jeff. Il m’a expliqué que c’était un type un peu plus costaud que moi mais toujours très jovial, toujours présent dans le quotidien du docteur Mukwege ainsi que de sa famille. Le docteur est quelqu’un qui a aussi de l’humour. C’est vrai que dans un film, on a envie de mettre un peu cette dimension de gravité et de solennité à ce personnage mais il n’est pas que ça. Il n’est pas que quelqu’un pétri comme ça d’une mission avec cette gravité dans la tête qui le poursuit en permanence mais il est aussi un être humain, un père de famille, un congolais qui aime aussi la vie. Il est en plus pasteur donc il a cette espérance en lui, qui lui donne foi en l’humanité malgré les atrocités et qu’il soit au cœur de ce que l’humain est capable de faire de plus atroce. Il est au cœur de ça, il le voit, il répare comme il peut mais malgré ça, il a foi en l’humanité. Et quand on a foi, on a aussi le sourire. Je voulais quand même apporter cette dimension-là. J’ai fait une proposition à la réalisatrice et elle m’a suivi, sachant que c’était cohérent avec mon image et mon métier d’humoriste en plus donc c’était intéressant de faire ça.
Justement, comment décrirais-tu Marie-Hélène Roux en tant que réalisatrice ?
D’abord, elle s’est battue pour faire ce film. Elle est tombée amoureuse de ces deux protagonistes en lisant le livre, « Réparer les femmes ». Elle s’est dit qu’elle voulait raconter cette histoire. C’est vraiment un combat de 10 ans, d’abord comme je l’ai dit avec les États-Unis puis ensuite avec la France pour enfin terminer la production de ce film. Je dois aussi saluer la productrice, Cynthia Pinet, car elles sont passées par des parcours impressionnants. Il faut vraiment le vouloir pour réussir ce film. En fait, c’est un film de femmes et leur combat. J’ai aimé sa sensibilité. On a eu beaucoup de débats sur certaines choses car quand on est passionné comme elle et qu’on a son idée en tête, il faut aussi se confronter à la réalité d’acteurs aussi passionnés qui viennent aussi avec leurs envies, leur volonté de faire bien. On ne fait pas ce film pour nous. Enfin, si, on le fait aussi pour nous car on a envie de partager notre combat, mais on le fait aussi pour être fidèle aux gens qui vont le voir. On a eu des débats sur l’authenticité de certains moments, il y avait des répliques que je ne voulais pas dire car j’avais l’impression que cela dénaturait le combat. Elle était assez ouverte quelque part, sensible et très respectueuse. Elle est née en Afrique, en Côte d’Ivoire. Elle connaît le continent, les traditions et les valeurs. On a ressenti tout ça pendant le tournage au Gabon. C’était agréable de travailler avec elle.
Le film a profité d’un bon accueil public, avec notamment quelques prix en festivals. Tu es ici pour le présenter au public du Love International Film Festival de Mons. Que penses-tu de ce retour ?
Je suis très content parce que ça montre que c’est un film important, pour tellement de choses. Ce n’est pas qu’une histoire qui concerne le Congo, c’est une histoire qui nous concerne tous, ne serait-ce que parce qu’on a tous un téléphone et que c’est l’exploitation du coltan qui est en cause ici. C’est quelque chose qui nous lie tous. On est dans quelque chose où on a tous une responsabilité. Je suis content parce que ce conflit passe un peu sous silence depuis quelques années et là, il y a de la lumière qui se met dessus avec des interviews, notamment avec des docteurs. C’était ça l’objectif : qu’il ait des prix en plus, ça lui donne un poids car cela pousse les gens à s’informer. C’est ça le truc : que les gens soient au courant.
Tu parlais de ton rattachement en tant qu’humoriste. Quelle est ta perception sur ta carrière, au-delà de l’image que l’on peut te donner ?
Je démarre aussi ma carrière d’acteur dans « Le Grand Cactus » et dans mes personnages. J’y interprète d’ailleurs souvent des blancs, ce qui fait qu’au bout d’un moment, les gens ne voient plus la différence. Je le disais il n’y a pas longtemps mais on m’a quand même dit « Quand Kody fait un blanc, on voit un blanc ». Ça veut dire quoi ? On ne voit plus ma couleur mais juste un comédien qui fait de l’interprétation. C’est ça que je veux dire en faisant non seulement ces sketchs mais en faisant ce métier, que je suis un comédien qui peut se mettre au service de n’importe quel récit, n’importe quelle histoire, que ce soit drôle ou pas. J’avais déjà fait aussi un court-métrage où j’incarnais un rôle pas vraiment comique. J’aime tous les styles, tous les genres. Je ne veux pas me mettre de barrières.
Quels sont tes projets actuels ?
J’ai une série qui sort sur la RTBF à la rentrée dans laquelle je joue mon propre rôle, même si c’est une fiction. J’écris un film, j’ai 2, 3 projets avec notamment un film qui va sortir aussi en France. Il y a des propositions qui arrivent. Je vais poursuivre comme ça mon aventure au gré des flots et des vagues en continuant mon trajet cinématographique en parallèle de mon parcours dans « Le Grand Cactus ».
Y a-t-il une question que tu aurais voulu entendre durant cet entretien ?
« Pourquoi vous n’avez pas tourné ce film au Congo mais plutôt au Gabon ? ». La réponse, je ne la connais pas tout à fait, mais c’est un grand regret pour moi de ne pas l’avoir tourné au Congo car je crois qu’on aurait pu rendre un petit peu ce que ce conflit a pu prendre au pays, à cette région. Je sais que pour des raisons sécuritaires, d’assurance mais aussi d’infrastructures, c’était difficile. J’ai envie de dire aux autorités congolaises que c’est dommage car une équipe qui reste tourner deux mois au Gabon, ce sont des rentrées aussi pour les gens là-bas. On a formé des personnes au métier, il y a les décors, les figurants, les couturiers, etc. Il y avait plein de métiers comme les gens qui transportaient les décors, tous les logements. Tout cela aurait pu bénéficier au Congo et c’est dommage, je le regrette. Aujourd’hui, j’ai aussi envie de militer pour qu’on tourne des fictions au Congo parce qu’il y a aussi pas mal de talents dans ce pays. Je suis sûr qu’on pourrait y raconter des belles histoires avec des paysages naturels incroyables. C’est quelque chose que j’aimerais encourager : créer des ponts artistiques entre le Congo et la Belgique au niveau cinématographique.
Merci à Valérie Cornelis et Shahinèze Hasnaoui de Com des Demoiselles et au Love International Film Festival de Mons pour cet entretien.
