Critique : Nous avions déjà vanté les qualités d’édition de Roboto Films sur ce site et nous serons encore obligés de le faire avec la sortie de ce coffret « Zatoichi », consacré aux années Daei avec cinq titres dont pas moins de quatre inédits dans nos régions. Cela donne déjà un certain point d’intérêt dans la découverte, ce qui va se retrouver renforcé par une qualité de remasterisation qui mérite d’être soulignée ainsi que par un contenu comme à chaque fois riche, rappelant l’importance d’investir dans de belles éditions physiques dans ce genre.

Shintaro Katsu réussit immédiatement à donner du corps et du cœur à son personnage, et ce à travers une saga assez ample (on parle de plus de 26 films ainsi qu’une série). C’est la subtilité de ses mouvements et l’assurance qui se dégage discrètement qui permet d’asseoir une forme d’iconisation fine, de celles qui installent durablement pareil personnage. C’est d’ailleurs par son jeu qu’on se prend rapidement d’attrait pour notre protagoniste, ce qui méritait à nos yeux d’être souligné au vu de la façon dont sa figure va infuser sur ces récits par son imagerie prenante.

Le lien de Zatoichi avec le premier film présenté, « Le bandit aveugle », est assez ténu, plus officieux qu’officiel, mais il parvient à donner une vision différente du personnage tout en profitant de la physicalité de son acteur principal. Il est d’ailleurs intéressant de démarrer la saga par ce film avec cette tournure d’anti-héros particulièrement gris moralement, donnant des contours inattendus au récit tout en profitant d’une mise en scène soignée. La nature sombre du titre ne fera que renforcer d’autant plus l’inscription plus lumineuse du protagoniste, à l’image du jeu assez brut de Shintaro Katsu dans ce titre qui se développera autrement dans les opus à venir.

On ne suit ainsi plus un bandit mais un « masseur aveugle » dans ce premier volet officiel, où le conflit dans lequel notre personnage va se retrouver renvoie à une forme d’idéalisme quasi pur résonnant d’autant plus avec l’opus précédent. Les scènes d’action sont maîtrisées, bien aidées par la mise en scène qualitative de Kenji Misumi mais le trajet émotionnel l’est tout autant, entre résonnances thématiques et renvois d’idées dans un terrain d’affrontement où le guerrier s’oublie à l’humain.

« Le secret » va permettre au personnage de s’étendre un peu plus dans son développement mythique mais surtout sentimental, à l’instar de la gestion de sa cécité qui en fait une figure clairement seule et cherchant à trouver son statut. Ici, la mise en scène perd un peu en rigueur tout en trouvant une autre dynamique qui renforce son attrait. Là encore, les affrontements renvoient les protagonistes à leurs contours partagés dans un monde en bellicisme constant, ce qui permet de densifier cette suite clairement réussie visuellement et thématiquement.

« Un nouveau voyage » profite de son passage à la couleur pour ajouter une tonalité en plus dans son traitement, notamment dans de nouveaux rapports sentimentaux qui vont complexifier la narration. Les nuances d’écriture restent présentes, permettant à nos protagonistes de mieux se chercher et surtout se confronter dans un univers qui veut les binariser, ce qui explose justement dans ce traitement de la couleur dans sa mise en scène. Cela en fait un film clairement très bon, jouant de ses compositions pour mieux accentuer ses contours tragiques.

Enfin, « Le fugitif » s’avère le plus tortueux par sa manière de s’orienter narrativement, obligeant le personnage à se confronter à ses velléités héroïques et à ses répercussions au sein d’une narration qui se contourne perpétuellement. Cela amène son lot d’action prenante, avec un aspect peut-être trop attendu malheureusement dans sa volonté thématique tout en cherchant à brosser une certaine épaisseur à ses protagonistes et en réussissant à évoquer toute l’ampleur tragique du personnage. C’est en ce sens l’opus le plus perfectible sans doute mais méritant largement le visionnage.

Si vous découvrez Zatoïchi comme nous, alors ce coffret édité par Roboto Films s’avère une belle occasion de rattraper ce manque. En plus de présenter des titres inédits, cette édition permet de mettre en valeur un personnage hautement passionnant dans des divertissements qualitatifs clairement soignés. Ce fut un plaisir de plonger dans ces films et ce le sera tout autant de pouvoir voir ce que Roboto Films aura à nous proposer de plus dans son catalogue faisant l’intérêt de tout amateur de longs-métrages réussis et différents.

Résumés : Les origines de Zatoichi – Le bandit aveugle : Avant de devenir Zatoïchi, Shintaro Katsu incarne Suginoichi, un bandit aveugle froid et ambitieux, prêt à tout pour s’emparer du pouvoir, au détriment de ceux qui l’entourent…

La légende de Zatoichi – Le masseur aveugle : Le masseur aveugle Zatoïchi rend visite à un chef yakuza. Bientôt entraîné dans un conflit avec un clan rival, il se lie d’amitié avec un samouraï malade du camp adverse, tandis que la guerre entre les deux factions devient inévitable.

La légende de Zatoichi – Le secret : Les tensions entre deux gangs rivaux éclatent au grand jour. Chaque chef désigne son champion : un ancien samouraï devenu pêcheur, porteur d’un lourd secret, et Zatoïchi, joueur invétéré et masseur, dont le sabre frappe avec la fulgurance de l’éclair.

La légende de Zatoichi – Un nouveau voyage  : Zatoïchi tente de se retirer dans son village natal, mais la violence le rattrape lorsqu’il se retrouve mêlé à un conflit entre un clan de yakuzas et des villageois opprimés.

La légende de Zatoichi – Le fugitif : À son arrivée dans la ville de Shimonita, Ichi apprend qu’un chef yakuza local a mis sa tête à prix. Pris au piège, il découvre qu’un ancien amour a été assassiné. Dévoré par la colère, il part affronter les meurtriers : un rōnin mercenaire et son clan.