Critique : Quentin Dupieux réussit depuis plusieurs années à développer son univers de ré-interrogation du monde et de factice avec une régularité qui mérite d’être rappelée et soulignée. Il y a donc un plaisir certain à retrouver une fois l’an le cinéaste, d’autant plus au vu de la personnalité de ses œuvres et le fait de savoir qu’il restera une singularité qui se dégagera de ce titre. L’originalité vient ici du passage au cinéma d’animation, avec cette approche graphique qui renvoie à une animation PlayStation d’antan pour mieux appuyer son propos de simulation.

Dans un monde à la facticité apparente, les atermoiements de ses personnages accentuent ce mal-être inhérent au cinéma de Dupieux avec toujours ce même côté « autre », ce renvoi à une autre construction d’univers, drôle mais également troublé. L’approche visuelle amuse grandement, jouant au mieux de ses imperfections pour illustrer par ses bugs une mise en rapport de soi et de son monde en déraillement constant. Le côté loser des deux personnages principaux, qui va se réorienter différemment en deuxième partie, confirme cette vision d’incertitude, de monde dans le monde tel que Dupieux sait les filmer par son absurde malaisé. Un accent graphique attendu renforce ce sentiment de vacuité et d’interrogation de place, jusque dans la volonté de réaffirmation par une quête constante de ressenti. On pourra alors apprécier le jusqu’auboutisme du titre de ne pas avoir pris certaines pistes qui auraient pu s’avérer déjà vues et qui renferme en à peine plus d’une heure ses questionnements de système jusqu’à un dernier bug visuel.

« Le Vertige » porte bien son nom dans sa façon de charrier son mal-être de monde avec cette tonalité propre à Quentin Dupieux. On appréciera que celui-ci reste dans ses optiques thématiques en les intégrant dans une esthétique rétro mais le tout en captant une vacuité de l’être des plus amusantes et troublées. C’est dans son vide de l’existence et de l’absence de sens que naissent l’humour et la tension de ce film-monde bien recentré sur lui-même, jusque dans ses derniers instants.

Résumé : Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante : l’humanité toute entière vit dans une simulation…