Critique : Déclarer que le cinéma de Michel Franco serait clivant sous-estimer la nature hautement divisive de sa filmographie. Il suffit de se rappeler de la réaction de Nanni Moretti concernant son très violent « New Order » pour constater que le metteur en scène ne peut pas laisser indifférent, son cinéma d’une froideur brutale ne pouvant qu’interroger, questionner brutalement et sans fard autour de sujets qui résonnent invariablement, à l’instar des enjeux sociaux en fond de ce « Dreams ». Il y aura donc très logiquement un public pour ce titre mais, par honnêteté émotionnelle et artistique, nous nous devons d’admettre que nous ne sommes pas cette audience au vu du sentiment de rejet provoqué par ce long-métrage lent, agressif et brut, pour le meilleur comme pour le pire.
Démarrant par un camion laissé en pleine chaleur américaine alors qu’il contient des migrants, le film nous amène déjà une forme de violence implicite, celle d’une déshumanisation d’individus et d’un problème mis de côté par le pays, comme si celui-ci ne pouvait que rester aveugle à la situation. C’est cohérent avec le fond et cela apporte déjà un rythme déplaisant, qui se joue de notre malaise et mieux y glisser une absence empathique sociale qui a de quoi titiller. Le fait de baser son couple sur pareils enjeux sociaux avait donc de quoi renforcer ce mal-être, profitant de points narratifs de romance pour mieux s’en détourner avec une sécheresse estomaquante.

Malheureusement, cette acidité se retourne contre le film par sa manière de ne pas savoir comment canaliser ses intentions. La façon de traiter certaines violences pour marquer une volonté de reprise de pouvoir assez futile va dans le choc, sans doute un peu trop gratuit pour être effectif. On se trouve ainsi mis de côté perpétuellement alors qu’il y avait matière à jouer la carte du rejet comme avait su le faire Ari Aster dans son « Eddington », pour citer un exemple récent. La tonalité âpre verse dans le hautain, comme si le jugement dans l’écriture ne servait pas assez à faire comprendre que les choses vont mal à coup de plans maîtrisés mais dont le contrôle étouffe tout, sans autre échappatoire. Cela nous laisse avec une sensation de lenteur et de volonté de critique qui tourne en rond à force d’appuyer constamment sa distance, audience trop éloignée pour approcher les enjeux mais les contemplant avec une supériorité qui tourne court.
Il y a donc de quoi intriguer bien logiquement avec ce « Dreams », sa brutalité induite servant de terreau à une critique sociale et politique où l’individu se voit rattaché à ses origines. Malheureusement, la façon dont Michel Franco filme tout cela nous laisse froid, même indifférent quand il bascule dans le choc avec sa dernière partie. C’est du cinéma nourri d’idées et de plans intéressants comme cette scène de sexe où les escaliers barrent les corps, mais c’est aussi un film qui ne parvient pas à nourrir son malaise de plus d’intérêt que celui de la personne qui veut faire comprendre qu’elle sait ce qu’il faut raconter et comment refroidir son audience. Malheureusement, cela nous a paru assez vain, ce qui ne nous empêche pas de reconnaître qu’un certain public appréciera plus le résultat que nous.
Résumé : Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu’elle s’est construite
