Critique : Xavier Giannoli a le goût du romanesque, de la petite histoire qui se retrouve à frôler la grande sans savoir comment l’appréhender. De cet homme devenant célèbre du jour au lendemain dans « Superstar » à cette « Marguerite » qui rend fameuse une piètre chanteuse, ses récits parlent d’une mécanique de reconnaissance qui vire à l’engrenage de la destruction. C’est dans la machinerie de la seconde guerre mondiale et de la collaboration qu’il se plonge ici avec « Les rayons et les ombres », jouant sur une durée des plus conséquentes pour suivre la nature tragique mais également nocive de personnes qui ont participé, par leurs actions mais également leur inaction, à la propagation de l’idéologie nazie.
Le fait de jouer de la narration par Corinne, jeune femme qui ne semble pas avoir réellement pris conscience des évolutions du monde, permet de créer une forme de proximité assez trouble, le besoin de compréhension empathique se liant à la difficulté de voir un apolitisme apparent mener à une prise de pouvoir extrême. On aurait d’ailleurs pu sous-titrer ses chapitres par « Illusions perdues » tant son destin de jeune actrice à la célébrité éphémère permet de jouer sur les parallèles politiques avec une naïveté bien captée dans les yeux de Nastya Golubeva. Jean Dujardin trouve aussi dans une forme de rigidité de jeu un semblant d’apparence qui sied parfaitement à son personnage de journaliste idéaliste dont l’exploitation du système reflète un monde qui ne prend pas conscience de la menace autoritaire.

Les dernières minutes n’hésitent pas à rappeler la remise en question nécessaire de ces personnages (notamment une dernière ligne d’une tristesse ironique) mais c’est par son déroulé narratif que le film prend, écrasant, jouant de sa durée pour mieux nous faire ployer dans un fonctionnement où les idéaux sont abandonnés pour une logique de profits personnels. Qu’est-ce qui relève de la survie dans une période où le faste constant dissimule les noirceurs de l’Histoire ? La manière de tenir hors champs ces enjeux permet d’accentuer l’aveuglement d’époque et de rappeler que son ignorance est moins feinte que volontaire, renvoyant hors de son cadre les conséquences de ses actions.
En maintenant son trouble tout du long, « Les rayons et les ombres » n’esquive pas la facilité et parvient à lier des sentiments ambigus dans sa vision d’un apolitisme destructeur. Xavier Giannoli appose une esthétique d’époque qui parvient à nouer et dénouer violences mises hors de la vision, espoirs intimes et faste destructeur, dans une valse historique où l’aveuglement ne justifiera jamais l’inaction. Il est compliqué de ne pas y faire résonner les enjeux politiques français actuels dans cette vision d’une société prête à basculer dans la violence extrême de courants destructeurs quand le profit immédiat se verra toujours effacé par les mémoires de l’Histoire…
Résumé : Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration.
