Critique : On ne peut pas se plaindre que « Freeway » soit une œuvre originale tant le long-métrage de Matthew Bright assume directement sa filiation avec les contes du passé, bien évidemment « Le petit chaperon rouge » en tête. Le générique annonce ainsi la couleur avec diverses représentations de jeunes femmes dessinées comme mises en danger par un loup dont la lubricité se devine directement. En installant son héroïne Vanessa comme illettrée, le film fait craindre un manque de subtilité et il est évident que l’aspect social ne se fera pas avec grande délicatesse. Et en même temps, le but assumé est de foncer tête baissée vers une relecture bien 90’s de la violence du système américain, que ce soit dans la justice ou dans son personnage de psychopathe incarné avec un plaisir non feint par Kiefer Sutherland.

Ainsi, la première partie se concentre bien évidemment sur le rapport qui se crée entre Vanessa et son grand méchant bourgeois. La façon dont celui-ci joue d’une forme de proximité émotionnelle et d’une fausse écoute ne pourra que rappeler des histoires bien trop contemporaines où des agresseurs jouent d’une certaine façade pour mieux appâter leurs victimes. Difficile de ne pas assumer que « Freeway » s’amuse à dézinguer ces apparences de supériorité de classe face à des personnes qui subissent constamment le système et ne réagissent que par les outils qui leur sont donnés. Cela donne un côté un poil daté mais également une énergie d’époque qui sied encore par sa frénésie et sa manière de dresser des liens toujours aussi modernes sur la violence masculine, d’autant plus quand des barrières sociales s’ajoutent à la question.

Il est donc clairement plaisant de voir Metropolitan sortir en édition physique ce « Freeway », bien marqué mais dont la dynamique singulière s’adjoint d’envies critiques à la violence jamais réfrénée. L’affrontement entre Reese Whiterspoon et Kiefer Sutherland se fait donc vecteur de brutalités diverses, en ne s’excusant jamais si le résultat est trop irrévérencieux ou divise, avec cette vibe année 90 qui imprègne les visuels et le rythme. Si l’on peut ne pas accrocher à sa tonalité, on ne pourra clairement pas lui enlever la vivacité de ses critiques de fond, avec un ton acide jusque dans sa conclusion.

Résumé : Après une descente de police pour arrêter sa mère prostituée toxicomane et son beau-père qui la pelote, Vanessa, seize ans, ligote l’assistante sociale qui veut la placer une fois de plus dans une famille d’accueil, lui vole sa voiture, dit au revoir à son ami Chopper qui lui offre son revolver. Tel le petit Chaperon rouge, elle part rejoindre sa grand-mère qui vit dans une caravane à une centaine de kilomètres de là. Elle va rencontrer le grand méchant loup sous les traits d’un bourgeois psychologue et psychopathe.