Voici déjà la fin de notre longue discussion passionnante avec le chef décorateur Guy Hendrix Dyas.

Quelle a été votre approche pour le film « Steve Jobs », qui portait presque exclusivement sur la décoration intérieure ?

Ce qui est intéressant, c’est que nous avons en réalité construit de nombreux décors pour « Steve Jobs ». Comme pour Michael Mann, certains décors étaient invisibles car bien dissimulés. Nous avions évidemment beaucoup de lieux de tournage pour « Steve Jobs », car nous étions dans la baie de San Francisco. Nous travaillions sur un film retraçant l’ascension de Steve Jobs, sa vie et sa relation avec sa fille. C’était un film formidable au scénario évidemment incroyable écrit par Aaron Sorkin. Travailler avec Danny Boyle était un rêve. Nous avions failli collaborer sur un film intitulé « Sunshine » auparavant. J’avais commencé à travailler avec Danny, en concevant le vaisseau spatial puis, je crois que pour une raison ou une autre, le projet a dû être mis en pause. Je me suis soudainement retrouvé sur le tournage de « Superman » et je ne pouvais pas travailler sur les deux à la fois. Mais heureusement pour moi, ils ont conservé le design du vaisseau spatial. Me voilà donc de nouveau avec Danny, et c’est l’une des personnes les plus agréables avec lesquelles j’ai travaillé. C’est le genre de réalisateur qui connaît le nom de tout le monde, jusqu’au simple assistant de production. Il a une vision incroyable et un style très particulier. J’adorais la façon dont Danny repoussait toujours les limites. Il prenait chaque scène et cherchait à maximiser son impact émotionnel. Il était formidable avec les acteurs, il a un goût exquis et c’est un conteur de génie. Et travailler avec lui sur un scénario d’Aaron Sorkin a été un autre rêve devenu réalité. Nous devions recréer plusieurs époques des années 70, 80 et 90. Le film se termine, bien sûr, par une scène très émouvante sur le toit d’un immeuble à San Francisco avec sa fille, où ses paroles sont si poignantes qu’elles vous arrachent presque des larmes. Et bien sûr, nous venions de perdre Steve Jobs. Cela donnait une signification particulière à ce film. Comme je l’ai mentionné, nous avons construit une grande partie des décors pour ce film, même si cela ne se voit pas forcément. Nous construisions des décors pour les coulisses, là où nous n’avions tout simplement pas accès aux plateaux, faute de temps. Beaucoup des lieux où nous tournions étaient des théâtres ou des salles de conférence en activité, et toujours occupés. Nous devions donc adapter notre planning à ces événements, tourner parfois tard dans la nuit, et parfois recréer les plateaux ailleurs. Et comme vous le demandez dans votre question, j’espère que cela donne l’impression d’être un simple décor. Il y a beaucoup de constructions de décors dont vous n’avez probablement jamais entendu parler. Maintenant que je l’ai dit, vous les remarquerez peut-être.

« Steve Jobs », Danny Boyle, 2015 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

C’est tout simplement un film que j’ai adoré.

C’est un film incroyable, je suis d’accord, et je me suis senti vraiment privilégié. Les performances de Kate Winslet et Michael Fassbender étaient tout simplement exceptionnelles. Certains critiqueront peut-être le film car Michael Fassbender n’est pas le choix le plus évident pour incarner Steve Jobs. Mais pour moi, une bonne performance ne se résume pas à ressembler physiquement au personnage. Il s’agit de lui donner vie, de l’incarner pleinement. Et pour moi, Michael Fassbender a parfaitement saisi l’image que je me faisais de Steve Jobs : un être humain imparfait, un génie qui a changé nos vies, mais qui avait aussi ses faiblesses. C’était un film formidable sur lequel travailler. Je ne vais peut-être pas entrer dans les détails techniques, mais émotionnellement, c’était un de ces projets pour lesquels je me sens chanceux de travailler dans l’industrie cinématographique.

