Critique : La façon dont la nostalgie a pris possession de la fiction renvoie la plupart du temps à un passé vu comme supérieur à l’époque moderne, une forme de doudou allant de pair avec le fameux « C’était mieux avant ». C’était ainsi une de nos craintes concernant le nouveau long-métrage d’Olivier Nakache et Eric Toledano, cet enfermement dans une période révolue en essayant de la recréer dans une forme de perfection mémorielle. Et pourtant, s’il y a une mélancolie plus que tangible dans « Juste une illusion », elle ne se fait pas dans une vacuité facile mais dans un esprit de renvoyer les périodes en conservant une fougue adolescente diablement électrisante.
Il y a d’abord ce portrait de classe moyenne marquée par les tensions : une mère qui cherche à trouver sa place dans le milieu du travail, un père constamment rejeté de celui-ci, un grand frère comme tous ceux qui en ont connu un pourront en témoigner, … On sent malgré tout une véracité dans les échanges, bien aidés par le bagout clairement chargé émotionnellement de Louis Garrel et Camille Cottin. Les deux parviennent à donner corps à ces parents dissimulant leur sensation de perte respective, entre amour et moments de tendresse inattendus, retrouvant ce cœur sentimental que Toledano et Nakache parvenaient à faire exploser dans leurs meilleurs films.

En ce qui concerne la recréation historique, on retrouve cette présence d’une forme de brun bien 80’s mais surtout des reflets d’enjeux sociaux qui ne peuvent que résonner de manière contemporaine. Quand le père se retrouve face à d’autres figures semblables à lui jusque dans les vêtements avant un entretien d’embauche, comment ne pas ressentir ce malaise du manque d’emploi et de la désindividualisation de l’employé ? Les quelques instants de médias, essentiellement télévisuels, renvoient aussi à des luttes toujours présentes, notamment celle contre un racisme institué alors même que la France se retrouve avec l’extrême droite à ses portes. Le tout se fait avec la même verve visuelle que l’on pouvait attendre du duo, permettant de mieux exalter ses émotions dans un titre réellement touchant.
Esquivant la nostalgie pure tout en n’ignorant pas sa mélancolie d’époque, « Juste une illusion » se révèle une très jolie comédie rétro extrêmement hilarante. Voilà un beau titre populaire qui risque de rappeler des souvenirs tout en renvoyant à ses enjeux d’actualité avec beaucoup d’affect, d’humour et de tendresse pour ses personnages. De notre côté, c’est même un petit coup de cœur qui devrait sans problème devenir un de ces films français cultes par son affection totale, débordant de l’écran tout en n’esquivant pas des idées de fond et de forme.
Résumé : Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.
