Critique : Nous sommes indubitablement dans une période d’angoisse et d’anxiété permanentes. Il suffit de jeter un œil à l’actualité pour voir ses craintes grandir encore et encore, l’inquiétude d’un monde qui semble se diriger invariablement vers sa fin. Alors faire un film qui parvient à donner corps à cette peur tout en le remplissant d’amour aurait pu donner quelque chose un poil absurde, ce que parvient à faire Anne Émond avec « Peak Everything », déjà sorti en France sous le joli nom « Amour Apocalypse », ce qui fait clairement sens par le propos du film et sa tonalité faussement douce et réellement inquiète.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la façon dont Patrick Hivon réussit à incarner cette masculinité sensible et effrayée, conférant de la gentillesse dans ses gestes et ses interactions tout en dévoilant un renfermement émotionnel. Ses interactions avec Piper Perabo, d’abord à distance puis en face à face, permettent de donner vie à une romance adulte nourrie par les doutes. Le duo offre un cœur sensible et effrayé qui renvoie à une génération cherchant encore et encore à se rassurer. Cela donne une forme de poésie absurde mais toujours au service de ses protagonistes, avec une affection permanente qui n’annule jamais le potentiel comique, à l’instar de son dernier plan.

La réalisatrice n’hésite pas à jouer de ses frictions tonales pour mieux développer son propos et réinterroger l’importance de l’amour dans ce qu’il a de plus naïf dans une période cynique à souhait. En un sens, on peut y voir une envie de fuir le réel tout en ne l’invisibilisant jamais. Parler de coup de foudre à la première parole dans une société qui a connu la distanciation sociale résonne invariablement et réinterroge notre propre perception du couple avec un humour assez fin. Le désespoir ambiant se réinvente de manière lumineuse en une envie de se retrouver dans l’autre, un rappel de connexion essentiel dans un monde divisé.
Entre amour, humour et peur de l’avenir, « Peak Everything » donne vie à l’éco anxiété et répond à ses angoisses dans le besoin de se rassurer en se retrouvant dans un être aimé. Cela pourrait paraître naïf dans une période aussi divisée et à l’actualité terrifiante mais c’est d’autant plus essentiel actuellement. Alors, si vous avez peur de demain et de ce qu’il pourrait réserver à défaut d’exister, il n’y a qu’une chose à faire : aimer, totalement et purement.
Résumé : Au fin fond d’un Québec de plus en plus chaud, Adam, un quadragénaire gentil et hypersensible, et propriétaire d’un chenil, souffre d’éco-anxiété. Son père ne prend pas cela au sérieux, son psychologue le considère comme un cas désespéré, et pour couronner le tout, sa lampe de luminothérapie tombe en panne. Quand il appelle le service d’assistance de la lampe, il entend la voix chaleureuse de Tina, et sa vie bascule. Alors que les tremblements de terre et les catastrophes environnementales se multiplient, la température entre Adam et Tina monte plus vite que celle de la Terre. Ensemble, ils partent à l’aventure tandis que le monde qu’ils connaissent s’effondre peu à peu.
