Critique : Le rapport à la perception cinématographique a quelque chose de fascinant car nous renvoyant encore et encore à une subjectivité amenant au débat. Ainsi, il suffit de jeter un œil sur les avis Letterboxd de « La tour de glace » pour constater plusieurs expressions de rejet par rapport à l’approche formelle de Lucille Hadzihalilovic. Et pourtant, il y a quelque chose de clairement fascinant dans son côté éthéré, un formalisme étouffant, glacial et hypnotisant qui est certes logiquement clivant par son rythme lancinant mais mérite néanmoins le coup d’œil, ne serait-ce que pour mieux interroger son rapport à la narration et ses différentes strates de lecture.
Ainsi, en installant ses décors naturels comme un écrin de conte, le film place immédiatement ses contours atmosphériques. La manière dont cela va glisser par l’approche cinématographique ne peut que nous titiller, renvoyant aux niveaux de fictions sans tomber dans une métatextualité post-moderne. L’emprise croissante qui va s’appuyer petit à petit a le mérite de jouer pleinement de ses reflets et autres décors, le froid servant à renvoyer à des solitudes et des besoins de se raccrocher avec une certaine noirceur bien masquée par le blanc de la neige. Le casting offre alors des prestations passionnantes par leur côté mesuré, l’expression étant intériorisée pour mieux souligner le besoin de contrôle et la rigidité d’apparence jusqu’à l’étouffement. Dès lors, le rythme du récit et son approche peu aisée ne pourront pas plaire à tout le monde.

Néanmoins, « La tour de glace » a un goût de retour, la sensation d’un cauchemar qui se dissimule pour mieux écraser sous son poids, avec une approche visuelle qui vire au vertige prenant. Passé inaperçu en salle, voilà clairement un long-métrage qui mérite d’être redécouvert avec cette sortie physique, ne serait-ce que pour rappeler la diversité du cinéma français ou donner une vraie chance à une œuvre des plus singulières, hautement divisive mais réinterrogeant notre propre goût de cinéma.
Résumé: Années 1970. Jeanne fugue de son foyer de haute montagne pour rejoindre la ville. Dans le studio où elle s’est réfugiée, la jeune fille tombe sous le charme de Cristina, l’énigmatique star du film La Reine des Neiges, son conte fétiche. Une troublante relation s’installe entre l’actrice et la jeune fille.
