Critique : Le rapport intime et collectif au deuil ne peut que nourrir la fiction par sa manière de nous rapprocher et nous mettre en même temps dans une distance, entre incompréhension et volonté de réconciliation. Filmer tout cela à hauteur d’enfant pouvait également se révéler casse-gueule tant mentionner cette vision jeune pourrait faire croire au premier abord qu’on va faire face à une œuvre dite « gnangnan » par les gens qui semblent avoir du mal avec la sensibilité de certaines thématiques. Ce n’est en tout cas clairement pas le cas de « Têtes brûlées », porté notamment par la prestation brillante de la jeune Safa Gharbaoui. La façon de filmer, entre autres, la communauté, touche dans son besoin de soutien, de lien et d’affection nécessaire en pareils moments.
En captant rapidement le lien fort entre Eya et son frère, la réalisatrice et scénariste Maja Ajmia Zellama parvient à nourrir émotionnellement pour mieux déchirer par l’incompréhension de la perte. Mais au-delà de ce sentiment, c’est la manière dont l’héroïne va s’y trouver autrement, dans un Bruxelles qui devrait faire sourire celles et ceux qui vivent dans la capitale par sa sincérité de représentation. Là, le film approche la difficulté de l’épreuve et le vide laissé, l’absence ressentie et la manière dont chacun cherche à la combler à sa manière, à l’aide d’une caméra empathique qui donne tout son espace à la jeune Eya.
« Têtes brûlées » a donc une énergie de vie qui résonne chaleureusement avec cette peine dans un titre affecté et affectueux, la camaraderie résonnant comme un bouclier face au chagrin, avec une tristesse qui laisse poindre un côté solaire par sa possible reconstruction. La solidarité qui en ressort réchauffe notre cœur, comme son envie d’approcher le deuil comme un trou que l’on ne sait peut-être pas réellement combler mais où le vide ne signifie pas que l’on n’a pas aimé. Pareille tendresse avec un sujet du genre ne peut personnellement que nous émouvoir fortement.
Résumé : Bruxelles. Eya, 12 ans, fan de rap et de danse, vit une relation fusionnelle avec son grand-frère, Younès. Elle passe son quotidien avec lui et sa bande d’amis qu’elle admire, bien qu’ils aient tous une dizaine d’années de plus qu’elle. Un jour, dans un contexte flou, Younès perd la vie. Eya va devoir trouver son propre cheminement pour survivre pendant cette période de deuil intense.