Critique : La comédie française a beau être souvent attaquée par les personnes qui n’en regardent quasiment jamais, elle prouve constamment sa diversité de ton et d’approche, ce qui justifie bien la découverte de titres aussi particuliers que cette « Poupée ». Le premier long-métrage de Sophie Beaulieu joue en effet d’une absurdité que ne renierait pas un Quentin Dupieux tant la perturbation amenée par ce réveil d’une poupée en véritable humaine a quelque chose de très ironique et clairement marqué par une bascule de quotidien.

Ainsi, le jeu de Vincent Macaigne sied aux intentions du film, inscrivant une perte totale de repères mais surtout une angoisse sentimentale et existentielle qui développe une couche de fond dans son humour. Loser magnifique, sa confrontation avec Audrey amène une mécanique drôle mais également nourrie par diverses inquiétudes, notamment la crainte éternelle de l’abandon. On peut même apprécier la façon dont le film inscrit la découverte de la vie par cette poupée dans les à priori subis par les femmes, la vision masculine se devant d’être remise en question par les interrogations de la désormais jeune femme.

On regrettera alors que la romance entre Rémi et Patricia ne parvienne pas totalement à s’incarner malgré le bagout comique de Vincent Macaigne et Cécile de France. Cela n’empêche pas d’apprécier le développement de ces deux personnages mais on aurait aimé, ironiquement, un peu plus de chair et de mordant comme Audrey, notamment par le jeu de Zoé Marchal, arrive à apporter. La mise en scène de Sophie Beaulieu parvient quant à elle à renforcer la nature quotidienne de son monde pour mieux inscrire cette bascule dans l’irréel vers le loufoque presque perturbant, notamment dans son choix de lumière trop « réelle » pour ne pas susciter un semblant de malaise justifié.

« La poupée » se révèle au final assez drôle, notamment dans ses questionnements imposés sur le rôle féminin, mais manque par moments de poids pour totalement faire incarner ses personnages au-delà d’une ironie comique fonctionnant bien. On appréciera donc la proposition pour ce qu’elle est : un vent rafraîchissant d’humour rappelant que la maîtrise de l’absurde n’est pas des plus aisées mais peut s’incarner correctement avec un peu d’entrain.

Résumé : Rémi ne s’est jamais remis de sa dernière séparation. Depuis, il s’est mis en couple avec une poupée, c’est plus simple. Elle s’appelle Audrey. Le jour où Patricia, une nouvelle collègue, arrive dans l’entreprise de Rémi, Audrey va mystérieusement prendre vie.