Critique : Un des devoirs de la critique cinéma est (et a toujours été) de soutenir les œuvres les moins faciles d’accès, celles qui peuvent mettre à mal, interloquer, déranger les personnes qui sont plus habituées à des titres populaires et plus lissés. En ce sens, il nous paraît important d’aborder ce « Sound of Falling » (titre original traduit pour la France en « Echos du passé ») tant la sortie de notre projection s’est suivie de doutes de la part de certains, que ce soit par l’approche formelle ou une narration éclatée alors que le morcellement même du récit nous paraît être un des points les plus essentiels de l’approche de la réalisatrice et coscénariste Mascha Schilinski.
Il faut en effet un peu de temps pour réellement appréhender son approche, le fait d’un récit qui s’écharpe, se dilate, mémoires évanescentes qui se répondent invariablement autour d’une même demeure hantée par les interrogations féminines. Néanmoins, cet « effort » spectatorial vaut largement la peine tant on se trouve pris dans ces réponses constantes d’époque, ces doutes intimes de jeunes femmes qui grandissent, contemplent leur époque et assistent aux évolutions diverses autour d’une structure familiale qui éveille tout un pan de l’histoire allemande.

Le travail sonore se révèle alors à tomber (sans mauvais jeu de mots) tant il parvient encore plus à appuyer la nature sensorielle de l’œuvre, son rapport aux souvenirs et à ces détails qui nous les réinvoquent avec un vrai talent d’immersion. Cette proximité totale permet de rendre tangible ces douleurs passées dont l’influence se ressent encore sur diverses générations, traumatismes fantômes comme ce membre coupé qui évite le verbal creux pour le sensitif proche et douloureux à la fois.
Voyage à travers les temps qui n’hésite pas à rebondir encore et encore dans ses nombreuses directions, « Sound of Falling » semble à priori un film peu aisé d’accès et c’est justement pour cela qu’il nous paraît essentiel de le soutenir. C’est une œuvre qui fait vibrer ses chagrins, ses douleurs, ses émois et ses visions avec une sensation spectrale qui nous éblouit totalement, fort d’une maîtrise technique soutenant parfaitement le propos. On espère que ces quelques mots vous donneront l’envie de vous laisser prendre par pareille séance tant, dans une période où l’on aime se retenir artistiquement de peur d’effrayer son audience, un titre qui ressort à ce point mérite notre soutien critique et public.
Résumé : Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.