« Passengers, Morten Tyldum, 2016 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Passengers » est projet spatial avec des décors prestigieux : comment lui conférer une identité visuelle cohérente ?

« Passengers » était un projet unique car il s’agissait d’un film qui existait déjà depuis quelques années. Ils avaient tenté de le réaliser, mais sans succès. Et bien sûr, Chris Pratt et Jennifer Lawrence étaient déjà de la partie. Morten Tiyldum était notre réalisateur. Nous avions le brillant directeur de la photographie Rodrigo Priete, avec qui je travaille d’ailleurs à nouveau ici à Santiago ; c’est un vrai plaisir de collaborer avec lui. Pour moi, dans ce film, le décor était une véritable star, il devait être un personnage à part entière. Le film parle de solitude, de cette sensation terrifiante d’être seul pour toujours, un peu comme une version spatiale de Robinson Crusoé et la culpabilité qui accompagne le fait de finalement céder, de réveiller quelqu’un, de mentir à ce sujet et de prétendre qu’il s’est réveillé par accident alors qu’en réalité, vous l’avez réveillé et, par conséquent, vous avez ruiné son avenir. C’est un scénario vraiment très intéressant, vraiment difficile à trouver. J’ai eu l’immense chance de décrocher un entretien et d’être embauché par Morten, le réalisateur. J’ai donc entamé la création d’un vaisseau spatial et d’un environnement qui, selon moi, colleraient à l’histoire. Le film comportait des scènes très complexes. Tout était à construire, absolument tout. C’était une construction entièrement artisanale, y compris la piscine. On a dû creuser dans le parking du studio souterrain et construire le bassin autour de la piscine existante. Incroyable ! Tous les décors ont été construits de A à Z. On a utilisé des peintures de qualité automobile pour un rendu aussi impeccable. J’ai travaillé sur des éclairages très sophistiqués pour les décors. L’une des surprises du film a peut-être été mon choix de rendre hommage à « Shining », en créant un bar qui rappelait celui fréquenté par Jack Nicholson dans le film de Stanley Kubrick. J’ai fait cela car j’y voyais une occasion ludique de faire un clin d’œil à la relation qu’entretenait Jack Nicholson avec le barman fantomatique de « Shining ». Et Chris Pratt aurait pu en faire autant avec le barman cyborg de « Passengers ». Pour moi, c’était une belle opportunité de créer ce rappel. Et puis, il y avait aussi la conception d’un vaisseau spatial, un univers fantastique où, en théorie, tout le monde se réveille et vit à bord pendant environ six mois avant d’atteindre la prochaine planète. Comment les divertir ? J’imagine que les concepteurs du vaisseau se sont amusés à imaginer des bars et des restaurants à thème, qu’il s’agisse d’une cantina mexicaine, d’un restaurant japonais ou de ce magnifique bar des années 1920 dans le style de « Shining ». Pour moi, c’était simplement une merveilleuse occasion de laisser libre cours à ma créativité. C’était un cadeau pour la conception de la production. J’ai eu la chance de collaborer avec un directeur de la photographie exceptionnel sur ce tournage, ainsi qu’avec une équipe artistique formidable, notamment mon ami et superviseur artistique David Lazan, qui m’a aidé à créer ces décors magnifiques.

« Passengers », Morten Tyldum, 2016 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Casse-Noisette et les Quatre Royaumes » semble sous-estimé malgré l’ampleur de sa conception. Pouvez-vous nous parler de votre expérience sur ce film ?

