Critique : Après un diptyque accueilli de manière aussi déséquilibrée que la qualité des deux films même, « Ça » est revenu sur nos écrans par le biais d’une série, toujours sous la direction d’Andy Muschietti. L’idée n’a pourtant rien d’incongru, la narration du roman de Stephen King portant déjà les germes d’un récit à plus long cours. Pourtant, l’appréhension s’installe vite avec un premier épisode qui semble tout simplement remaker les films en amenant une nouvelle bande de « losers », avec un groupe d’enfants enquêtant sur la menace qui hante Derry et s’attaque aux plus jeunes avec violence. Pourtant, la conclusion même de ce pilote se permet de partir vers une autre direction de manière si sanglante que le traumatisme induit va charrier les autres épisodes avec une brutalité des plus efficaces.
Ainsi, la série profite au mieux de son statut de préquel pour traiter de l’horreur d’une société américaine d’époque où l’on retrouve déjà des conflits prompts à exploser de nouveau dans notre période moderne, et les épisodes ne dissimuleront jamais les traits thématiques qui s’y développent. Tonalement, on se retrouve sans surprise dans la lignée du diptyque cinéma de 2017 et 2019, avec ce côté assumé dans un grotesque graphique qui donnera par ses côtés dérangeants des sursauts de cauchemar bien marqués. Cela repose quand même sur un fil des plus ténus, notamment quand certains concepts pêchent visuellement, comme une poursuite fantomatique en vélo. Pourtant, la sauce prend peu à peu, bien aidée par une caractérisation multiple et solide, profitant de sa nature chorale pour varier les visions sur une Derry qui porte en son coeur les racines d’un mal américain où l’empathie se fait salvatrice, comme dans un sursaut émotionnel inattendu mais particulièrement poignant.

Perpétuant le meilleur (tonalité fragile, émotions variées, instants d’effroi instantanés) comme le pire (des visuels pas toujours à la hauteur) des films d’Andy Muschietti, « Welcome to Derry » constitue un bon moment de télévision horrifique, n’hésitant pas à aller loin dans sa gestion de la peur bien Kingienne avec une générosité qu’on ne pourra pas lui enlever. Si certains arcs se révèlent moins à la hauteur, il n’empêche qu’on a apprécié redécouvrir en format physique ces épisodes qui enrichissent l’univers et parviennent à créer de très bons moments d’effroi dans leurs meilleurs instants, sans se priver d’une touche émotionnelle prenante dans la conclusion. À voir donc ce que la seconde salve, qui devrait se dérouler bien plus tôt encore, aura à nous offrir pour conter les cauchemars qui constituent l’héritage culturel de Derry…
Résumé : Cette terrifiante série préquelle remonte à 1962 pour retracer les origines de l’entité meurtrière et métamorphe connue sous le nom de Grippe-Sou.
