Critique : Le cinéma de Paolo Sorrentino a toujours quelque chose qui divise, ne serait-ce que par son côté clinquant, une grandiloquence jugée comme vaine par ses détracteurs. Ainsi, « Parthenope » marquait un passage faussement solaire par le traitement de son personnage titre, la célébration de la beauté de la jeunesse muant en quelque chose d’un peu trop marqué dans son troisième tiers avant une conclusion plus douce-amère, en rapport à l’évolution du temps. « La Grazia » pourrait paraître alors comme une forme de contrepoids par sa base narrative mais elle permet justement de relever une même approche de poésie existentielle, ici dans un rapport de finalité qui va irriguer totalement le récit et mieux en extraire l’amertume derrière le costume présidentiel.
Rapidement, « La Grazia » instaure une tension de conclusion, ce président enfermé dans son palais comme dans ses incertitudes ne parvenant pas à faire face à l’héritage qu’il va laisser en quittant son poste. Tony Servillo parvient immédiatement à incarner cette amertume, celle d’une finalité à laquelle on ne peut échapper tout en se situant en dehors du temps. Marqué par une tromperie il y a des années, tentant de se raccrocher aux nouvelles générations sans les atteindre (comme dans cette chorégraphie vidéo le séparant par un écran), c’est un personnage qui n’arrive même pas à être dans les besoins du présent. Il est à l’image d’une administration qui joue le temps pour s’assurer que tout convienne sans réellement prendre de décision. Et pourtant, les fissures se créent, permettant à ce spectre en devenir de retrouver son humanité.

Quelle grâce trouver alors quand la fin arrive ? En se voyant mis face à une loi sur l’euthanasie et la demande de pardon de deux prisonniers, le politique devient incarné, devant retrouver le vivant derrière les mots. Cela passe par le regard rempli d’incertitude face à l’agonie d’un cheval ou encore une conversation rompant le protocole, un côté plus apaisé qui diffère d’un début plus stylisé, à l’instar de cette chute du premier ministre portugais sous la pluie sur fond de musique électronique. Là, les responsabilités se chargent du besoin de vivre, retrouver le plaisir dans le temps qui passe, mais avec une lumière Sorrentonienne, jamais dans la vacuité trop optimiste mais dans une sérénité humaniste qui émeut in fine.
C’est cet apaisement qui permet à « La Grazia » de trouver une justesse derrière l’artificiel, l’humain derrière l’institution et la valeur existentielle du présent face aux regrets du passé et les craintes de l’avenir. Le regard de Paolo Sorrentino sur le temps qui se déroule nous prend surprenamment, trouvant une façon de filmer cette agitation avec un bel affect. La grâce de la vie, si l’on peut dire, transpire de l’écran et en fait une œuvre loin d’être immobile, Sorrentino oblige, mais plus sereine sans doute.
Résumé: Mariano De Santis, Président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il doit faire face à des décisions cruciales qui l’obligent à affronter ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé.