Oui, je suis d’accord. Je pense que « Casse-Noisette » était un film extraordinaire. Visuellement, nous avions une équipe de renommée mondiale pour le maquillage, les costumes et la conception, qui a travaillé à la création de cet univers merveilleux pour le film Disney. Et j’ai eu le plaisir de travailler avec Lasse Hallström, un autre réalisateur incroyable. Vous savez, Lasse Hallström est un réalisateur très classique. Il s’intéresse au développement des personnages. Il cherche à explorer leur complexité. Il n’a pas peur des différentes émotions. Je pense que c’était un projet d’envergure pour Lasse Hallström. Il avait travaillé sur des films exceptionnels comme « L’Œuvre de Dieu, la part du Diable » et « Gilbert Grape », où Leonardo DiCaprio livre l’une de ses meilleures performances de jeune acteur. Travailler avec Lasse sur ce film était formidable. Je ne saurais expliquer pourquoi il est si sous-estimé, si ce n’est peut-être que l’histoire n’a pas su captiver le public, ou qu’il est sorti à une période mal choisie. Mais le tournage était incroyablement stimulant. Je ne regrette absolument pas d’avoir travaillé sur ce film. C’était une formidable opportunité en matière de design. J’ai pu expérimenter avec une multitude de couleurs et travailler pour un studio aussi légendaire que Disney. C’était aussi un aspect incroyable de cette expérience. Joe Johnston est arrivé plus tard dans la production afin de s’occuper de reshoots et de scènes additionnelles. Il a réalisé de nombreux films dans sa carrière extraordinaire comme « Chérie, j’ai rétrécie les gosses », « Rocketeer », « Jumanji » ou encore « Captain America » , tout en étant l’un de mes héros en matière de design, car il a été l’un des storyboarders et illustrateurs originaux de la trilogie « Star Wars », les trois premiers films. Travailler avec Joe sur « Casse-Noisette », où il est venu épauler Lasse Holmström, était donc un véritable atout pour moi.

« Casse-Noisette et les quatre royaumes », Lasse Hallström et Joe Johnston, 2018 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Quels ont été vos échanges avec Ang Lee sur « Gemini Man », aussi un film sous-estimé à mon avis ?

Oui, je pense que « Gemini Man » est un film sous-estimé. À cette époque, Ang s’intéressait beaucoup aux aspects techniques du cinéma. Il était obsédé par l’idée de réaliser un film à 24 images par seconde, ce qui donne une image d’une netteté exceptionnelle. Cela a posé des défis techniques, car la caméra utilisée pour Gemini Man était très imposante afin de capturer les 24 images par seconde. Il y a donc eu des difficultés techniques pour réaliser certaines scènes que nous devions tourner. Mais encore une fois, ce fut une incroyable opportunité de travailler avec un réalisateur légendaire. C’était une production internationale qui nous a emmenés de la Colombie à la Hongrie, puis à Savannah, en Géorgie, bref, aux quatre coins du monde. Et bien sûr, travailler avec une équipe et des acteurs formidables. Il n’y a pas grand-chose à ajouter, si ce n’est que j’ai adoré cette expérience. C’était merveilleux. Encore une fois, il faut des décors invisibles et je crois que c’est un point que nous avons souvent abordé dans notre entretien : les décors jouent parfois un rôle prépondérant dans la présentation visuelle d’un film et parfois, ils sont vraiment dissimulés, en arrière-plan, et on ne les remarque même pas. J’ai la chance de travailler parfois sur des films qui exigent des décors très visibles et parfois sur des productions comme celle-ci, où les décors sont tout simplement invisibles. Ils sont là, nous avons beaucoup travaillé pour réaliser ce film, mais on ne les voit pas. Et c’est évidemment ce qu’il fallait pour un film comme « Gemini Man ».

« Spencer », Pablo Larrain, 2021 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Comment travailler avec un réalisateur aussi visuel que Pablo Larrain sur « Spencer » et « Maria » ?

