Critique : Dans la catégorie des réalisateurs américains contemporains les plus intéressants, il nous paraît important de replacer le nom de Richard Linklater, ne serait-ce que par sa façon de croquer ses personnages avec une empathie soutenue, que ce soit dans un trip Dickien comme « A scanner Darkly » ou une évocation faussement nostalgique comme « Apollo 10 ½ ». Peu de temps après avoir abordé la figure de Godard dans « Nouvelle vague », le metteur en scène derrière la trilogie « Before » joue la carte plus resserrée du huis clos avec son nouveau long-métrage, « Blue Moon ».

Il fallait bien ce décor de bar pour mettre en avant les sentiments négatifs de Lorenz Hart, affligé par le succès du nouveau spectacle de son ex-partenaire, Richard Rodgers. La vision qu’il a de cet « Oklahoma ! », destiné à devenir une comédie musicale culte, est marquée par l’amertume mais également sa situation historique, interrogeant la portée politique d’une œuvre qu’il voit comme lisse et sans affect. Dans ce rôle, Ethan Hawke parvient à capter tout le côté misérable du personnage, cherchant réconfort et succès dans un lieu qui ne va que le renvoyer constamment à sa tristesse et une fin inéluctable annoncée dans la première séquence.

Hart utilise ainsi son flot inébranlable de paroles pour mieux prendre la lumière, tenter de retrouver sa place tout en cherchant l’acceptation dans le regard des autres, que ce soit son ancien partenaire, une jeune femme qu’il souhaite séduire ou un auteur croisé par hasard pour qui l’admiration est totale. Ce jeu de fuite en avant se voit bien retranscrit par le cadre de Linklater, utilisant constamment son fond pour mieux mettre à l’écart tout en jouant de chaque part de son décor. Les jeux de citations et de références créent des dialogues aussi bien savoureux qu’une tentative de mieux se recoder dans un monde où le protagoniste n’a plus réellement d’appartenance, déjà évoqué comme un disparu en attente de sa mort annoncée et ne pouvant subsister que par ses souvenirs, ses envies de se raccrocher à un monde de vivants qui le rejettent.

C’est un long-métrage très triste que ce « Blue Moon », fausse comédie et vrai drame de l’isolement où Lorenz Hart est moins un personnage qu’un spectre, hantant ce bar comme une âme en peine à force de réinvoquer ses succès passés. L’amertume constante qui en ressort s’inscrit bien dans le cinéma empathique de Linklater et en fait un titre plus intéressant que ce que ses contours modestes pourraient faire croire, tout en étant un plaisir de dialogues où les apparences dissimulent à peine la page qui se tourne, sur l’individu comme l’histoire même.

Résumé : Avec Blue Moon, Linklater nous entraîne au cœur d’une seule nuit de 1943, lors de la première de la comédie musicale Oklahoma!.


Le film suit le parcours du brillant mais tourmenté compositeur Lorenz Hart (Ethan Hawke), confronté à son passé, à ses blessures et au succès de son ancien partenaire.


Intimiste et porté par les interprétations remarquables d’Ethan Hawke, Margaret Qualley, Andrew Scott et Bobby Cannavale, Blue Moon esquisse le portrait mélancolique d’un homme prisonnier de sa propre légende.