Critique : Il y a des coups de cœurs cinématographiques qui vous tombent dessus, d’un coup, sans y être réellement préparé, et le nouveau long-métrage de Lise Akoka et Romane Gueret est de ceux-là. « Ma frère » profite déjà de leur mise en scène toute en vie, en soutien de leurs personnages et en véritable affection pour ceux-ci. Il faut dire que l’on s’attache très vite à Shaï et Djeneba, ne serait-ce que par la manière de les introduire chacune, une dans des jeux d’enfants à recréer un accouchement, l’autre dans l’intimité avec son copain (avant de recréer quelques minutes plus tard un faux mariage, raccrochant directement les liens avec la première scène). On sent la question de l’envie d’intégration en tant que femmes adultes, renvoyées à des poids familiaux différents, et cela se fait sans lourdeur ou sur-appui, juste par une énergie de vie transmise notamment par les exceptionnelles Shirel Nataf et Fanta Kebe.
Cette dynamique va se retrouver également dans les différents enfants avec qui elles vont partir en colonie, les réalisatrices captant joliment ce réalisme d’un âge où l’on appréhende le monde différemment tout en restant confronté à ses violences. En ce sens, une séquence dans un musée trouve tout d’une beauté de vie, faisant dialoguer jeunesse et vieillesse avec une sincérité aussi drôle que touchante. Jamais le film ne se sent à surjouer le réel mais parvient au contraire à le capter avec une verve qui nous donne le sourire aux lèvres tout en émouvant fortement.

Car le trajet de Shaï et Djeneba finit par se lier et se délier durant ces jours de colonie, sous le regard dur et juste d’une responsable bien incarnée par Amel Bent. Ici se dessinent alors des récits de jeunes forcés à devenir adultes, de confrontation à des violences sociales tellement incarnées qu’elles ne peuvent que paraître invisibles aux yeux de certains et d’acceptation de soi en tant qu’individus. C’est là toute la réussite du film : incarner le réel dans ce qu’il a de plus drôle, de plus sincère, de plus touchant et de plus dur avec un énorme cœur qui bat constamment tout au long du récit.
On a beaucoup ri devant « Ma frère » mais on en sort aussi grandement touché par sa façon d’aimer passionnément ses personnages, de capter plusieurs pans de jeunesse avec une douceur qui n’évite pas les blessures et un côté solaire qui nous irradie tout du long. Lise Akoka et Romane Gueret ne livrent pas qu’un film voué à être culte, une magnifique comédie qui devrait faire taire les éternels grincheux contre le cinéma français ou encore une superbe captation de passage d’âges : elles nous offrent une œuvre aussi vibrante et vivante, remplie d’un amour qui déborde tant qu’on ne peut qu’aimer également cet exceptionnel long-métrage.
Résumé : Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié.
