Critique : Peut-on réellement faire comme si Emerald Fennell n’était pas une réalisatrice des plus clivantes ? Ainsi, ses films précédents ont été beaucoup loués pour leur approche visuelle tout en faisant grincer des dents par leur fond thématique d’un grand déséquilibre dans les sujets approchés. Il y avait donc de quoi craindre avec cette relecture moderne des « Hauts de Hurlevent », ici placé entre guillemets pour bien souligner que l’on se trouve face à une adaptation des plus libres. Les puristes littéraires devraient alors éviter ce film qui reprend basiquement la trame et la place dans l’esthétique provocatrice de la réalisatrice, quitte à s’autodévorer sans aucune maîtrise de son fond.

En démarrant les hostilités par un pendu en pleine érection lors de sa mise à mort publique, le film annonce déjà qu’il sera très criard, quelque chose qui pourrait pleinement fonctionner si ce n’était pas juste pour jouer la provocation. Les rapports de classe servant de terreau dans le récit original se limitent ici à un angle un poil méprisant tandis que Margot Robbie et Jacob Elordi ne trouvent jamais réellement d’alchimie, là où leurs interprètes jeunes charrient une complicité plus visible. C’est dommage car il y a de vrais points passionnants, comme la corruption d’Isabella vers une déchéance douloureuse ainsi qu’un formalisme fort. On pourra reprocher le manque de subtilité de certains plans mais ils cherchent constamment à capter ce bouillonnement émotionnel que le reste du film ne parvient pas réellement à rendre palpable.

On aurait donc voulu apprécier plus la rage au sein de cet « Hurlevent », sa manière de chercher à capter un mal-être relationnel jusque dans ses ressorts les plus toxiques. Mais malgré un travail visuel que l’on ne peut décemment nier, on se retrouve plutôt fatigué à la fin, entre sa bande originale trop appuyée, son écriture trop fine, ses quelques sursauts péniens qui tentent de masquer une approche globalement assez sage et ses acteurs qui expriment plus qu’ils ne vivent leurs personnages. Soulignons l’audace de l’approche, bien qu’elle ne masque pas les contours mal dégrossis du résultat final.

Résumé : « Hurlevent » d’Emerald Fennell est une interprétation audacieuse et originale de l’une des plus grandes histoires d’amour de tous les temps. Dans « Hurlevent » d’Emerald Fennell, Margot Robbie (Cathy) et Jacob Elordi (Heathcliff) donnent vie aux protagonistes de ce conte épique où la soif d’un amour interdit se transforme en tourbillon de désir charnel, de passion et de folie.