Eh bien, je dis toujours que Pablo est une sorte de poète-réalisateur. Il a un style et une approche très particuliers de son cinéma. Comme beaucoup d’autres grands réalisateurs et réalisateurs célèbres avec lesquels j’ai travaillé, Pablo ne fait pas exception. Il a des idées fortes visuellement et concernant la narration. Bien sûr, dans de nombreux cas, Pablo écrit lui-même ses scénarios, même si un autre scénariste lui en propose un. Pablo a une méthode qui lui permet d’adapter le film à ses personnages, ce qui les rend plus émouvant et plus réaliste. Et je crois que lorsque je dis qu’il est pour moi le réalisateur qui ressemble le plus à un poète, je veux dire que je ressors de ses films avec une profonde introspection. Après avoir vus les films terminés, j’y repense et je réfléchis à ce que nous avons créé ensemble. Mais je repense aussi à l’histoire et aux personnages. Je n’avais jamais autant réfléchi à la princesse Diana qu’avec Pablo. Je n’avais jamais vraiment pensé à Maria Callas, si ce n’est peut-être à un ou deux de ses enregistrements. Mais lorsque nous avons tourné ce film avec Angelina Jolie, je suis devenu un grand amateur d’opéra et de la musique de Maria Callas. Et c’est grâce à Pablo, qui m’a fait découvrir cet univers. Avec Pablo, les voyages sont toujours au rendez-vous. Nous explorons différents univers ensemble. Sa méthode est exemplaire : il repère les lieux de tournage de manière extrêmement active. De tous les réalisateurs avec lesquels j’ai travaillé, c’est sans aucun doute celui qui repère le plus. Il retourne sans cesse sur un lieu de tournage pour s’assurer de trouver les plans et les angles de caméra parfaits. Il est très pointu techniquement et possède une connaissance approfondie des objectifs et des équipements de caméra. Il est passionné par les appareils photo anciens et en possède une vaste collection. Pablo aborde donc un film en sachant déjà comment il va le filmer et développe le style du film en collaboration avec le directeur de la photographie. Notre relation est excellente et je me sens très chanceux de l’avoir rencontré. J’espère sincèrement que notre collaboration se poursuivra pendant de nombreuses années. Son parcours de cinéaste est passionnant à mes yeux. J’apprends quelque chose à chaque fois que je travaille avec lui. Je pense qu’il a déjà connu de grands moments, et je sais qu’il en connaîtra d’autres. J’espère être là pour en être témoin. Il faut aussi dire qu’il est capable d’obtenir des performances incroyables de ses acteurs. Je ressens la même chose pour Danny Boyle. Ce qu’ils ont en commun, c’est un art de tirer de leurs acteurs des performances bouleversantes. Voir Pablo et Danny à l’œuvre, c’est vraiment impressionnant.

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Cela nous amène à « Masters of the Universe ».

C’est drôle, je regardais toujours « Les Maîtres de l’Univers » en dessin animé quand j’étais enfant. Je n’avais pas vraiment les jouets. Mais je me souviens très bien du dessin animé. Ce qui m’intéressait, c’était deux choses. « Masters of the Universe » a représenté un défi de conception colossal. C’était un univers qui aurait facilement pu tourner à la farce, foisonnant d’idées potentiellement confuses. C’est un mélange de Conan le Barbare, d’aventure spatiale, de comédie, et des personnages complètement loufoques. Et même si cela fonctionne en dessin animé, c’est un monde extrêmement difficile à rassembler en un seul univers. C’est peut-être l’un des défis de conception les plus ardus de ma carrière, tout simplement parce que cet univers était si chaotique et si extravagant. Comment assembler toutes ces pièces de puzzle ? Mon deuxième intérêt pour ce projet résidait dans le réalisateur, Travis Knight. C’est un autre génie absolu, un héros méconnu. Il est surtout reconnu pour son animation et son talent artistique, notamment pour « Kubo et l’Armure magique » et ses autres travaux chez Laika. Mais il avait également réalisé un film en prises de vues réelles, « Bumblebee », une histoire magnifique, et peut-être le meilleur de tous les films « Transformers ».  Saisissant l’opportunité de le rencontrer, je suis allé passer un entretien avec lui et j’ai prié pour qu’il me choisisse, car je savais que travailler avec quelqu’un qui avait une telle vision d’un monde imaginaire rendrait la création de « Masters of the Universe » plus gratifiante. Il m’a tout de suite dit qu’il voulait rester fidèle à l’œuvre originale. Je n’en revenais pas, car Hollywood a tendance à prendre un univers aussi extravagant que celui des « Maîtres de l’Univers » et à jouer la carte de la sécurité : soudain, tous les personnages seraient habillés en noir et ne seraient plus dans ce monde aux couleurs éclatantes. Mais Travis n’est pas comme ça. Il a dit : « Non, non, non, je veux que Musclor ressemble à Musclor. Je veux que Skeletor ressemble à Skeletor. » Et il m’a offert une opportunité unique de concevoir les personnages, de faire une première ébauche de leur design, ainsi que de celui de l’univers et des vaisseaux spatiaux. Ce dont je lui suis si reconnaissant, c’est que cette opportunité a permis de garantir une cohérence visuelle à l’ensemble du projet. Ainsi, lorsque nous avons quitté l’Amérique pour Londres afin de tourner le film, d’engager la costumière, l’équipe des effets spéciaux de maquillage et tous les autres brillants collaborateurs, nous disposions déjà d’un plan directeur très précis. Et nous avons eu la chance d’être rejoints par des personnes exceptionnelles. Barry était notre génie des effets spéciaux de maquillage. Richard, notre costumier, a apporté sa touche personnelle et son talent aux costumes. Nous sommes donc arrivés avec un plan bien défini, ce qui a permis aux créateurs de gagner un temps précieux, car une grande partie du travail était déjà faite. Il ne leur restait plus qu’à exprimer leur propre génie à travers ces personnages. L’autre était de donner vie au château de Greyskull, à la Montagne du Serpent, à ces vaisseaux spatiaux extravagants, dont certains étaient de véritables défis à réaliser dans le monde réel. Travis aimait placer ses acteurs dans des espaces réels, dans des environnements authentiques, et même dans de vrais véhicules spatiaux. Il était convaincu que leurs performances s’en trouveraient améliorées. Le monde lui-même comportait donc de nombreux effets visuels, puisqu’il s’agissait d’une autre planète. Mais nous avons aussi créé une grande partie de cet univers en conditions réelles, ce qui était un véritable exploit à notre époque. Je suis particulièrement fier du travail accompli sur « Les Maîtres de l’Univers », car c’était un défi visuel colossal. Je pense que beaucoup de concepteurs auraient eu peur de s’y atteler, et moi-même, au début, j’étais très inquiet. Mais la seule solution était de continuer à concevoir, à dessiner et à présenter des croquis et des esquisses à Travis, afin de trouver le monde parfait. Notre méthode de travail était la suivante : nous nous réunissions une fois par semaine, je présentais tous les éléments de conception à Travis, et il les commentait avec beaucoup d’intelligence, comme un véritable partenaire dans la création de cet univers. J’ai vraiment apprécié cela chez lui.

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Je suis ravi de vous entendre parler de Travis, car « Kubo et l’armure magique » est un de mes films préférés.

Si jamais vous parlez à Travis, vous serez frappé par sa simplicité, sa franchise et son côté cool. Je ne sais pas pourquoi. Parfois, quand on travaille avec quelqu’un pour la première fois, on est un peu sur la défensive et on se demande comment ça va se passer. J’ai rencontré Travis, et je ne sais pas si c’est une de ses qualités, mais je me suis senti tout de suite comme un ami. Il ne m’a pas traité comme un employé. Il m’a traité comme un ami, un collaborateur, son égal. Et il était vraiment doué pour mettre les gens à l’aise et leur permettre de créer librement. Et peut-être qu’il le savait parce qu’il est lui-même designer, réalisateur, créateur, vous savez. Et on s’est tellement amusés.

Comment conférer une identité visuelle singulière à un blockbuster ?

