Critique : Kiyoshi Kurosawa est tellement devenu un synonyme de productivité cinématographique qu’il ne pouvait être que passionnant de découvrir ses débuts, d’autant plus quand ceux-ci tranchent avec ses titres les plus reconnus comme le glaçant « Cure ». Ainsi, ce « Bumpkin Soup » s’ancre dans le courant du film Pink avec un ensemble d’influences qui en font un titre un poil fourre-tout mais néanmoins intriguant à découvrir, notamment ici avec sa sortie en édition chez Carlotta dans une restauration 2K.

Difficile de ne pas être déconcerté par ce titre au vu de ses tonalités empruntant à la Nouvelle Vague, au récit d’exploration de soi et à sa photographie qui n’hésite pas à exploser dans certaines séquences. Il y a en tout cas un rapport à la futilité, exprimée notamment dans la vision de la sexualité, et au questionnement de place qui amène un regard frais, incarné par Aki dans sa vision d’un campus en chaos. L’absurdité qui prend régulièrement le dessus sur l’intrigue parvient à donner corps à ce revirement de monde et à cette jeunesse qui se cherche éperdument là où elle peut. Tous ces aspects par moments épars se confrontent les uns aux autres mais il s’y crée justement une énergie assez particulière, distordue et maladroite mais en même temps engageante par sa dynamique de vision et son envie de trouver sa personnalité visuelle, à l’instar de son héroïne qui cumule les observations pour trouver son propre rôle.

Dire que « Bumpkin Soup » est original serait sans doute limiter son côté un peu foutraque, mais on reste en même temps amusé par cette proposition qui pose déjà des envies thématiques de Kiyoshi Kurosawa avec une sincérité de jeunesse bien justifiée par le récit. On se plaira alors à y déceler ses influences et surtout les germes d’un des meilleurs réalisateurs japonais contemporains tout en étant quand même un peu charmé par sa façon de tout accumuler en plus de 80 minutes, quitte à imploser par ses velléités particulières.

Résumé : La jeune Aki a quitté sa campagne natale pour se rendre dans une université de Tokyo où est inscrit Yoshioka, le garçon dont elle est amoureuse depuis le lycée. Sur le campus, elle rencontre une galerie d’étranges personnages : des intellectuels blasés, des étudiants obsédés par le sexe et un professeur de psychologie à la recherche d’une théorie sur la honte…