Critique : Il y a de ces films dont l’histoire en coulisses pourrait donner lieu à un nouveau long-métrage tant leur développement peut être aussi rocambolesque que dramatique. Jugez un peu le récit du « Franc-tireur », unique réalisation de Jean-Max Causse et Roger Taverne : un producteur en faillite durant le tournage, une copie unique bloquée, deux passages en festivals annulés pour raisons politiques, le tout sur un sujet que l’on peut qualifier de difficile sans tomber dans le superlatif. Sorti en DVD et en Blu-Ray chez Extralucid en août et chroniqué ici très tardivement, que vaut réellement ce titre au léger parfum de soufre ?

Il faut peu de temps pour constater des moyens limités, ce qui n’empêche pas « Le franc-tireur » de s’approprier cela comme un atout. La sécheresse visuelle qui en ressort accentue ses décors naturels ainsi que son propos peu avenant, interrogeant toute notion d’héroïsme dans pareille situation de guerre. On ne pourra ainsi pas reprocher au film de ne pas être direct, sa durée limitée de 77 minutes allant à l’essentiel dans ses intentions passionnantes. En ce sens, le traitement de son personnage principal accentue ce rapport à une quête de survie plutôt que de fierté libératrice, rendant le visionnage difficile mais néanmoins intéressant car il parvient à dénoter historiquement avec un ton qui ne peut évidemment que cliver (rendant compréhensible les retours échaudés lors de sa tentative de sortie en 1972 avec une censure de 30 ans absolument injuste).

On remerciera donc Extralucid pour cette sortie en édition physique de pareil titre unique, lui permettant une remise en valeur hautement méritée pour un film aussi intéressant dans son propos, tout en nous sentant de notre côté très idiot de revenir aussi tardivement dessus. Ne faites pas notre erreur car « Le franc-tireur », derrière un aspect assez âpre et peu agréable, se révèle d’une interrogation riche, dont la difficulté reste aussi importante dans une période où l’on ne sait plus ce qui relève de l’héroïsme et ce qui se raccroche à la survie pure et simple.

Résumé : Pendant la Seconde Guerre mondiale, le fils d’un collaborateur de Grenoble monte chez sa grand-mère sur le plateau du Vercors attendre que la guerre se termine sans lui. Le 21 juillet 1944, les troupes allemandes investissent le plateau. Forcé de s’enfuir, il rejoint un petit groupe de résistants et de civils et va devoir lutter pour survivre pendant trois jours et trois nuits.