Critique : Notre vision du corps est constamment biaisée par l’imagerie qui nous entoure, entre personnes aux apparences parfaites et la vision d’une pornographie où l’on peut imposer n’importe quelle forme de désir. L’objectif n’est évidemment pas de diminuer ce secteur mais d’admettre tout simplement que notre sexualité peut se voir changée par ce biais, d’autant plus quand on a une proximité aussi forte avec le milieu que le jeune Alec. « Truly Naked » plonge directement le personnage dans un tournage, devant cadrer au mieux une scène graphique avec des intentions de mise en scène qui vont revenir sur le besoin de contrôle inhérent aux réflexions du long-métrage de Muriel d’Ansembourg.

Celle-ci parvient à garder tout du long la vision d’un adolescent dont le premier émoi amoureux va se confronter à un secteur qu’il a toujours connu par sa relation avec son père, acteur spécialisé dans les contenus pour adultes. Cette opposition va permettre de nuancer le rapport, n’hésitant pas à parler de la pornographie sans tomber dans des clichés réducteurs et misérabilistes mais en mettant cela en conflit avec un rapport adolescent en découverte constante. Là bat le cœur thématique du film : reprendre le contrôle de ses émotions entre l’imagerie qui nous entoure et la réalité des proches, quitte à dépasser le cliché pour retrouver l’humain en permanence. En ce sens, une scène impliquant un poulpe réussit à confronter une image de porno fasciné véhiculée par de nombreux « consommateurs » et la réalité du secteur, avec une actrice transformée à son tour en objet.

KRIS DEWITTE

Il y a une justesse qui interroge constamment son cadre tout en abordant une volonté d’émancipation émotionnelle. Les lieux de refuge d’Alec et Nina reflètent un espace libre, extérieur et où le cadre ne limite pas. Au contraire, la caméra tenue par le jeune homme se voit contrôlée par les velléités économiques et de réalisation de Dylan. Quand notre héros cherche à réellement diriger l’image, cela s’oppose aux ambitions d’un père s’ancrant dans une vision passéiste, consommateur friendly. En ce sens, l’image de fin s’avère pertinente pour visualiser ces confrontations avec beaucoup de cœur pour ses protagonistes.

« Truly Naked » esquive tous les à priori pour offrir un drame passionnant sur les émois sexuels et amoureux en parallèle des influences d’image, jouant de ses cadres pour les interroger et y créer des conflits d’affirmation constants. On se doit de vous recommander chaudement pareil film intelligent et juste, à l’image de son casting et de sa direction visuelle.

Résumé : Pour Alec, qui vit seul une relation toxique avec son père Dylan, acteur X, le désir se confond avec le porno. Son quotidien devient de plus en plus difficile à dissimuler lorsqu’il se rapproche de Nina, une camarade de classe. Pour s’ouvrir à ses sentiments, Alec devra se libérer et accepter de se mettre à nu.