Critique : Dans le milieu du cinéma, on se doit de soutenir les propositions uniques, ne serait-ce que par la difficulté de créer un film, à un point où chaque long-métrage équivaut à un miracle absolu. Mais il nous arrive parfois d’être plutôt embêté par une œuvre, avec la crainte d’être passé totalement à côté de son propos ou de devenir par la suite un de ces fameux critiques moqué pour son absence de clairvoyance au moment de la sortie d’un titre devenu culte. C’est clairement notre cas avec « The Bride ! », nouvelle réalisation de Maggie Gyllenhaal qui nous a paru être une grosse douche froide alors même que ses intentions sont sur le papier passionnantes à souhait.

En démarrant rapidement par la reprise de contrôle de Mary Shelley dans le personnage d’une jeune femme assassinée, le film introduit une forme constante de parasitage, de réinterrogation des écrits de la romancière dans une période où le clinquant d’apparence n’a d’égal que la violence de son univers. On ne peut que dresser des liens avec les trop nombreux féminicides et actes de brutalité envers la gent féminine, le tout avec un souffle qui essaie clairement de prendre dans sa dernière partie comme une révolte face à un patriarcat brutal. De même, le tiraillement constant entre apparat et freaks nourrit une direction artistique punk qui profite au mieux de son esthétique divisée pour créer des oppositions permanentes qui auraient de quoi nous faire vibrer.

Malheureusement, le résultat global est assez criard, que ce soit dans sa mise en scène, sa narration bien trop ampoulée ou encore une direction de casting allant à l’avenant. On ne peut nier l’implication de Jessie Buckley, totalement investie, mais tout le film semble se perdre sur ce qu’il veut raconter ou approcher, donnant un sentiment d’inconsistance permanente qui prive chacun de ses trop nombreux points d’un véritable corps. Rien ne semble prendre vie, que ce soit la relation Bonnie et Clydienne de la Créature avec notre héroïne, la révolte populaire ou l’investigation tant tout se télescope sans réussir un seul instant à trouver son équilibre. Pendant plus de deux heures, le film hurle son impertinence mais finit par tomber dans une forme de creux où le geste qui se veut corrosif ne se trouve jamais réellement acide, faute d’enjeux, de construction (comme la relation parasociale de « Frank » avec un acteur célèbre) ou de consistance dans son propos, ce qui nous laisse au final déçu et légèrement lessivé.

« The Bride ! » se veut un objet filmique autre, le hurle et se verra peut-être réhabilité en ce sens dans quelques années (ce qu’on espère même tant on a l’impression d’être passé à côté). Mais le résultat nous a paru faussement transgressif, ne prenant jamais à corps ses questionnements féministes ou moraux pour qu’ils puissent réellement exister et se perd en voulant raconter trop de choses mais assez mal. En un sens, il est courageux que pareil film puisse sortir sur grand écran avec des moyens assumés (comme des séquences en Imax ou la très jolie édition steelbook fournie niveau bonus). Mais pour nous, c’est un film qui se perd dans ses intentions et manque de chair autour d’un squelette déjà mal assemblé.

Résumé : Rongé par la solitude, « Frank » se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ensemble, ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et la fiancée prend vie ! Mais la suite des événements dépasse tout ce que qu’ils auraient pu imaginer : meurtres, possessions, et un couple hors-la-loi qui se retrouve au centre d’un mouvement social radical et débridé, et d’une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse !