Critique : Il est intéressant de voir comment la figure du justicier autoproclamé semble ressurgir, rappelant une actualité bercée par la méfiance envers le système judiciaire et le travail des policiers. Le fait même d’inscrire l’intrigue de ce « Vigilante » dans la pédocriminalité et la condamnation médiatique avait donc de quoi tirer des liens thématiques assez riches, quitte à virer vers la série B justicière comme on a pu en connaître pendant toute une époque. Pourtant, le film d’Olivier Pairoux ne va jamais dans un genre ou un autre, préférant orienter sa narration autour de la figure de Morville et de ce qu’il représente par son passé dans ses actions présentes, ce qui est loin d’être dénué d’intérêt.


Eddy de Pretto se tire d’ailleurs avec brio d’un rôle qui aurait pu virer vers une forme autocélébrée de jeu, à l’instar de ces justiciers masculins dont la toxicité fait poser la question de la pertinence de leur comportement. L’enquête menée par notre héros va dans ce sens, permettant de brosser des nuances dans l’approche et dans l’interrogation du vigilantisme numérique. Le rythme corrobore cela, pas spécialement aisé ou ne s’orientant pas vers un trajet attendu pour justement rajouter des couches dont certaines plus intéressantes que d’autres (un personnage de journaliste qui aurait pu être plus développé). Olivier Pairoux emballe le tout avec assez de style pour dénoter et permettre justement de prendre à part ses interrogations thématiques inscrites narrativement.


Que les personnes qui attendaient de ce « Vigilante » une série B bourrine se préparent à déchanter tant le long-métrage esquive ce trajet assez convenu. Même si on aurait apprécié de graviter un peu plus au-delà de Morville, cette figure principale réussit, notamment par le jeu d’Eddy de Pretto, à charrier des doutes sur la justice par soi-même avec une énergie équivalente à la tonalité globale du film. Il en ressort un titre qui dénote, dévie et semble parfois se perdre mais le fait pour mieux retrouver son chemin avec un attrait qui ne diminue pas durant ses 94 minutes bien serrées.

Résumé : Morville, trentenaire solitaire, est épuisé par un système qui l’a laissé tomber. Bien décidé à agir à sa façon, il devient Vigilante, soit un néo-justicier qui s’est donné pour but d’exposer et ruiner la vie des pédophiles qui trainent sur les réseaux sociaux. Quand l’un de ses amis, également Vigilante, se fait sauvagement agresser, Morville décide une fois encore de se faire justice lui-même. Il plonge dans un univers encore plus sombre, qui va le confronter à d’anciennes proies, et à la police qui méprise les gens comme lui. Face aux dommages collatéraux de ses actes, Morville se retrouve confronté aux questions morales que soulève sa vision de la justice.