Critique : Il faut souvent peu de temps aux bons films pour poser leur ambiance, comme dans le nouveau long-métrage de Teresa Villaverde. La nature hante littéralement les premières images, marquant des connexions avec le côté âpre du film par sa représentation peu avenante, la renvoyant à une sensation de perte, comme la visualisation des conséquences d’un événement, sa destruction, les traces qui restent invariablement. C’est cette notion d’après qui va être explorée par « Justa », la façon dont on parle et redonne vie à ce qui a été perdu pour mieux aborder sa douleur, donner corps à ce qui n’est plu. Et si la forme peut s’avérer difficile, c’est pour mieux se mettre au service de son sujet mais surtout de ses personnages.
Ainsi, les longs dialogues permettent de mieux exprimer leurs rapports, leurs perceptions et redonner vie. La présence permanente d’un cimetière va dans ce sens de « redonner vie », matérialiser les morts par la peine engendrée, tout en cherchant à se reconnecter au mieux. On sent la hantise permanente, la façon dont vivants et défunts sont en même temps des formes de spectres dans cet espace de douleur. L’appel à la reconstruction est tenace, comme si le mal-être des personnages ne pouvait que retrouver une certaine lumière de vie au sein d’esprits assombris. Le casting parvient en ce sens à véhiculer cette peine avec un affect marqué, l’âpreté de leurs émotions étant soulignée par le rythme fuyant mais nécessaire dans ce qu’il exprime.

À l’image de la petite fille qui donne son nom au film, « Justa » aborde une peine intériorisée et le besoin de la matérialiser pour retrouver la voie des vivants. C’est un film marqué par l’affliction mais jamais à vide, toujours dans cette volonté d’être au plus près de ses personnages. Teresa Villaverde parvient à filmer la hantise de la peine avec des blessures qui marquent et autour desquelles on tente de se reconstruire. Il s’en dégage une atmosphère nourrie mais dont le besoin de lumière ressort avec une justesse qui touche.
Résumé : En 2017, une région du Portugal est ravagée par de gigantesques incendies qui emportent des forêts entières… et des vies.
Quelques mois plus tard, un groupe de survivants — Justa, une fillette, son père gravement brûlé, une femme âgée devenue aveugle, un adolescent — tente tant bien que mal de se reconstruire. Chacun affronte ses traumatismes, ses silences, ses fantômes.
