Critique : Les violences des pères retombent bien souvent sur les fils, répercussion d’une brutalité patriarcale cyclique qui se doit d’être abordée. C’est le cas de cet excellent « The things you kill », réalisé par l’iranien Alireza Khatami et profitant d’un travail visuel méritant largement que l’on s’y attarde. Dès le premier plan, le retournement du cadre où se trouve Ali par un panoramique permet de mieux raconter une traversée de miroir, un malaise diffus passant ici par l’évocation d’un cauchemar qui permet de situer le contexte et introduire le côté de répétition qui va hanter la narration.
Le rapport au cadre permet d’écraser le personnage par la longueur des scènes, jusqu’à un plan prodigieux illustrant pleinement cette notion de « traversée de miroir » introduite plus tôt avec un questionnement identitaire particulièrement passionnant. Ce côté de division de soi et de scission de visions permet de plonger totalement dans le mal-être du récit, avec un côté Lynchien totalement assumé par son étrangeté faussement normale. Alireza Khatami parvient à distiller cette tension avec une finesse artistique proche du vertige, jusqu’à une conclusion confirmant l’optique onirique de la narration. On en sort alors estomaqué par la façon dont le long-métrage parvient à s’affirmer dans ses doutes et résonne dans une épure de décor bien à propos.

Superbe de malaise, « The things you kill » s’affirme déjà comme un immanquable de cette année par sa manière d’inscrire ses thématiques avec une approche sensorielle qui accentue ses contours de cauchemar éveillé. Ce dérapage de chronique familiale à récit de violences s’affirme avec une mise en scène riche, jouant de ses cadres pour visualiser son angoisse sourde et ses questionnements patriarcaux. Voilà donc de quoi renforcer le besoin de sortir de ses habitudes cinématographiques pour soutenir pareil drame aux tonalités proches de l’irréel pour narrer une brutalité bien trop proche.
Résumé : Après plusieurs années aux Etats-Unis, Ali retourne s’installer en Turquie avec sa femme. Dans sa ville natale, il retrouve sa famille qui vit un enfer sous le joug terrible de son père. Aussi, lorsque sa mère décède dans des circonstances suspectes, Ali soupçonne-t-il rapidement son père. Aidé par un mystérieux rôdeur qu’il engage comme jardinier, le jeune homme mène une quête vengeresse qui va le confronter au pire des secrets…