Cela dépend vraiment du film. S’il est historique, je pars d’un point de recherche, aussi bien des photos que des tableaux selon la période abordée. Je vais visiter des musées, je lis sur le sujet et je tente de m’immerger dans l’histoire du sujet afin de devenir une forme d’expert dessus avant de travailler sur le design. C’est en tout cas la meilleure façon pour moi de se plonger dans pareil projet. Si on s’oriente vers un projet fantastique, je sors immédiatement mon carnet de dessins, avec des croquis en crayon car cela me permet de dessiner très rapidement. C’est une bonne manière d’arriver avec des idées de design sans ressentir immédiatement la pression de ce qui doit être fait ou se lancer dans des illustrations très élaborées. Mes dessins sont très vagues, durs, ils ne sont pas à accrocher dans un musée mais ils m’orientent visuellement dans tout projet. C’est en tout cas ma manière d’approcher pareil projet. Si c’est un film contemporain, je me concentre sur les lieux et je me dirige directement vers ceux-ci avec des gens qui connaissent ces endroits. J’ai de nombreux amis dans le domaine avec qui je peux visiter de nombreux endroits et cela me permet de voir ou revoir des lieux avant de les revisiter avec le réalisateur.

Quel est le décor dont vous êtes le plus fier ?

Je ne sais pas, c’est si dur de regarder en arrière et de parler de ce dont je suis le plus fier. Parfois, le décor sur lequel on a développé le plus d’attentes ne se révèle pas aussi époustouflant qu’on l’aurait espéré. À d’autres moments, il faut concevoir un décor très rapidement et, par la magie du cinéma, par sa façon d’être illuminé, dont il est filmé ou les acteurs se réapproprient les lieux, cela le transforme en un lieu particulièrement unique. En regardant en arrière, c’est très dur de n’en choisir qu’un car je suis heureux en tous points de chaque décor conçu avec mon équipe. Ils sont tous aussi importants, que ce soient ceux qui me prennent des mois ou ceux qui sont fait rapidement, ceux qui sont au cœur de l’image ou ceux qui n’apparaissent que quelques secondes. Comment choisir ? Je saurais peut-être répondre à votre question à la fin de ma carrière mais, pour être honnête, j’ai le rêve secret que ce décor soit un de ceux que je n’ai pas encore conçus.

« Maria », Pablo Larrain, 2024 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Quels sont vos prochains projets ?

Comme déjà dit, je travaille en ce moment sur « Once » de Pablo Larraìn sur le coup d’état chilien et les derniers jours du dirigeant à l’époque. C’est un récit historique passionnant avec toujours cette magie unique dans le cinéma de Pablo. C’est aussi génial de travailler avec autant d’artistes talentueux, dont une nouvelle fois Rodrigo Priete. C’est vraiment spécial de me reconnecter avec lui des années après « Passengers ».

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans votre voie ?

La carrière que j’ai eue a tellement été variée et surprenante que cela serait étrange de donner des conseils car on ne sait jamais dans quelle direction la vie peut nous emmener. Je dirais juste d’aimer ce que vous faites, et d’essayer le plus de trouver un équilibre entre votre vie et votre carrière.

Voici un dernier round d’images fournies par Guy Hendrix Dyas sur les films cités dans cette dernière partie d’entretien.

« Steve Jobs », Danny Boyle, 2015 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Steve Jobs », Danny Boyle, 2015 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Passengers », Morten Tyldum, 2016 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Passengers », Morten Tyldum, 2016 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Passengers », Morten Tyldum, 2016 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Casse-Noisette et les quatre royaumes », Lasse Hallström et Joe Johnston, 2018 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Casse-Noisette et les quatre royaumes », Lasse Hallström et Joe Johnston, 2018 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Casse-Noisette et les quatre royaumes », Lasse Hallström et Joe Johnston, 2018 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Casse-Noisette et les quatre royaumes », Lasse Hallström et Joe Johnston, 2018 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Spencer », Pablo Larrain, 2021 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

Spencer », Pablo Larrain, 2021 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Maria », Pablo Larrain, 2024 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Maria », Pablo Larrain, 2024 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)

« Masters of the Universe », Travis Knight, 2026 ( SKETCHES AND ARTWORK BY GUY HENDRIX DYAS)