Critique : On pourra dire que dernière série du DCU aura fait couler de l’encre, que ce soit par la conclusion de son premier épisode ou sa manière de dépeindre son univers sans une prise de facilité narrative. Mettre en parallèle John Stewart et Hal Jordan permet ainsi de dresser un portrait d’une certaine Amérique divisée et enrichir son rapport super-héroïque d’un traitement politique assumé aux personnages imparfaits, quitte à esquiver le fan service facile. Car si les amateurs de comic books pourront râler (en tout cas la fange la plus prompte à s’énerver sur les réseaux sociaux), les personnes appréciant les bonnes séries trouveront de quoi se faire plaisir avec la nouvelle création made in Damon Lindelof (qui avait déjà fait un coup similaire avec « Watchmen »).

L’antagonisme assumé entre nos deux personnages principaux profite déjà d’une bonne alchimie entre Aaron Pierre et Kyle Chandler, tous deux impeccables. Le premier habite toute la rigidité du protagoniste, façonné dans une absence de peur jusque dans son intimité. Sa construction se dévoilera dans un épisode particulier aux ramifications familiales passionnantes et installant déjà la question du contrôle émotionnel, un point thématique qui irrigue certains des arcs narratifs. De son côté, Kylie Chandler donne vie à Hal Jordan avec une dynamique lessivée, une fausse sensation de self control qui permet de montrer le passage du temps qu’il a vécu mais surtout ses meurtrissures personnelles.

La gestion de l’enquête dans cette petite ville de Nebraska montre un certain pan d’Amérique divisée par ses doutes sociaux, notamment dans la construction de ses relations personnelles. On y voit une interrogation des scissions préinstallées dans les rapports de groupe, et ce jusqu’à ces Gardiens qui cherchent à empêcher toute action terrienne. Les rapports de pouvoir interrogent, le doute sur la façon d’aborder le contrôle et la gestion des apparences nourrit également le récit, en plus de sa paranoïa par rapport au Manhunter et au danger représenté par sa présence. La manière de rendre la temporalité malléable en renvoyant à différentes époques amènera alors à une obligation de se confronter à certains héritages ainsi qu’une volonté de réconciliation nous paraissant humaniste.

Il était donc évident que « Lanterns » n’allait pas satisfaire une part de fandom qui aime à hurler quand on ne lui donne pas ce qu’elle réclame. C’est justement pour cela qu’on recommande sa découverte, donnant de l’amour au matériau d’origine pour l’étendre vers quelque chose de riche thématiquement et surtout au service de ses personnages. On sent déjà les promesses d’une seconde saison mais la façon d’aménager son univers et de l’inscrire dans des émois de fond comme de forme aide à s’investir pleinement dans ces 8 épisodes.

Résumé : Deux flics intergalactiques, la nouvelle recrue John Stewart et le légendaire Hal Jordan, sont confrontés à un sombre mystère sur Terre alors qu’ils enquêtent sur un meurtre au fin fond de l’Amérique.