Critique : Alors même que sa sélection à Cannes aurait pu le faire prétendre à une plus grande visibilité, « Le son des souvenirs » a connu une carrière en salle plutôt discrète, et ce malgré la présence en tête d’affiche de deux des acteurs anglophones les plus populaires du moment : Paul Mescal (« Normal People ») et Josh O’Connor (« Disclosure Day »). Sa sortie en édition physique chez Universal permettra peut-être de dissiper quelques doutes à son sujet au vu de retours loin d’être euphoriques, le tout sans doute dû à son austérité apparente et à son rythme des plus retenus. Pourtant, il y aurait de quoi défendre le film d’Olivier Hermanus.
Il faut admettre que sa lenteur narrative ne pourra clairement pas convenir à tout le monde, le long-métrage prenant son temps pour faire naître son atmosphère mélancolique. On pourrait même souligner que la passion entre nos deux personnages principaux se fait assez sourde, bien que cette retenue convienne aussi au propos d’une époque où ne peuvent réellement exister les sentiments. Dès lors, c’est à une balade mémorielle dans le souvenir mais surtout le regret à laquelle on assiste, Lionel subsistant dans un récit où le poids des événements se fait force écrasante, questionnant sa propre volonté face aux épreuves. De là, une partie de l’audience aura sans doute abandonné par ce développement qui retient constamment les protagonistes.

Et puis, à l’instar de certains titres qui ne se dévoilent qu’en dernière partie, la façon dont la conclusion se meut charrie ses émotions avec plus d’éclat, avec le même impact qu’un souvenir que l’on aurait voulu trop longtemps mettre de côté. Il n’y a rien d’un « twist » ou autre formule du genre, juste un coup d’éclat sentimental qui donne plus de corps mais surtout de cœur à cette rétention de sentiments, ramenant la douleur de l’éloignement par le biais de l’évocation, dans ce qu’elle peut avoir aussi bien d’intangible que de matériel.
« Le son des souvenirs » pourra frustrer en se montrant très mesuré et en jouant de son ambiance d’époque avec une froideur visuelle pertinente mais peu avenante. Pourtant, tout cela construit patiemment un rapport à la mémoire qui pourra in fine émouvoir si on se laisse prendre par son rythme narratif des plus patients. À une époque où une certaine audience veut connaître toutes les clés artistiques immédiatement, cela reste un souffle d’air assez frais pour mériter la curiosité sans l’obligation de nécessiter l’approbation la plus totale.
Résumé : En 1917, au conservatoire de Boston, Lionel et David se lient d’amitié grâce à leur passion pour la musique folk. Des années plus tard, Lionel reçoit une lettre de David et se lance avec lui dans un sauvetage improvisé des chansons du Maine. Ces retrouvailles inattendues, l’histoire d’amour qui s’ensuit et la musique préservée vont impacter l’existence de Lionel bien plus qu’il ne le réalise.
