Doit-on réellement encore présenter la trilogie du « Seigneur des anneaux » ? Les films ont atteint un tel statut de culte, une réputation de légende clairement méritée, que chaque critique à leur sujet risque de tourner en boucle dans le superlatif. Néanmoins, nous ne pouvions pas résister à l’exercice, d’autant plus avec cette ressortie 4K chez Warner dans des steelbooks clairement splendides visuellement. On sera un peu plus circonspect concernant le contenu, clairement chiche en suppléments malgré la présence des montages cinéma et longs de chaque titre en 4K ultra HD. Les personnes qui s’accrochent à leurs coffrets collectors DVD pour la grosse dose de bonus contenus dedans peuvent continuer de le faire. Néanmoins, la qualité même de chaque film justifie l’investissement, en particulier pour des versions longues qui sont à nos yeux les montages définitifs de cette trilogie de légende.
Revoir chaque opus bout à bout, c’est redécouvrir des points de montage et des idées de mise en scène qui permettent de capter au mieux l’ampleur mythologique des écrits de Tolkien. L’ouverture de « La Communauté de l’anneau » continue toujours d’impressionner par sa grandeur et sa façon de renvoyer ses enjeux à ce simple objet de petite taille qui mettra à feu la Terre du Milieu. Ce rapport d’échelle reste toujours constant dans la réalisation de Peter Jackson, ne serait-ce que pour permettre de partager le sentiment de découverte de nos héros mais également les larges ramifications de l’histoire. En ce sens, le premier volet est un exemple parfait d’introduction, installant brillamment les protagonistes tout en leur permettant de diverger dans leurs voies respectives, ce qui sera confirmé par la scission du groupe à la fin. Ce travail d’écriture se voit appuyé au montage par les trajets respectifs de chacun, tout en étant logiquement accentué au fur et à mesure des volets.

Mais qu’on ne prenne pas « La Communauté de l’anneau » pour un simple volet introductif : c’est tout bonnement un modèle de narration qui conserve son aura sensitive particulièrement prégnante. Il suffit de replonger dans Hobbitebourg pour avoir la sensation d’y être, sa vie chaleureuse, son calme idéal et la musique de Howard Shore qui appuie d’autant plus ce rapport émotionnel. Tout ce qui est posé par ce film se fait avec une perfection qui mérite d’être rappelée : la narration est limpide, les personnages se répondent dans leurs visions respectives avec un regard constamment empathique et la mise en scène accumule les plans iconiques tout en cherchant à capter au mieux ses protagonistes. En ce sens, c’est un modèle de blockbuster comme on n’en fait plus et qui serait quasiment indépassable… s’il n’y avait pas les deux autres opus !
Ainsi, « Les Deux Tours » pourrait être vu comme un peu plus en retrait, devant faire le liant dans l’avancée du récit, mais il le fait avec éclat, que ce soit dans ses morceaux de bravoure ou ses développements plus fins. Ainsi, l’ancrage de Gollum dans l’intrigue apporte un peu plus de densité émotionnelle tout en renvoyant Frodon à un possible par la corruption du pouvoir. Cette thématique, logiquement posée auparavant, éclate ici à plusieurs niveaux, permettant de mieux densifier le propos politique de fond. Il suffit de voir les trajets de Theoden ou de Saroumane qui renvoient à la façon dont la prise de contrôle corrompt invariablement et comment s’en détourner au mieux pour le premier. La prise d’action des Ents va dans ce sens : rester inactif face au monde qui brûle ne fait qu’accentuer la perte morale d’une société en bascule.

Visuellement, cela reste du même acabit avec toujours ce cœur à allier ampleur et avancées personnelles, conserver ce jeu d’échelles jusqu’aux émotions de ses personnages. La bataille du Gouffre de Helm en est un exemple parfait tant on sent la dureté de l’affrontement et le poids de la prise progressive tout en étant clairement épris par sa représentation iconique. Le film trouve un rythme soutenu mais jamais fatiguant, restant toujours dans des morceaux forts sans jamais se perdre en route, ce qui est ironique au vu du fond qui s’interroge sur comment ne pas tomber dans un chemin sans retour au fur et à mesure des épreuves qui passent.
Cela va invariablement exploser dans « Le Retour du roi » et, très honnêtement, il est presque difficile d’écrire à son sujet tant c’est une œuvre qui nous dépasse constamment, analysée et suranalysée à raison tant elle est dense tout en étant d’une clarté exemplaire. Il est dur de ne pas se laisser prendre par son rythme encore plus croissant, par sa manière d’exploser à la fois ses enjeux tout en ramenant constamment la tension sur le trajet de Frodon et Sam. Ce renvoi constant entre l’importance de leur périple à vision si « minuscule » face à l’ampleur des affrontements, le combat immense qui se joue pendant que la guerre se dénoue avec une si petite échelle a de quoi nous prendre constamment aux tripes, rappelant que l’on se doit de divertir son audience en étant respectueux avec celle-ci.
Ces renvois constants se font aussi grâce à un montage ingénieux et dont la précision mériterait une analyse à part entière, ne serait-ce que pour rappeler la violence de ses affrontements guerriers (comme ce chant de Pippin alors même que des soldats sont envoyés vers une mort attendue). La poésie symbolique renvoie à une violence expressionniste, parvenant à dérouler ses enjeux avec humanisme et grandeur, tout en étant résolument spectaculaire et émouvant. Il est dur de ne pas être pris aux larmes en revoyant une énième fois sa conclusion et la façon dont le récit parvient jusqu’au bout à renvoyer à ses enjeux de mythe mais sans oublier son cœur émotionnel.

Rien que pour le plaisir de revoir cette trilogie de légende, on ne peut que vouloir se replonger dans « Le Seigneur des Anneaux » avec cette sortie collector 4K. S’il est dommage que les suppléments ne soient pas au rendez-vous, le bonheur cinéphilique reste là, rappelant qu’un blockbuster avec du cœur, de l’intelligence et de l’humain devrait être la norme et non l’exception comme cela semble être trop souvent le cas ces dernières années. En tout cas, on ne se lassera jamais de plonger dans les films de Peter Jackson, tout comme on ne saura se retenir de pleurer de retrouver encore et encore cet univers incroyable.